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2012 Monnos

CONAN - Monnos (2012)
Par PENMAN le 6 Juillet 2017          Consultée 1202 fois

CONAN est un groupe titanesque. Imprégnés de mythologie nordique et Howardienne, ces gaillards de Liverpool m’ont beaucoup choqué avec la sortie de leur premier EP lourdissime, “Horseback Battle Hammer”, en 2010. Ridiculement lourd, grossier, épais, épique, j’avais l’impression de me promener dans un marécage gluant, mes chaussures sucées dans la fange sordide… Cette impression s’est cimentée dans mon esprit en 2011 à la sortie de leur split avec SLOMATICS. Si nous devions rechercher dans le Metal ce qui nous a amené, petit à petit, vers ce son, nous pourrions dire que CREAM a été surclassé par SABBATH, qui a été surclassé à son tour par CANDLEMASS etc. jusqu’à SLEEP et ELECTRIC WIZZARD. Je peux aujourd’hui affirmer sans aucun problème, que CONAN est, à ce jour, le groupe le plus massif que j’aie jamais entendu. Leur musique me fait penser à une énorme pléthore de mammouths traversant un marécage gelé dans la toundra cimmérienne. C’est même parfois tellement massif et immense que ça en devient calme, ignorant les petites choses se passant sous les nuages…

Quoi de plus jouissif que d’entendre un rythme entraînant, des infrabasses nous frappant les tympans d’une sauvagerie implacable, des riffs groovy mais toujours sombres, propres à l’allumage d’un petit pétard, ou l’utilisation de pédales psychédéliques titillant notre oreille interne ? CONAN nous encercle dans un blizzard de son fuzzé duquel s’échappe parfois une certaine mélodie, toujours en arrière-plan, toujours à nous rappeler que leur travail n’est pas d’une débilité profonde comme on pourrait le croire à la première écoute. En ce moment même, mon appartement est envahi par un brouillard mystique sentant curieusement la beuh et la vieille eau de bong croupie. Non non, j’vous jure M’sieur l’Agent, c’est pas moi ! Ça sort de mes enceintes. Promis !

“Monnos”, le premier full-length du trio liverpuldien s’inscrit parfaitement dans la lancée de ses deux premières sorties : massif, titanesque, extrêmement bien produit et surtout, d’une honnêteté rafraîchissante. On a tendance à croire que le Doom, c’est s’allumer un gros pétard avec ses potes, se mettre en cercle dans une salle sombre et vénérer Satan sur un rythme lent, funéraire, pendant trois heures, la seule lumière provenant de quelques bougies agencées en pentagramme inversé... Non, le Doom, c’est l’expression d’une angoisse pour ce qui vient après, c’est l’expression de la venue d’une mort tant attendue et tant redoutée. C’est aussi l’expression du temps qui avance inexorablement vers la fin de la vie au niveau humain, mais aussi vers la fin du temps au niveau cosmique… Au final, on a tous un destin funeste : qu’on finisse crevé par un cancer et incapable de respirer sans douleur, mort de vieillesse en se chiant dessus, obligé de porter des couches pour adultes achetées par nos gamins parce qu’on a peur de se taper l’affiche chez Leclerc ou qu’on soit devenu gaga à toucher le cul de son arrière petite-fille parce qu’elle est sacrément bonne et qu’on croit que c’est la gamine sur laquelle on s’est forcé en gang bang en Algérie avec notre vieux pote Jean-Marie – AKA Colonel Le Pen - qui de nos jours en appelle à la mémoire de Jeanne d’Arc devant des médias médusés, incapables de comprendre comment ce vieux connard sénile puisse sortir d’aussi grosses bêtises et toujours avoir un auditoire…

CONAN refuse de nous laisser nous apitoyer sur notre sort : le trio nous montre une autre voie. Celle de l’engouement pour la fin tout en foutant le plus de bordel possible sur notre chemin, la voix de Jon Davis résonnant comme des commandements divins perdus dans le vent par dessus le carnage de la bataille, conteur minimaliste d’un âge oublié. “Monnos” est à prendre comme un conflit épique contre l’entropie, découpé en deux actes, comme les deux côtés de leur disque. Les trois premiers titres, “Hawk as a Weapon”, “Battle In The Swamp” et “Grim Tormentor” nous amènent dans une vallée où le soleil est obscurci par des flèches tombant des cieux, où nous sommes piégés dans un marais putrescent à zigouiller les enfoirés osant se dresser contre nous avant finir devant le Titan sinistre et menaçant, source de nos tourments. Mais qui est ce tourmenteur ? Est-il ce que nous voudrions être ou alors est-il le pouvoir implacable contre lequel nous devons nous dresser futilement pour prouver notre existence ?
La deuxième partie de l’album commence avec “Golden Axe”, une coupure calme et instrumentale. C’est peut-être le morceau le plus Doomeux de l’album dans la mesure où ces cinq minutes et demi de calme nous font réfléchir à l’inéluctabilité de ce qui va suivre : une sorte de déchaînement de violence banalisée. C’est le calme avant la tempête et définitivement le morceau-phare de l’album. C’est une marche martiale à deux à l’heure, une charge sur les destriers gastéropodes présentés sur la pochette de leur Split de 2011 avec SLOMATICS. “Headless Hunter” nous envoie plus profondément dans la crypte traquer notre but : le trône invincible sur lequel nous ferons l’expérience du temps qui passe pour l’éternité…

Cet album nous propose donc un brin de fraîcheur (si on peut appeler cette expérience bizarre ainsi) tout en respectant des codes déjà établis. L’expérience de la nouveauté se fait dans le rythme, dans le barrage de son qui nous est balancé à la gueule, dans le chant hurlé à tue-tête depuis le sommet d’un pic enneigé. C’est un album classique qui a ouvert la voie au renouveau du Doom. Ils ont ouvert, avec cet album, une brèche dans laquelle des groupes comme NOMADIC RITUALS d’Irlande du Nord, THOU, WITCHHELM et CHRCH d’Outre-Atlantique, ou alors leurs collègues liverpuldiens de CRYPT LURKER se sont engouffrés, à mon plus grand plaisir.

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   PENMAN

 
  N/A



- Jon Davis (guitares, chant)
- Phil Coumbe (basse, chant)
- Paul O'neill (batterie)


- Hawk As A Weapon
- Battle In The Swamp
- Grim Tormentor

- Golden Axe
- Headless Hunter
- Invincible Throne



             



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