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THERGOTHON - Stream From The Heavens (1994)
Par MOX le 29 Mai 2005          Consultée 3820 fois

Label qui, en son temps, portait superbement bien son nom, Avantgarde Music produisit en 1994 son premier CD, par un groupe totalement sorti des nues, finlandais qui plus est et répondant au nom de Thergothon. Il est membre de ce que l’on appelle les « groupes maudits », qui sortirent au milieu ou au début des années 90 un, parfois deux albums, et disparurent aussitôt de la circulation. En effet ici, « Stream from the Heavens » est enfant unique et fut très tôt orphelin. Je m’attaque fébrilement à l’écriture de cet article, d’autant plus hésitant lorsque je prends conscience qu’il s’agit du premier réel témoignage de ce que l’on nomme le « funeral doom », style excessivement lent qui, aux yeux de tous, laisse parler des guitares rares et déprimantes mais donne surtout écho aux claviers d’une tristesse infinie, aussi noirs que vaporeux.

Quoique l’on retrouve ces fameuses notes synthétiques, Thergothon privilégie les guitares, usurpant le rôle classique des claviers de créer la dépression. Remettons tout ceci dans le contexte de l’époque, celui où ces derniers peinent à s’intégrer dans la musique métallique lente. Des prémices, donc, qui seront rarement copiés, beaucoup d’adeptes ayant été conquis par l’efficacité du synthétiseur. Thergothon se pose donc là, lent, crade et cru, symbolisant la souffrance et la délivrance cathartique aux moyens d’une dualité de chant clair/guttural, de guitares baveuses et vrombissantes et de claviers fins et discrets. Mais surtout, un son enveloppant le voyage, terriblement approximatif et par moments même mauvais. Le charme incroyable qui en découle vient essentiellement de son effet primaire sur la musique, comme si les compères avaient consciemment concocté un mélange déroutant de priorités, notamment dans ces passages plus sereins pendant lesquels la guitare acoustique est quasiment inaudible.

« Stream from the Heavens » est une compétition continue entre des mélodies poisseuses et des mélopées paradisiaques (au sens strict du terme) et rapporte un difficile combat entre le corps, souffreteux, et la conscience, qui aspire à la tranquillité éternelle. Malmené par un chant guttural et glaireux à peine maîtrisé, le corps gît dans la boue, ne trouvant aucune possibilité de se relever tant l’atmosphère est lourde, tant la pression des guitares conduit à l’accroupissement, la batterie pachydermique achevant le dos et faisant choir le malade. Thergothon est malade, pas nous. Les occasions, sollicitations du ciel tout-puissant, de s’échapper de sa condition sont si pathétiques, couvertes par un son faible et pauvre, qu’elles rendent l’auditeur plein de pitié. Pendant ces moments, la musique se fait plus fine et plus céleste, calmant la résonance des guitares, accueillant de multiples murmures, autant d’appels des cieux inapprivoisables, majestueux, si lourds que sa vue seule pousse à la génuflexion.

Concert délectable de riffs variés au sein d’une musique jamais figée, « Stream from the Heavens » est aussi beau que salissant. D’abord bouleversés par cette ascension innocente, ce bonheur qu’est cet échappatoire du monde glauque (« The Unknown Kadath in the Cold Waste »), on découvre finalement un espace poisseux, un état de vapeur qui mêle des claviers beaux à des cordes dérangeantes où l’âme vogue en pleine contradiction (« Who Rides the Astral Wings »). Et oui, je reconnais la difficulté d’appréhension d’un tel essai, probablement à cause de ces breaks qui passent du calme au sale, trop déroutants pour du doom, trop soudains. Itou pour le son, que certains qualifieront de vomitif. Mais la persistance a du bon, Thergothon faisant un signe dans le dernier morceau, fin des plus désespérantes qu’il m’ait été donné d’entendre, abandon total à l’appel de l’air et du Panthéon qui l’accompagne. Un adieu au monde concret le plus facile à accepter.

Fantastique mise en bouche, très amère au début. Mais on arrive bien au final à comprendre cette lutte intérieure symbolisée par des guitares aux riffs tantôt si purs qu’on les comparerait à des cuivres célestes tantôt si agonisants que le futur défunt en devient pitoyable. Et au vu de la durée inhabituelle de l’objet (40mn), la solitude et le calme sont de mise pour pouvoir apprécier pleinement l’ensemble, je dis bien l’ensemble, de ce courant des cieux, indomptable et poussant à l’élévation vers l’abstrait. Cette musique bizarroïde, mal réglée mais poignante, est une pierre angulaire. Il ne peut pas en être autrement.

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- Niko Sirkiä (voix, clavier)
- Jori Sjöroos (batterie)
- Mikko Ruotsaleinen (guitare)
- Sami Kaveri (guitare)


1. Everlasting
2. Yet The Watchers Guard
3. The Unknown Kadath In The Cold Waste
4. Elemental
5. Who Rides The Astral Wings
6. Crying Blood + Crimson Snow



             



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