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IMPURE WILHELMINA - Antidote (2021)
Par T-RAY le 27 Décembre 2021          Consultée 2024 fois

Cette chronique a bien failli ne jamais voir le jour. Pourtant, je vous parle ici de mon album de l'année 2021. Et de loin. Ni plus, ni moins. L'objet m'a tellement fasciné et impressionné durant des mois que je ne me sentais ni l'énergie, ni la sagacité de le traiter. Deux mois après sa sortie, j'étais certain de passer la main à un autre chroniqueur. Quelqu'un de sûrement moins fan mais peut-être de plus mesuré par rapport à ce que je considère comme LE chef d'œuvre d'IMPURE WILHELMINA. Et pourtant, les semaines ont passé, je me suis replongé avec bonheur dans les albums qui précédaient la sortie de celui qui m'a définitivement fait basculer dans le camp des inconditionnels du groupe suisse, "Black Honey", pour revenir de plus belle à "Antidote". Il faut dire que, pour moi, le fan du "Dracula" de Bram Stoker, il ne fallait plus grand chose pour que je tombe définitivement sous l'emprise de cette Mina Harker Metal.

Au bout du compte, après plus d'une soixantaine d'écoutes, j'ai fini par me rendre à l'évidence. C'était à moi et à nul autre dans l'équipe de NIME de chroniquer cette merveille qu'est "Antidote". J'aurais vécu comme un affront de m'être fait chiper ce privilège. Et si IMPURE WILHELMINA a bien failli me rendre exsangue, son "Antidote" a fonctionné au point de me donner une détermination sans faille. Je ne pouvais décidément pas laisser filer l'année 2021 sans m'être ouvert à vous des trésors que renferme l'œuvre. Parce que Michael Schindl et sa bande se sont transcendés sur ce septième opus studio. Transcender est le verbe juste, car pour une formation qui se revendique résolument Metal et assume l'étiquette Post faute de mieux, le quartette genevois est allé au-delà de tout ce qu'il avait pu réaliser jusqu'ici.

"Radiation", sorti en 2017, était déjà excellent. "Antidote" est magistral. Magistral de maîtrise, de finesse, de précision, d'accroche. Et il affiche un équilibre ultime entre agressivité et douceur, entre puissance et langueur. L'équilibre entre optimisme et pessimisme, en revanche, n'est pas au rendez-vous car c'est une tonalité générale et un discours désenchantés qu'adopte IMPURE WILHELMINA ici. Et comme un pied de nez, le morceau qui donne son titre à l'album, "Antidote", est le seul à offrir un semblant d'espoir sur notre monde et sur la vie à l'auditeur au cours de l'écoute. Instrumental simple mais pas banal, ses lignes et accords de guitare vierges de toute distorsion sont une source de lumière bienvenue après les torrents de mélancolie qui déferlent à chaque morceau.

"Torrent", justement, offre une miniature extrêmement détaillée de ce qu'est devenu le Metal d'IMPURE WILHELMINA en 2021. Son style offre aujourd'hui un taux de mélodie particulièrement élevé et les influences Goth hantées couplées à cette certitude totalement Doom d'une finitude douloureuse s'avèrent tout à fait saisissantes. Captivantes, même. "Torrent" et sa progression méandreuse vers un final faussement libératoire est un parfait résumé de ce que ce septième longue-durée des Suisses a de miraculeux. Le terme n'a rien de galvaudé. Mêler aussi habilement toutes les composantes qui ont un jour fait le sel de la musique d'IMPURE WILHELMINA est un tour de force que le combo achève à chaque morceau ou presque, et toujours en appuyant là où ça fait mal. Au cœur et à l'égo.

La palme des morceaux qui heurtent et laissent tremblants face à notre condition précaire d'êtres humains lucides sur la vanité de notre espèce ne peut être attribuée à aucun morceau de manière certaine, mais certains s'avèrent tout de même plus parlants. En convoquant toute l'expérience Black Metal de Michael Schindl et Diogo Almeida, également membres de VUYVR, "Dismantling" achève un auditeur déjà chancelant par un barrage de tremolo picking acéré et de hurlements écorchés digne des plus grands artistes du genre. L'assaut qui redouble de violence sur le final confirme qu'IMPURE WILHELMINA n'a rien perdu de sa maîtrise des murs de guitare et que s'il privilégie aujourd'hui le chant clair et les sons moins distordus, le groupe a toujours le goût de l'extrême en lui.

