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2018 Head Cage

PIG DESTROYER - Head Cage (2018)
Par T-RAY le 28 Mars 2019          Consultée 678 fois

Nous sommes en septembre 2018 et PIG DESTROYER offre à sa musique un virage décrié par une bonne frange de la communauté de ses fans. Mais faut-il réellement lui en vouloir lorsque la formation peut être légitimement considérée comme LE groupe de Grindcore du XXIème siècle, l'un des seuls à réellement compter comme poids lourd du Metal en dépit du fait qu'il pratique depuis ses débuts un genre musical loin de faire l'unanimité ni de séduire les foules ? Si le Grind n'est pas devenu insignifiant en termes de notoriété après le tournant Death Metal de plusieurs grands noms, la disparition de pontes comme NASUM ou suite à la virée autoparodique du Goregrind ou du Porngrind, c’est aussi grâce à PIG DESTROYER et quelques autres combos qu'on peut compter sur les doigts d'une main. Car les Américains font partie des plus fidèles à l'esprit contestataire issu du Hardcore, l'un des deux genres décisifs dans la naissance du Grindcore. Et surtout, ils font partie des plus doués de la scène, instruments en mains.

Nous sommes en septembre 2018, donc, et PIG DESTROYER revient avec un "Head Cage" qui tranche certainement avec les autres parpaings de sa discographie. Le combo est à un tournant stylistique et l'assume parfaitement. On le vilipende pour la longueur inédite de ses morceaux ? Mais forcément, lorsque l'on se détourne un tant soit peu de la ligne Grind, il paraît logique de dépasser la minute, voire les deux, et même les trois, pour exprimer ce que l'on a à dire. Non pas que PIG DESTROYER ait fait le tour de la question Grindcore mais il n'en est manifestement pas bien loin et reconnaissons qu'il faut bien quelques minutes en plus pour mettre en œuvre un morceau tel que "House Of Snakes" (plus de 7 minutes, en effet), Sludge par bien des aspects – la lenteur et la lourdeur des parties de guitare, l'aspect gras et ronronnant du son, les gargouillis de basse, instrument pour la première fois présent dans la musique des Virginiens – et éminemment symbolique de la volonté du groupe de varier les plaisirs. Ce qu'il avait déjà fait sur l'E.P. "Mass & Volume" en 2013.

Bien évidemment, ce morceau, qui conclut l'album, n'atteint pas le niveau de maîtrise affiché par de purs combos de Sludge, mais là n'est pas l'ambition de PIG DESTROYER. Son but était plutôt d'offrir un disque riche de nuances variées mais capables de révéler toute la palette du pathos exprimé par les textes de J.R. Hayes. En l'occurrence, "House Of Snakes" s'inscrit parfaitement dans cet objectif en donnant à entendre un PIG DESTROYER comme on ne l'avait (presque) jamais entendu. La basse de John Jarvis n'y est pas pour rien, justement : même si le mix ne lui fait pas autant honneur qu'elle le mérite, elle offre une épaisseur supplémentaire au son des Virginiens, qui s'avère capitale dans ce tournant stylistique vers toujours plus de heaviness. En outre, elle apporte un groove non négligeable et fort appréciable que l'on ressent bien sur toute la première moitié de l'album.

On accuse également PIG DESTROYER de pratiquer le Metalcore ? Le Destructeur de Cochons (comprendre “de flics”) s'en fout : il avoine malgré tout. L'enchaînement très efficace de "Army Of Cops" et de "Circle River", tous deux très protestataires dans leur genre – J.R. Hayes est toujours aussi fin dans ses textes, qui prennent ici un tour politique – est certainement le moment le plus intense de l'album. Le premier des deux titres, avec son riff marquant et sa deuxième partie plus pesante, fait mouche. Catchy bien comme il faut, et plus que jamais pour du PIG DESTROYER, groovy en diable, il trouve son parfait complément en "Circle River", lui aussi bien servi par un riff de qualité et un groove mastoc. En réalité, c’est peut-être parce qu'il privilégie souvent le riff que "Head Cage" trouvera plus d'adeptes du côté des purs Metalleux. L'étonnamment Death/Thrash "The Torture Fields", par exemple, parlera certainement à bon nombre de chevelus et d'ex-chevelus, d'autant qu'il s'avère percutant. Idem pour "Terminal Itch", qui séduira probablement les amateurs de Death Technique, malgré sa courte durée.

