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BOISSON DIVINE - Enradigats (2013)
Par GEGERS le 28 Juin 2013          Consultée 4051 fois

Au moment d'évoquer le paysage Folk Metal français, on pense le plus souvent, et tout naturellement, à ces nombreux groupes qui s'inspirent de la matière celtique pour construire une musique porteuse de revendications identitaires ou pétrie de thématiques belliqueuses. Les groupes, le plus souvent bretons, parfois auvergnats, transmettent des valeurs de solidarité, d'unité et, parfois, font l'apologie d'ancestrales religions païennes. Les autres traditions régionales, qu'elles soient corses, normandes, limousines ou berrichonnes, restent l'apanage de groupes dits « traditionnels », et ne se manifestent que rarement dans les sphères métalliques. C'est ainsi un boulevard qui s'ouvre devant BOISSON DIVINE, très probablement le premier groupe à consacrer son répertoire à la promotion de l'identité Gasconne. Fondé par deux jeunots, Baptiste Labenne et Adrian Gilles, sur les hautes terres du Gers en 2005, voici un bien intrigant projet qui donne naissance sous le nom "Enradigats" à un premier album bluffant de savoir-faire et de maîtrise.

BOISSON DIVINE ne semble pas vouloir défendre à tout prix l'identité de la Gascogne face à la mondialisation galopante, qui entraîne une perte de repères et une marginalisation des cultures minoritaires. Pas de pamphlet revendiquant l'indépendance de la région, pas de textes durs à l'encontre des pouvoirs dominants qui nivellent par le bas et rabotent les exceptions culturelles. Le groupe semble enclin, c'est évident, à promouvoir sa région, mais à le faire sous un aspect pacifique, les textes traitant essentiellement de plaisirs hédonistes (il est régulièrement question d'alcool), de rugby ou de légendes du pays. Tout cela, finalement, génère une empathie naturelle de l'auditeur envers ceux qui, au quotidien, font survivre leur identité régionale. L'aspect régionaliste de l'ensemble est renforcé par la présence de nombreux textes en langue gasconne, le groupe allant même jusqu'à proposer un petit guide des équivalences phonétiques français/gascon dans son livret et en proposant un dossier de presse en langue gasconne sur la page de son distributeur, Brennus (lui-aussi promoteur d'une culture musicale à sauvegarder).

Le Folk Metal proposé par le groupe prend ses racines sur un Hard Rock/Heavy Metal somme tout traditionnel, qui fait un clin d’œil appuyé à SAXON ou MAIDEN (les harmoniques de guitare). S'ajoutent sur l'ensemble de nombreux instruments traditionnels (accordéon, boha – la cornemuse landaise-) qui donnent naissance à un mélange fort bien dosé. Plus que la capacité de BOISSON DIVINE à trouver le juste dosage entre ses instruments, on reste pantois face à la force créatrice d'un groupe pourtant débutant, mais qui propose un peu plus d'une demi-heure de compositions inventives et toutes très inspirées. D'entrée, "Que Me'n Tornarèi" ("Je reviendrai"), qui peut rappeler un IN EXTREMO des grands jours, frappe juste et fort : un riff acéré, des harmonies vocales qui renforcent le côté traditionnel, un solo de guitare furieux, voici un groupe qui donne un bon coup de pied à une scène Folk Metal de moins en moins enthousiasmante.

Les compositions, donc, tiennent excellemment bien la route. Basées le plus souvent sur des riffs dantesques, auxquels viennent se greffer des mélodies folk imparables, elles font mouche de manière systématique. Lo Cant Deu Pastor" constitue l'exemple parfait d'un groupe qui donne l'impression d'avoir dix ans de carrière au cul, tout comme "Que de Melhor" rappelle le MAGO DE OZ des grands jours. Des instrumentaux ("Rondèu") et des titres plus directs ("Vendanges", "Troisième Mi-temps") viennent constituer le liant entre des pièces plus complexes et audacieuses, à l'image du titre final "Cama Crusa" ("Jambe crue"), une légende gasconne mise en musique de la plus belle des manières : un piano solennel et inquiétant, auquel succède un riff Heavy épique, façon CELTIC LEGACY, qui porte sur ses épaules 8 minutes d'un titre à tiroirs qui ne lâche pas l'auditeur jusqu'à la dernière note.

Si un léger bémol était à apporter, ce serait au niveau du chant, parfois approximatif, à l'image du premier couplet de "Terre d'attache" ou de l'ensemble de "Vendanges", des morceaux qui pâtissent quelque peu de cette fébrilité vocale. Néanmoins, le plus souvent marqués par la présence d'harmonies vocales, la plupart des morceaux ne souffrent pas de ce léger défaut, qui n’entache en rien le petit exploit que vient de réaliser le groupe : secouer la fourmilière Folk Metal par le biais d'un album très inspiré et excellemment exécuté. De plus, en basant ainsi son répertoire sur l'histoire et les traditions de sa région, le groupe s'offre une matière textuelle inépuisable qui devrait, souhaitons-le, donner naissance à d'autres albums de cette trempe dans un avenir que l'on espère proche.

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   GEGERS

 
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- Baptiste Labenne (guitares, basse, chant, boha…)
- Adrian Gilles (batterie, chant)


1. Que Me’n Tornarèi
2. Terre D’attache
3. Lo Cant Deu Pastor
4. Vendanges
5. Rondèu
6. Qué De Melhor
7. Troisième Mi-temps
8. Hilhòta De Delà L’aiga
9. Cama Crusa



             



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