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DERAIS - Of Angel's Seed And Devil's Harvest (2017)
Par DARK BEAGLE le 13 Octobre 2017          Consultée 259 fois

Parfois, parvenir à sortir un disque est, pour un jeune groupe, un véritable chemin de croix. Il faut convaincre une maison de disque de vous signer, à une époque où la vente de disque a pris du plomb dans l’aile et pour peu que votre discours soit barré ou très personnel, cela peut encore retarder l’échéance, la délivrance pour bon nombre de formations souhaitant être plongées dans le grand bain. C’est le cas de DERAIS, un groupe de Doom allemand empruntant son nom à Gillou, qui aura enregistré ses morceaux en 2009, pour les mixer en 2014 et pour finalement voir son album en bac en 2017. Tout un programme en somme.

Bien sûr, quand les groupes de Metal s’inspirent d’un Français célèbre, c’est sur le cas de Gilles de Rais qu’ils se penchent, pour le côté bien crade et tumultueux pouvant donner lieu à des adaptations nimbées de fantastique et d’horreur (CELTIC FROST, CRADLE OF FILTH, les Japonais de GILLES DE RAIS…). Pour DERAIS, difficile de savoir exactement quel rôle l’ancien Maréchal de France tient dans ses thèmes de prédilection, vu que pour ainsi dire, il n’y a pas de paroles, pas vraiment et que chaque titre est illustré par une citation de la Bible.

Mais une chose est certaine, DERAIS va jusqu’au bout de son idée et de ce côté, se montre assez extrême. "Of Angel’s Seed And Devil’s Harvest" se décompose en quatre titres, dont deux instrumentaux (dont les tirs rassemblés forment celui de l'album) de trois et cinq minutes, pour près de trois quarts d’heure de musique. Autant dire que pour la charnière centrale, on va bouffer un Funeral Doom qui prend son temps et qui va s’avérer être un voyage initiatique étrange, tant le groupe semble avoir une capacité particulière à porter l’auditeur dans des contrées fantasmagoriques et effrayantes.

Et ainsi on se laisse happer par la lenteur d’une guitare dont les riffs s’éternisent, meurent lentement tandis que le duo basse/batterie vient apporter le plomb nécessaire afin que nous coulions plus rapidement. Et nous nous laissons emporter par ce déluge mortifère, nous nous noyons dans ces flots où la noirceur est comme autant de récifs qui émergent pour briser notre volonté. Les variations musicales sont subtiles, ce qui accentue grandement cette sensation d’écrasement qui vient très vite nous faire paniquer dans cet univers blanc, cotonneux. Les musiciens prennent leur temps pour développer leurs morceaux, et le chant n’intervient que tard.

D’ailleurs, voilà un point bien complexe à soulever. Le groupe utilise principalement des samples qui donnent l’impression d’assister à un dialogue étrange, en décalage complet avec la musique pratiquée. Puis, arrive une voix déshumanisée, angoissante, qui vient se mêler à tout cela et qui tranche complètement avec ce qu’on était en droit de s’attendre. Pas de chant guttural semblant venir d’outre-tombe, pas même l’écorché vif qui hurle sur du Black Metal. Non, pour comprendre, visualiser la voix, se donner un point de repère, il faudrait remonter à l’album "Angst" de LACRIMOSA et s’attarder sur les parties les plus angoissantes qu’a produit Tilo Wolff à l’époque.

Et c’est là que le groupe se montre particulièrement pertinent. Pas seulement à travers un quelconque anonymat qui ici ne fera pas recette contrairement à GHOST, qui a quand même une ouverture plus commerciale, mais par le biais de ce chant cauchemardesque qui, mêlé à des samples tirés de films, va vite créer une atmosphère lourde, effrayante. Le noyau central que forment "Hellbless" et "White Night" offrent donc une véritable épreuve pour l’auditeur, qui n’a d’autre choix que de subir les assauts de DERAIS et sa vision nihiliste du Funeral Doom, teinté légèrement par des touches plus Post Rock.

Cependant, difficile de ne pas rester sur sa faim une fois que cet "Of Angel’s Seed And Devil’s Harvest" s’achève. Certes, on s’est fait rouler dessus par un rouleau-compresseur durant quarante-cinq minutes, mais on n’est pas arrivé au point de satiété. Parce qu’au final, on a droit qu’à deux véritables morceaux, les instrumentaux, très proches dans l’idée, n’apportant pas grand-chose à cette équation dont les inconnues sont nombreuses. Et si on a bien été balayé par une vague de fond, il n’y en a pas eu de seconde, un coup de grâce qui allait nous empêcher de regagner le rivage, et nous laisser comme unique solution de nous laisser couler, pour nous noyer et ne jamais remonter à la surface. Il manque quelque chose, qui rend cette démonstration par moments stérile et c’est dommage, parce qu’on aurait très bien pu se prendre une claque magistrale avec cet album, ce qui n’est pas tout à fait le cas. Mais la joue picote bien quand même.

DERAIS demeure donc une énigme. Les musiciens ont des idées, souvent bonnes, qu’ils arrivent à mettre en pratique, mais qui risquent fort de déstabiliser aux premières écoutes. Et malgré le sentiment d’inachevé qui ressort de cette œuvre, le voyage proposé est de ceux qui ne se refusent pas tant il s’annonce vertigineux. Le genre de disque que l’on écoute allongé sur son lit, dans le noir, pour s’imprégner pleinement de l’ambiance qu’il dégage. Une démarche qui a le mérite d'être assez personnelle et qui aura mis du temps à être disponible pour les amateurs du genre.

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1. Angel's Seed
2. Hellbless
3. White Night
4. Devil's Harvest



             



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