On accuse pourtant PIG DESTROYER d'oublier d'être brutal en avançant pour preuve le faible taux de blast beats administrés par Adam Jarvis. Oui, mais depuis quand les blast beats sont-ils une condition sine qua non pour être violent ? Même sans eux, la musique de PIG DESTROYER continue d'être in your face et les paroles des morceaux, le riffing, l'atmosphère de l'album et la lourdeur du son garantissent à "Head Cage" un niveau de violence tout à fait respectable. "Concrete Beast" est un bon exemple de cet état de fait : personne ne qualifiera ce titre de brutal mais, de son mid-tempo, il se montre sournois et menaçant, telle cette “bête de béton” qu'il décrit, qui a progressivement mangé la nature autour d'elle. Là encore, l'inattendue approche Sludge du groupe est mise à profit. "Mt. Skull" aussi parvient à prouver, par sa lourdeur et sa répétitivité, que PIG DESTROYER peut être violent sans martyriser son auditoire.

Et quand ils sont bel et bien là, ces blasts beats, comme sur "Dark Train", par exemple, cela suffit à prouver que si "Head Cage" en est majoritairement exempt, c’est parce que le combo américain l'a bien voulu. Ce n'est d'ailleurs pas quand PIG DESTROYER se la joue frontalement Grind que sa musique fonctionne le mieux sur cet album, le groupe ayant déjà proposé bien meilleur dans le genre, par le passé. Il arrive malgré tout au combo américain de ne pas tirer le meilleur parti de sa nouvelle approche riff-oriented. Un morceau comme "The Last Song", campé sur son riff sans quasiment jamais s'en détourner, s'avère plutôt mou et sans groove, en comparaison de titres tels que "Army Of Cops" ou "Circle River". Globalement, c'est toute la deuxième moitié de "Head Cage" qui s'avère moins impactante, même si "The Adventures Of Jason And JR" compile assez efficacement les diverses influences stylistiques exposées par PIG DESTROYER sur ce sixième opus.

En vérité, si l'on peut trouver un incontestable point “gris” (car ça n'est pas un point noir) à ce nouveau et attendu PIG DESTROYER, c’est sa production un brin too much. Destinée à renforcer l'aspect heavy de la musique ici gravée mais certainement trop compressée, elle met sous l'éteignoir l'effort musical fourni par les compères de Scott Hull – basse encore un peu trop lointaine, cymbales étouffées – qu'un son plus raw, plus authentique, à la façon de ce que pouvait proposer le groupe sur "Prowler In The Yard" et "Terryfier", aurait peut-être permis de mieux mettre en relief. Si l'on peut reconnaître que cette prod' et ce mixage compact aseptisent la musique de PIG DESTROYER, se cacher derrière elle pour accabler de tous les maux cet efficace et solide "Head Cage" est un poil mesquin. Car si, avec ce sixième opus studio, le groupe virginien nous offre probablement un album de transition, celui-ci est suffisamment réussi pour qu'on puisse l’écouter avec un plaisir non feint.

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- J.r. Hayes (vocaux)
- Scott Hull (guitares)
- Blake Harrison (synthé, samples)
- Adam Jarvis (batterie)
- John Jarvis (basse)


1. Tunnel Under The Tracks
2. Dark Train
3. Army Of Cops
4. Circle River
5. The Torture Fields
6. Terminal Itch
7. Concrete Beast
8. The Adventures Of Jason And Jr
9. Mt. Skull
10. Trap Door Man
11. The Last Song
12. House Of Snakes



             



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