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ROCK PROGRESSIF  |  STUDIO

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CHRONIQUES

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2015 ★★★★★  Moksha

MY SLEEPING KARMA - Moksha (2015) ★★★★★ 
Par REMISSA le 28 Janvier 2026          Consultée 535 fois

Hiver 2025.
Les températures refusent obstinément de choir sous le seuil du néant, mais les bourrasques, elles, s'acharnent avec une morgue toute septentrionale sur le crâne nu du Remissa, pèlerin transi s'étant aventuré bien au-delà de son pré carré, lassé d'être allaité par la seule brutalité coutumière de styles affublés d'un suffixe -Core. Chaque rafale lui cingle la nuque comme un rappel à l'ordre, tandis que le mercure, dans une ironie lente et perverse, le meurtrit à petit feu. Il s'arrête alors, contraint, pour contempler un paysage sans nom, lequel, par une cruauté raffinée, parvient à glacer ses os plus sûrement encore que le froid qui l'assaillait jusque-là.

Devant lui s'érige une ligne impalpable, éthérée, à la manière d'un horizon délibérément flou, mais étrangement à portée de doigts engourdis. On eut dit l'extrémité d'un arc-en-ciel chuté là par inadvertance, dont il aurait suffi de se saisir pour dépouiller quelque Leprechaun distrait du trésor de son chaudron. Il tend la main. La délimitation spectrale se met à onduler, à respirer presque, exhalant des volutes laiteuses qui dansent devant ses pupilles figées, trop vitrifiées pour laisser s'échapper la moindre larme. Puis la frontière se dissout, non pour disparaître, mais pour l'engloutir.

Tout s'obstrue.
Le paysage, la lumière, l'ombre, la cassure, la courbure. L'avant et l'après s'annulent mutuellement. Il ne demeure qu'un panache kaléidoscopique de teintes incendiaires, s'entremêlant sans début ni fin, du sein duquel s'élèvent, carillonnantes et omniprésentes, les premières notes de "Prithvi". Comme si la Terre elle-même, soudain douée de volonté, entreprenait d'arracher Remissa à la lourdeur du plancher des vaches pour le dissoudre dans un néant polychrome, l'enveloppant d'une chaleur douceâtre, presque maternelle, propre à anesthésier toute résistance.

Il cède.
Il lévite.
Il flotte.

Bercé par ces motifs mélodiques obstinément répétés, mais se déployant pourtant à la manière d'un organisme vivant, il sent la matière sonore se densifier, se charger tour à tour d'aspérités métalliques ou s'apaiser dans une cohérence séductrice, presque spirituelle, pour peu que l'on consente à s'y abandonner. Désormais suspendu à une hauteur d'où le sol n'est plus qu'un concept désuet, "Vayu", incarnation de l'air, le transporte par-delà les frontières mal cartographiées et âprement disputées du royaume du Metal. Les cuivres, d'une finesse indécente, viennent alors parachever son état de béatitude stasique, comme si la musique elle-même conspirait à prolonger l'extase.

Les informations affluent, trop nombreuses pour une conscience engourdie. Heureusement, des interludes surviennent, oasis trompeuses où réapparaissent des balises familières : une basse, une guitare – serait-ce TOOL ? La question n'a pas le temps de se former que "Akasha" surgit, plus turbulent, plus insidieux. Ce n'est plus un sommeil qui s'annonce, mais une ivresse. L'éther l'enivre. La certitude s'impose : cette musique, sous ses dehors angéliques et méditatifs, est une substance. Une drogue savamment distillée. Ce n'est pas le froid qui l'aurait menée à la mort, mais l'illusion d'un Nirvana trop accueillant pour être honnête.

La révélation éclate lorsque s'élève "Moksha", pièce centrale et sommet du rite. Dix minutes suspendues. Dix minutes de transcendance pure. Car il s'agit bien de cela, au sens Huxleyen du terme : l'accès à une conscience exacerbée, proche de l'omniscience, atteinte par l'ingestion d'un hallucinogène aux vertus prétendument médicinales. Quatre notes seulement, obstinément répétées sur un piano spectral, servent de fondation à un édifice émotionnel d'une puissance désarmante. La simplicité y est objectivée, presque humiliée, tant elle se révèle bouleversante. Le break du premier tiers n'est qu'un trompe-l'œil, une brutalité feinte masquant la suavité vénéneuse de ce morceau simoniaque, qui achète l'âme sans jamais en afficher le prix.

La suite du périple, davantage imbibée de substances que de spéculation métaphysique, s'apparente à une lente redescente. Les méandres sonores se répètent, le chaos se ritualise, jusqu'à frôler la routine incantatoire. Déjà, les nappes évoquent des réminiscences PINK FLOYDiennes, singeant un "Shine On You Crazy Diamond" fantomatique lors de l'ultime interlude. Mais "Agni" survient sans tarder pour raviver l'incendie, ultime flambée d'un brasier que MY SLEEPING KARMA a entretenu durant près d'une heure, ou quelques instants, ou était-ce plusieurs jours ? Le temps n'a plus cours.

Puis tout s'apaise.
Les phrasés interminables, faussement improvisés, les mélodies obsédantes martelées jusqu'à l'hypnose, les envolées contenues mais d'un lyrisme souverain : tout s'éteint.

Remissa s'éveille.
Serein.
Encore étourdi.

À nouveau, la ligne d'horizon se dessine, lointaine, par-delà la cime d'arbres dénudés de leur manteau feuillu. Elle se contorsionne une dernière fois, comme un adieu muet, avant de s'évanouir.

Aux antipodes de la haine, de la violence, des hurlements, du sang, du fiel et de la bile, cette frontière du Metal sait engendrer d'autres convulsions. Des vibrations qui nouent les tripes sans les lacérer.
Cela n'a évidemment rien à voir – et pourtant, l'impact est identique.

Les frontières ne sont pas faites pour être respectées.
Elles sont faites pour être traversées.

Ce n'est qu'un au revoir.

Note réelle : 4,5/5 arrondi au supérieur.

Morceaux préférés : "Moksha", " Vayu", "Prithvi".

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LA CHRONIQUE

 > PRINCIPALE
  ★★★★★ REMISSA


LINE-UP
- Matte (basse)
- Seppi (guitare)
- Steffen (batterie)
- Norman (claviers, soundboard)

TRACKLIST
1. Prithvi
2. Interlude 1
3. Vayu
4. Interlude 2
5. Akasha
6. Interlude 3
7. Moksha
8. Interlude 4
9. Jalam
10. Interlude 5
11. Agni


             



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