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CHRONIQUES

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2023 ★★★★  This Too Shall Pass
2025 ★★★★  Bruxism
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2023 ★★★★★  This Too Shall Pass

GRANDMA'S ASHES - This Too Shall Pass (2023) ★★★★ 
Par DARK PANDA le 1er Octobre 2025          Consultée 903 fois

Que s'est-il passé entre 2021 et 2023 ? Non, je ne parle pas de cette saloperie de pandémie, passée d'une calamité anxiogène mondiale à une maladie saisonnière (presque) aussi rasoir qu'une grippe. Notre sujet, c'est la musique. Eh bien GRANDMA'S ASHES a soudain grandi. Quelle arrogance de la part d'un modeste chroniqueur, que de lancer une telle affirmation ! Mais laissez-moi m'expliquer (quand même) : en 2021, ce trio de jeunes rockeuses parisiennes survoltées sort un EP bien barré (''The Fates''), plutôt expérimental, qui montre déjà leur aisance à varier les styles et à tordre leurs guitares dans tous les sens. En 2023, elles passent au long format avec un album de douze pistes étirées sur 46 minutes, "This Too Shall Pass". Et... Bah c'est l'épiphanie. Comme si leur musique, déjà plaisante, avait trouvé des rails en acier forgé pour équilibrer sa précieuse marchandise enfiévrée et filer à toute blinde vers un horizon radieux, furieusement cohérent.

Dans la motrice de tête : une armature lourde comme de la fonte et un moteur clairement thermique, nourrie par un Stoner rugueux et pachydermique. À l'arrière : une rame pleine à craquer d'harmonies vocales désarmantes et de constructions Rock progressives sculptant un décor riche, digne de l'Orient Express. Par la fenêtre : un paysage qui déroule avec une fluidité folle sa partition vallonnée de sonorités fantasmagoriques, convoquant selon les atmosphères tissées les cimes étoilées d'une forêt à la nuit tombée ou les tourbes gluantes d'un marais phosphorescent.

Oui, ça fait beaucoup. Mais – allez savoir comment – tout ça roule fichtrement bien. GRANDMA'S ASHES nous offre, sur son premier album, un voyage merveilleux. Ce n'est pas simplement qu'il y a des idées, c'est qu'elles sont parfaitement agencées. Comme si le groupe en était à son quatrième ou cinquième effort. Sa musique propose un Rock d'une efficacité redoutable (en clair, immédiatement séducteur), doublé d'une troublante profondeur de champ sonore (comprendre que cette immédiateté cache des nappes infinies de subtilité).
"This Too Shall Pass" est un éboulis de tubes aux lignes claires et puissantes, où les instruments réussissent pourtant à ne jamais tenir en place, tronçonnant la rythmique, enluminant des atmosphères, vrombissant d'influx nerveux toujours surprenants. Mon dieu (mais lequel ?), que ça groove sous ce ballast !

Le tour de force des Parisiennes pourrait se résumer à un morceau-locomotive : "Borderlands". Son train se met en branle sur une suite d'accords délicats frottés à la guitare, sur laquelle vient se poser une voix charmeuse. Ça semble délicat et acoustique. Basse et batterie viennent ronronner en arrière-plan, le chant s'épaissit d'un chœur ondoyant, et le piège se referme quand un riff caverneux vient frapper cette belle harmonie d'une mélopée brutale, lente et râpeuse. Les percussions s'alourdissent, la basse virevolte dans les profondeurs, on plonge dans la mélasse sans crier gare. Voilà que ça devient aride et Stoner. Mais la mélodie ne se laisse pas faire, elle revient à la charge, ondoie à nouveau, tente de s'envoler avant de se briser en rythmes hachés et en éclats de voix syncopés. Des bidouilles électroniques ? Ça déraille Prog. Le morceau tente de se remettre sur pied, avance à nouveau vaillamment sur son Rock dansant, jusqu'à ce que tout s'éteigne et qu'on assiste à un stupéfiant crescendo vocal, une polyphonie (non, pas corse) délicieuse qui monte, s'étire, se fait toujours plus lyrique et vénéneuse à mesure qu'elle se porte vers le ciel. Ça bascule conte de fée tellement c'est beau, on se croirait chez Edward aux mains d'argent. Tout là haut, si proche des étoiles et l'esprit extatique, un riff monumental nous cueille pourtant une dernière fois, lestant l'onctueuse vocalise d'une pesanteur dingue pour la précipiter au sol, face contre terre. Boum. Ça vrille Doom. La lame tranchante de guitare continue seule à creuser son sillon dans cette terre meuble et boueuse, avant de se mettre à ralentir la cadence. Toute l'orchestration suit cette décélération, sans baisser son volume assourdissant. Chaque son grossit. Ça ralentit encore. Jusqu'à devenir abstrait. Il n'y avait pas encore assez de wagons sonores accrochés à cette rame dépareillée, voilà qu'elle emprunte maintenant un chemin de traverse expérimental. Les silences s'allongent encore. On se demande jusqu'où ça va aller, on espère que ce train fou restera brillant jusqu'au bout. Et puis la loco pleine d'huile s'arrête enfin. Précisément au bon endroit. Le quai de la gare se dessine, derrière la fumée des machines.

