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2020 Arkhipov

DRAGUNOV - Arkhipov (2020)
Par ISAACRUDER le 16 Août 2021          Consultée 681 fois

Drapés dans leur imaginaire soviétique, nimbés de la lumière rougeoyante de la Révolution russe, dupés par l'effort de guerre technologique stalinien, les DRAGUNOV ont décidé de faire partie des innombrables traîtres avaleurs de chibres russes qui ont constitué notre patrie - et la constituent encore. Blague à part, les deux fanatiques du kolkhoze ont bâti un univers qui rend hommage à l'URSS, et en particulier à l'aura mystérieuse qui l'entourait, notamment vis-à-vis de son génie industriel et technologique. En témoigne cet artwork splendide, sous-marin conquérant s'extirpant d'une glace épaisse, juste discernable dans la brume révolutionnaire. On savait la littérature pénétrée de l'imaginaire soviétique (Volodine en tête), mais aussi le jeu vidéo ("Metro 2033" ou "STALKER"), et la récente série génialissime "Chernobyl" est venue rappeler au monde la fascination qu'exerce toujours cette Russie disparue. DRAGUNOV s'engouffre dès lors dans la brèche pop culturelle, à renforts d'un Metal Instrumental qui ne s'embarrasse d'aucun triage de lentilles, au risque de verser dans la facilité.

"Arkhipov" ne pouvait qu'être meilleur que "Korolev", maturité et production professionnelle obligent. Avec Raphaël Bovey aux commandes, le duo renforce la puissance de son arsenal. L'ensemble sonne extrêmement bien, résolument massif, avec une touche légèrement industriel en accord avec le propos ("Keldysh"). Une indispensable évolution qualitative, puisqu'avec DRAGUNOV, tout dépend de l'aspect massif de la musique, que ce soit les guitares stakhanovistes et la batterie contremaître, soutenues par un travail d'ambiance intéressant mais encore timide. Les voix russes, sonars et autres samples destinés à nous plonger dans le lac Baïkal entouré d'usines, mâtinent un album qui ne pousse pas assez le délire. On attend davantage de DRAGUNOV du point de vue de ces ambiances, généralement réussies ("Ledokol Somov"), mais qui font office de Trotsky tandis que les guitares imposent leur autorité façon Staline.

C'est là que DRAGUNOV assure. Entre ses guitares implacables et sa batterie efficace et groovy, "Arkhipov" donne bien souvent l'impression d'écouter le jam de deux potes emportés par le riffing. En résulte une approche organique - paradoxalement - et un rendu percutant. En deux mots : l'alchimie fonctionne. Les riffs ne révolutionnent pas le game mais servent au groove, à l'instar d'un SEPULTURA. On pourrait presque parler d'un tribalisme soviétique si l'on avait pas peur de se prendre un coup de pic à glace dans la caboche. Entre les influences Metal Instrumental (à la PELICAN) et Post Hardcore, DRAGUNOV vise une nouvelle fois l'atmosphère, mais ne sacrifie en rien l'impact de ses riffs. "B-59" en est un bel exemple, équilibriste subtil entre la puissance caractéristique d'un OMEGA MASSIF et le crescendo vivace que l'on peut rencontrer chez un RUSSIAN CIRCLES. Néanmoins, aussi percutant qu'il puisse l'être, DRAGUNOV verse dans l'excès de facilité dès lors que l'on analyse la structure de ses morceaux. Ces derniers ne recèlent guère de surprises, généralement bâtis sur un modèle hypnotique et ascendant caractéristique d'une jam justement (pénible "Kolesnikov's Letter"). Emportés par leur plaisir du groove, les deux soviets n'offrent que peu de variété structurelle, et arrivé à "Spas Mir", "Arkhipov" provoque un peu d'ennui. Il lui fallait certainement davantage d'audace dans les ambiances (ce que "Spas Mir" tente justement) mais aussi, peut-être, des tentatives plus Indus, quitte à sortir du Metal pour s'aventurer vers des territoires à la NINE INCH NAILS ou GODFLESH version URSS.

"Arkhipov" est donc un album fort sympathique, bien mieux réussi que son prédécesseur, et qui fait de DRAGUNOV une formation prometteuse, avec un univers singulier, une proposition artistique unique mais encore trop timide. Quitte à sucer Lénine, autant y aller franco ! Armez-moi ces sous-marins de têtes chercheuses nucléaires, emprisonnez-moi ces opposants politiques, placardez-moi ces belles affiches de dictateur à moustache, renforcez la sécurité des goulags et construisez davantage de murs pour enfermer ces putains de manants! Pour le moment, DRAGUNOV est Khrouchtchev. On attend de lui qu'il devienne Staline, dans une contre-évolution historique dont seule la musique a le secret.

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   ISAACRUDER

 
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- Sébastien (guitares)
- Tristan (batterie)


1. Horizontal
2. Keldysh
3. Kolesnikov's Letter
4. 65-76
5. Ledokol Somov
6. B-59
7. Spas Mir



             



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