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HEXER - Cosmic Doom Ritual (2017)
Par PENMAN le 28 Juillet 2017          Consultée 705 fois

La Côte d’Azur, c’est beau. C’est un jugement objectif. Auparavant, par contre, c’était le dernier repère de culs-terreux possible. La région est sèche comme une carcasse en plein désert et les locaux sont pour le moins… Étranges. Peut-être le patrimoine génétique de ces montagnards est-il un peu limité ? En tous cas, c’est ce que je ne peux m’empêcher de penser en voyant le paysage politique et social propre à ce petit coin de France… La région n’a connu son essor que sous le règne de l’auguste et obèse reine Victoria d’Outre-Manche dont les sycophantes se pavanaient l’hiver à Nice, histoire d’échapper à la brume de l’industrieuse Angleterre pour se taper le vent marin sur la Prom. La Révolution Russe a elle aussi participé à la construction du mythe. Quand Nicolas II l’idiot – le brave, comme on l’aurait appelé dans le 06 - s’est heureusement fait assassiner par une population à bout de nerfs, la Troisième République des droits de l’Homme (mais que de l’homme riche et blanc) a accueilli l’ancienne noblesse esclavagiste qui entravait jusque là la magnificence de l’Ours russe. On se souvient de cette période parce que tous les 14 juillet, on voit des hussards à la télé. Toujours est-il, Nice s’est empressée d’accueillir tous ces infâmes criminels exilés venus rejoindre leurs cousins anglais. Depuis ce temps-ci, les péquenauds xénophobes de ma belle région natale se sont affairés à servir des badauds en quête d’une expérience qui se révèlera à chaque fois agréable, mais loin d’être à la hauteur de ce qui leur fut promis par leur agence de voyage.

Je râle car aujourd’hui, je suis allé me promener dans mon village d’enfance, Èze. Pour ceux qui ne connaissent pas, Èze est une ancienne place forte qui domine le Cap Ferrat, offrant un panorama splendidement pittoresque digne du rêve érotique d’une étudiante américaine de dix-huit ans se disant sapiosexuelle en mal d’Europe. Le hic, c’est qu’au lieu d’être couvertes d’antiques cultures d’oliviers en terrasse, les collines environnantes se retrouvent parasitées par des villas toutes plus laides les unes que les autres dont les propriétaires (en majorité anglais ou russes, comme quoi, rien ne change vraiment) ne viennent qu’une ou deux fois par année, histoire de poser leurs boules suintantes de présomption pour montrer qui est le patron. Le village, quant à lui, est envahi de hordes sauvages sorties en hurlant de bus climatisés partant à l’assaut de la forteresse. C’est en essayant de me faufiler au travers de la masse grouillante d’humanité et de marmaille déchaînée pour avoir le privilège d’aller acheter du papier-cul trop cher au casino sur la place, que je me suis rendu compte que j’avais la bande-son parfaite pour le déchaînement de rage que je ressens chaque été.

Bénie soit la date du 11 avril 2017. En ce jour magnifique, Le quatuor dortmundois HEXER a sorti "Cosmic Doom Ritual". C’est la musique parfaite pour une entrée en matière sans concessions : du Stoner Doom noirci, aux relents de bile et d’horreur cosmique Lovecraftienne, qui a un effet délicieusement dérangeant pour nos délicats petits tympans. L’album ne comprend que trois titres tournant à plus de douze minutes pour les deux premiers et presque onze pour le dernier. J’entends déjà le mélomane lambda m’interpeler, se prenant pour un orateur grec d’antan « Mais pourquoi donc, Penman, voudrais-tu t’infliger une telle souffrance ? Comment fais-tu la différence entre chaque titre ? Sais-tu au moins quand ils commencent et quand ils s’arrêtent ? Serais-tu un hipster puant l’arrogance voulant infliger à qui veut bien t’écouter un barrage de son sans queue ni tête ? » Je répondrai à ce grossier individu que je me fiche de cela autant que le chat de quartier qu’il essaye d’apprivoiser chaque jour se fiche de lui. L’album commence quand il commence et il finit quand il finit. L’expérience se vit sur la durée. L’important, c’est que la musique parle. Et pour parler, elle parle ! C’est une trame sonore qui peut s’insérer parfaitement dans la vie de chaque drone social qui se retrouve dans une situation où la seule chose qu’il puisse faire c’est suivre le courant. Tu es dans le métro à l’heure de pointe et tu as l’impression d’être embourbé dans les tranchées de Verdun pour avancer deux pas ? Tu habites dans un coin un peu trop touristique à ton goût et tu ne peux même plus aller voir la vue magnifique à dix minutes de chez toi ? Tu dois encore supporter les conneries de ton beau-frère un peu beauf ou écouter les propos « philosophiques » à deux balles de ton patron sur comment faire du fric ? Isole-toi et mets-donc tes écouteurs, fais fi des normes et affronte l’adversité car de pires choses existent.

Il est difficile ici de parler de tracks particulièrement intéressantes car chacun des titres de cet album étrange et hypnotique nous font explorer une multitude de paysages sonores. Nous pouvons par exemple passer de sons tristes et apathiques rappelant le bon vieux Black atmosphérique que ton pote en perfecto arborant sans gêne une barbichette de pervers aime bien à des passages bluesy rappelant le Sludge sudiste pour finir sur un bon gros riff de Doom Funéraire à deux à l’heure sans forcément s’en rendre compte. Glissons dans le cocktail une trace de musique électronique, un peu de Drone, quelques passages tribaux à influence orientale, un brin efficacité teutonne et nous avons "Cosmic Doom Ritual". Tout l’agencement me rappelle une expo d’art contemporain à laquelle tu t’es traîné pour impressionner cette fille qui te plaisait bien fut un temps. Tu ne te souviens plus du nom de la belle, mais tu sais que l’expo t’as touchée même si tu n’y as pas compris grand-chose.

Ne cherche donc pas à comprendre. Laisse ce Doom lourd et terre-à-terre parlant d’espace et de vide infini remplir ton esprit. Grimpe au sommet de la Montagne pour faire l’expérience l’humanité et des petits inconvenants du quotidien car qui es-tu pour rager et vouloir t’élever contre des barrières qui, au final n’existent pas ? Calme-toi, fume un peu, mange quelques olives, un peu de pain et de fromage, bois un verre de pastaga à la santé du quartette (ou de vin, ou de bière, quel que soit ton poison ; je ne juge que silencieusement). Apprécie ta vie, apprécie les bruits et les odeurs de tes congénères car au final, être tout seul, c’est bien plus terrifiant que subir la masse d’humanité vibrante, puante et pullulante bien que cette dernière puisse parfois tous nous pousser à bout.

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   PENMAN

 
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- L (synthé, samples)
- D (basse, chant)
- J (batterie)
- M (guitares, chant)


- Merkaba
- Pearl Snake
- Black Lava Flow



             



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