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- Style : Oxiplegatz, Sigh
- Membre : Corpo-mente, Wormfood, Whourkr, Igorrr
 

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ÖXXÖ XÖÖX - Nämïdäë (2015)
Par WËN le 23 Septembre 2015          Consultée 3024 fois

A l'abord de la chronique de ce "Nämïdäë" (“The Last Tears”), nouvel et second album de ÖXXÖ XÖÖX ("69"), nous voici bien embêtés. Et pour cause, figurez-vous, qu'en l'état, nous ne savons toujours pas si nous parviendrons à vous parler Musique au cours des quelques paragraphes qui vont suivre … Mais avant de laisser transparaître plus avant nos états d'âmes, sans doute serait-il de bon ton de débuter par quelques présentations puisque personne au sein de l'équipe n'a auparavant pu se pencher sur son ainé de "Rëvëürt" ("The Revolt Of Heart", 2011), qui s'avérait déjà être une sacrée gifle à l'altière figure de la bienséance musicale.

Ben oui, forcément, gents damoisëülts, puisqu'en découvrant la fine équipe qui aime à se dissimuler derrière ce patronyme aussi exotique qu'insolite, nous nous apercevrons vite qu'avec des morceaux d'IGORRR, de CORPO MENTE et de WHOURKR dedans, il y avait tout de même peu de chance - et les connaisseurs d'acquiescer - pour qu'ÖXXÖ XÖÖX verse dans l'easy-listening d'ascenseur. Bien au contraire. Si vous n'êtes pas familier des tribulations de tout ce petit monde, sachez garder à l'esprit que la gageure majeure d'Öxxö Xööx (instruments, chant, artwork) et de ses pairs (Igorrr aux manettes et Rïcïnn aux mélopées féminines) est peu ou prou de tenter d'abolir les frontières inhérentes à leur art et ce, en s'affranchissant de toutes contraintes qui pourraient, d'une quelconque manière, potentiellement refréner leurs élans musicaux. Mais cela, vous le découvrirez-bien vite à vos dépens pour peu, bien sûr, que vous parveniez à sortir indemne de votre approche avec la bête tandis que celle-ci, en un clair-obscur nimbé d'une safre et électrique pénombre, s'attèle-t-elle déjà à tisser sa toile de chair et de son.

De prime abord perdu en ce dense et impénétrable bosquet de ronces harmonieusement vénéneuses où les structures plus organiques que jamais (merci l'apport d'un véritable batteur : "Därkäë", "Äbÿm"), croissent et s'entrecroisent, peut-on donc - larder de parts et d'autres tels que nous le sommes - parler 'Musique' ? En a-t-on l'envie ?? Le peut-on simplement ??? Pas sûr … A fortiori lorsque ce Doom expérimental grandiloquent, baroque et avant-gardiste (ça y est, le terme est lâché) dont il est question sait allègrement faire fi des structures "classiques" (couplets, refrains) auxquelles nous nous complaisons habituellement à nous raccrocher; se confortant, dans son déroulement, à accentuer l'aspect litanique qu'il dégage. Dans ces étranges contrées sonores où notre chimère, tapie, guette l'auditeur inaverti; dans ce sémillant et polyphonique capharnaüm où la décence n'a décidément plus place; pour peu qu'il soit donc ouvert à de nouvelles expériences, ou tout simplement curieux, notre auditeur se laissera ainsi tour à tour happer, emporter, darder puis dépecer … au gré de l'humeur fluctuante de ÖXXÖ XÖÖX qui, s'appropriant les plus reculés méandres de notre esprit déjà torturé pour en faire son terrain de jeu préféré, se plaira à alterner les plans et les ambiances passant d'une tendre et délicate mélancolie ("Lör", la mystérieuse et lancinante intro de "Lücï", "LMDLM - Le Marais De La Mélancolie") à une sourde folie (les rythmiques effrénées de "Därkäë" et de "Dälëïth", "Ländäë" et son effet 'scratch' inattendu). Harmonisez cela à quelques leads de guitares entêtantes et à d'orgiaques doses d'orgues et de claviers - voire de clavecins - qui sauront brillement rehausser les riffs pour le moins arythmiques distillés par la formation et vous pourrez avoir une idée fugace de ce qui se trame ici-bas.

Mais l'aspect instrumental ne saurait être le seul bénéficiaire des excentricités - maîtrisées - de la formation. Vocalement parlant, en utilisant leur propre dialecte (*) et en variant les registres, Öxxö Xööx et Rïcïnn, là encore, ne sont pas en reste. Chants extrêmes, tribaux, voix féminines triturées, chants masculins désespérés, graves et plein d'emphase : là aussi, les deux protagonistes se plaisent à brouiller les pistes en un exercice d'équilibriste (Äbÿm) dont ils parviennent in-extremis à toujours se tirer indemnes.

Passé son lot d'écoutes préalables afin de pouvoir discerner et différencier ce qui se passe dans l'esprit - que l'on doit reconnaître très fertile - de ses géniteurs, "Nämïdäë" ne tardera guère, lentement mais sûrement, à vous livrer toutes (ou presque) ses subtiles richesses. Mais de cette force, à toujours tenter de nous perdre pour mieux nous surprendre, pourrait bien aussi naître sa principale faiblesse tellement il peut demeurer difficile, au début, de se rattacher à de quelconques éléments familiers et concrets. Car, soyons, franc, si vous ne parvenez pas à rentrer dedans, vous risquez de sacrément souffrir, cette longue procession pavée d'amertume pouvant bien rapidement se changer en redoutable chemin de croix pour ceux qui resteront sur le carreau (75 minutes). Pour les autres, les plus persévérants (ou les plus insouciants), la persévérance mise à découvrir ce havre vierge de toute intrusion humaine, se verra récompensée d'une certaine dose de satisfaction personnelle, voire de plénitude, comme cela peut parfois être le cas suite à un effort conséquent.

Car je demeure persuadé que là est l'objectif inavoué de la formation qui, via cette liturgie en neuf actes, cherche à faire réfléchir son auditoire et à le transcender, comme il a lui-même pu le faire de son carcan musical. Et "Nämïdäë", poussant le bouchon encore plus loin que son aîné, et par conséquent encore plus difficile d'accès que ce dernier, de s'avérer typiquement être ce type d'album jusqu'au-boutisme, impossible à 'juste' s'enfiler entre les esgourdes. Le combo nous offre là une véritable œuvre qui devra en réalité s'appréhender étape par étape et être considérée pour ce qu'elle est : une fable écologique moderne et désenchantée, constat amère de la décadence de notre monde moribond si sciemment saccagé par ses occupants.

Note : 4/5, en gardant à l'esprit que "Nämïdäë" va d'emblée venir se classer parmi les œuvres que vous allez adorer ou au contraire, détester. Le tout étant de savoir où vous mettez les pieds en vous y engageant.

(*) Mais vous l'aviez déjà compris via toutes ces traductions qui parsèment ce papier. Un lexique est même présent sur le BandCamp du groupe, où ils se penchent davantage sur le concept derrière ce langage.

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- Öxxö Xööx (musique, chant masculin, visuel)
- Rïcïnn (chant féminin)
- Isarnos (batterie)
- Igorrr (enregistrement)


1. Därkäë
2. Lmdlm
3. Ländäë
4. Dä ï Lün
5. Lör
6. Lücï
7. Äbÿm
8. Dälëïth
9. Ü



             



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