Plus encore que dans sa progression fluide parsemée de trouvailles, "Borderlands" brille par cette radicalité finale ; ce moment où le trio rejette la paresse d'une conclusion classique pour embrasser l'audace, creuser encore l'électricité abrasive de ses sonorités. Jusqu'à se retrouver à cogner contre leur squelette magnétique, vibrant de pures ondes sonores.

Non, je ne crois pas en faire trop. Il y a de l'audace chez GRANDMA'S ASHES, beaucoup d'audace. Une audace qui se double – et c'est la nouveauté en comparaison de leur EP – d'un travail que l'on sent plus consciencieux, plus technique. Les trois musiciennes semblent avoir trouvé leur identité dans ce Stoner prog et lyrique, qui fonctionne sur tous les titres de l'album avec plus ou moins de recours aux riffs abyssaux (l'ambiance doomesque à souhait de "Caffein", le début plombé de "Cold Touch") et au chant choral (l'intro a cappela "À mon Seul Désir", le refrain délicieux de "Spring Harvest"). On reconnaît distinctement l'héritage de QUEENS OF THE STONE AGE (la guitare sautillante de "Aside" semble grattée par Josh Homme lui-même), cet équilibre heavy/harmonies vocales si cher à ALICE IN CHAINS (que la chanteuse cite comme source d'inspiration), voire même des ambiances Prog à la MUSE (quand ils étaient encore bons). Mais c'est une voie bien à elles, sombre et délicieuse, que les musiciennes tracent sur ce premier effort.

La voix de tête caractéristique de la bassiste en ennuieront peut-être certains à la longue. D'autres trouveront les refrains trop Pop ou les lignes de batterie un peu scolaires. Quelques-uns pourraient même préférer leur EP, moins sage, qui glissait parfois vers le pur psyché. Mais tout de même, cette musique-là offre une énergie sauvage à chaque titre, des compositions carrées tout en restant diablement libres. Il n'y a qu'à entendre "Cassandra" pour en avoir la confirmation : le morceau a tous les airs d'une capsule radiophonique ultra facile. Son refrain, volontiers mélo, plonge pourtant dans le noir à la grâce d'une seule note de guitare, soudaine et dissonante, qui enfonce un clou rouillé dans sa petite rengaine d'ange.

GRANDMA'S ASHES tisse son originalité dans la digestion des extrêmes, cet incessant va-et-vient entre un désir mélodique assumé et celui, radical, d'un son profondément Metal. Le tout mis en branle par des caténaires gorgées d'une électricité progressive, offrant à leurs compositions des structures toujours variées, pleines de rebondissements. Ça claque du saxo dans l'interlude "Melt", de l'orgue et un solo FLOYDien dans "Cruel Nature" ou encore des circonvolutions Électro sur "Lost At Sea". Malgré ce chargement hétéroclite, le trajet est fluide et les trois Parisiennes tracent leur route. C'est ce qui s'appelle trouver sa propre voie, qu'elles tiennent d'une main de fer. Espérons que le prochain convoi, prévu dans un mois, conserve cet équilibre habile et cette colère toute Stoner.
Que se sera-t-il passé entre 2023 et 2025, date de sortie de leur second album ? On n'a jamais été aussi proche de le savoir. En tout cas, pas une pandémie. C'est déjà ça.

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LA CHRONIQUE

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  ★★★★ DARK PANDA


LINE-UP
- Eva Hägen (basse, chant)
- Myriam El Moumni (guitare, chœurs)
- Edith Séguier (batterie, chœurs)

TRACKLIST
1. Intro ? ? Mon Seul D?sir
2. Cold Touch
3. Aside
4. Borderlands
5. Interlude - Grow
6. Spring Harvest
7. Cruel Nature
8. Interlude - Melt
9. La Ronce
10. Caffeine
11. Cassandra
12. Lost At Sea


             



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