Désormais, cependant, et on le sait depuis quelques albums déjà, il n'a plus besoin de taper fort pour brutaliser son audience. Le groupe le prouve avec un "Midlife Hollow" capable de rendre misérable n'importe quel homme de 35 à 55 ans. La crise de la quarantaine/cinquantaine, IMPURE WILHELMINA l'exorcise ici en des termes d'une acidité rare et le chant résigné et pourtant habité de Michael Schindl a de quoi fendre l'armure des plus résistants. Sur ce morceau comme sur d'autres, d'ailleurs, la puissance évocatrice de ses vocaux et de ses textes n'a d'égal que chez le meilleur Aaron Stainthorpe qui soit. Et lorsque j'évoque le Doom pour caractériser une part du style IMPURE WILHELMINA ici, c'est avant tout à MY DYING BRIDE que je pense, en particulier sur un "Unpredicted Sky" changeant et parfois menaçant et surtout sur le magnifique et déconcertant "Jasmines".

Un MY DYING BRIDE qui aurait toutefois travaillé sa facette Pop. Oui, Pop. Non pas que le Metal du combo suisse soit digne des radios grand public, mais la structure des chansons et l'instrumentation parfois légère - ici au piano et à l'orgue - et plus ouvertement Rock que par le passé rend bon nombre des compositions de "Antidote" plus accessibles qu'elles ne l'ont jamais été chez IMPURE WILHELMINA. L'exemple le plus parlant étant sans doute "Gravel" qui, sous des dehors musicaux moins graves, le reste quand même dans ses paroles. Grave et mordant. Un morceau tel que "Vicious", de son côté, fait un magnifique étalage de l'aigreur dont est capable le parolier en chef du groupe genevois. Les vicieux, c'est nous car vicieuse est notre façon de nous abriter derrière notre mauvaise foi naturelle et ce que notre humour peut avoir de blessant pour masquer notre propre insignifiance.

Ce qu'il y a de fou sur cet album, c'est la capacité de ces textes ciselés à imprimer durablement l'âme alors qu'ils n'occupent parfois que quelques dizaines de secondes sur plusieurs minutes de morceau. C'est le cas sur l'initial "Solitude", qui prend son temps pour démarrer et n'assène sa sentence qu'au bout de trois minutes et quelques. Car, de manière générale, les textes sont souvent en suspens sur "Antidote" et IMPURE WILHELMINA brode autour d'eux un molleton de mélodies sublimes sans jamais oublier d'ajouter au tissu quelques fils barbelés qui transforment en un mouvement la douce étoffe en cilice de pénitent. C'est tout l'art du quartette suisse que de savoir manier le beau et d'agiter le laid avec autant d'aisance. Et de savoir attiser le feu pour mieux l'éteindre froidement d'un riff tranchant ou d'un vers cinglant.

Clairement, IMPURE WILHELMINA a atteint sur ce cathartique septième L.P. un niveau de composition et d'écriture rare qui confine au précieux. Un niveau dont on le savait déjà capable eu égard aux superbes efforts que furent, en leur temps, "Prayers And Arsons" et le plus récent "Radiation", dont les ingrédients infusent encore la recette de l"Antidote" concocté par les Genevois en 2021. Sans aucune influence de la pandémie actuelle, la quasi-totalité des titres et des textes ayant été écrits et composés avant l'annonce des premiers cas de Covid-19 en Europe, "Antidote" se révèle une parfaite bande-son de notre époque incertaine et futile. Un miroir tout sauf déformant dans lequel il faut absolument prendre le temps de se mirer car, derrière le dégoût, il y a tout de même la beauté. À moins que ce ne soit l'inverse... Dans tous les cas, pour l'avoir révélé, IMPURE WILHELMINA est grand.

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   T-RAY

 
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- Michael Schindl (vocaux, guitares)
- Diogo Almeida (guitares)
- Sébastien Dutruel (basse)
- Mario Togni (batterie)


1. Solitude
2. Midlife Hollow
3. Gravel
4. Dismantling
5. Jasmines
6. Vicious
7. Torrent
8. Unpredicted Sky
9. Antidote
10. Everything Is Vain



             



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