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DOOL - The Shape Of Fluidity (2024)
Par DARK BEAGLE le 3 Juin 2024          Consultée 1683 fois

Ma rencontre avec DOOL s’est fait via une pochette. Celle du premier album, "Here Now, Here Then". Quelque chose de simple, mais qui avait capté mon regard. Ni une ni deux, je m’étais retrouvé à acheter le disque sans savoir ce que cela allait être, ni dans quoi j’allais littéralement m’engouffrer. Puis quelques noms ont commencé à se détacher dans le livret, me ramenant vers un terrain plus connu (celui de The DEVIL’S BLOOD) pour que les cartes soient rebattues aussitôt. La musique proposée sortait du lot, le chant féminin n’était absolument pas classique, ce qui était assurément un bon point. 2017 fut donc une année à retenir, 2020 allait marquer une certaine consécration – à mes oreilles – pour le groupe avec la parution du sublime "Summerland".

"Summerland" aurait dû assoir la popularité de DOOL, mais le disque est sorti à un bien mauvais moment, juste avant le confinement, ce qui a privé les Bataves de concerts alors que justement il s’agit de ce qu’ils préfèrent, là où ils s’épanouissent le plus et où leur musique prend toute son envergure. Quelques shows ont pu être donnés, l’un d’entre eux a été immortalisé sur le Live "Visions Of Summerland", mais pas de quoi remonter le moral des troupes, notamment celui de Raven Van Dorst, qui laissait le temps filer, dans l’incapacité de prendre sa guitare pour composer. C’est là que Nick Polak et Omar Iskandr sont entrés en scène, prenant en charge l’écriture des morceaux et donnant l’impulsion qu’il fallait pour que Raven remette le pied à l’étrier.

"The Shape Of Fluidity" est donc un album plus collectif. Il marque également les premiers pas discographiques du Français Vincent Kreyder derrière les fûts en lieu et place de Micha Haring, qui était le dernier lien qu’il pouvait y avoir avec The DEVIL’S BLOOD. La pochette est d’une simplicité assez troublante, ouverte à bon nombre d’interprétations qui s’éclaircissent à mesure que nous progressons dans cette suite de compositions soignées et que nous en découvrons les thèmes. La production est excellente. Elle est signée Magnus Lindberg (CULT OF LUNA, TRIBULATION…) avec l’aide de Ted Jensen (MASTODON), le résultat est superbe. La batterie se détache particulièrement bien, les guitares sont tour à tour abrasives ou nimbées d’une aura plus Pop, la basse s’acclimate très bien dans l’ensemble. Et il y a la voix de Raven Van Dorst.

À une époque ou Marguerite Stern et Dora Moutot ne font que reprendre un discours de haine déjà ancien et transphobe, Raven Van Dorst est une sacrée épine dans leur pied. Depuis 2021, l’artiste s’est rebaptisé Raven en opposition à son prénom Ryanne, qui lui a été collé à sa naissance, comme les médecins ont décidé qu’elle serait une femme. Seulement, Raven est né intersexe et pour reprendre ses propres mots, il/elle a été mutilé.e, arbitrairement. Aussi, "The Shape Of Fluidity" va beaucoup parler du genre, de liberté d’être qui l’on souhaite, mais il va également exhumer certaines blessures de Raven qui va se livrer comme jamais, au travers des textes forts et engagés, qui font partie intégrante de l’œuvre.

Je le disais plus haut, les guitares sont variées. Les morceaux le sont aussi, ils s’extraient souvent d’une linéarité pour se trouver une nouvelle vie, digresser doucereusement, s’adoucir ou s’énerver, sans pour autant prendre des contours Progressifs, style que l’on a toujours tendance à balancer dès qu’une chanson ne suit pas sa ligne directrice à la lettre et dure plus de six minutes. Pour définir la musique de DOOL, on évoquera plus un Post Punk/Rock soigné aux relents Doomesques du meilleur effet, qui apparaissent au détour d’une rythmique subitement plus pesante ou de guitares qui s’alourdissent jusqu’à devenir écrasantes. Un contraste parfois saisissant avec la douceur de certains passages se produit alors, accrochant toujours un peu plus l’oreille. La musique est donc vivante, même si elle n’est pas joyeuse ni même mortifère. Elle s’écarte de ce qui a été fait sur "Summerland" en devenant plus complexe, mais elle ne rejoint pas pour autant les élans du premier album. "The Shape Of Fluidity" ouvre un nouveau chapitre dans la carrière de DOOL qui pourrait très bien se refermer sitôt les dernières notes de "The Hand Of Creation" écoulées.

Les premières mesures de l’album se font pourtant en douceur, Raven chante de façon assez douce jusqu’à ce qu’il prononce le titre de la chanson, "Venus In Flames" et là tout s’emballe : riff Post Punk par excellence, apreté de la voix, rythmique bien écrasante. Mais là encore, cela évolue, cela part dans d’autres directions. Nous ne pouvons pas à proprement parler de soli – il y en a très peu – mais nous évoquerons plutôt des passages instrumentaux qui viennent développer, complexifier le débat. Ici, l’aspect Heavy de la musique est contrasté par une légèreté presque arrogante tant elle devient naturelle au sein des différentes compositions. Ces passages sont également l’occasion pour Raven d’essayer de nouvelles choses avec sa voix.

Il/elle impressionne tout du long, évoluant dans des tessitures parfois plus graves, à d’autres moments plus cristallines, il/elle porte littéralement l’album sur ses épaules quand bien même il s’agit ici d’un travail de groupe quand auparavant quasiment tout portait sa signature. Raven s’est ainsi concentré.e sur les textes en termes d’écriture et certains titres sont réellement poignants. Il y a bien entendu "Hermagorgon", premier single fabuleux, où la lourdeur du riff introductif se fait abattre par la douceur du couplet qui suit. Raven a contracté le terme hermaphrodite et gorgone, comme si être intersexe était une monstruosité, les paroles sont touchantes, puissantes, profondes. Si "House Of A Thousand Dreams" m’avait quelque peu préparé à vivre un flot émotionnel, je ne m’attendais pas à cela. Dès la première écoute, ce fut une claque. La seconde, avec les paroles sous les yeux, en a été une seconde, bien plus douloureuse tant tout est à fleur de peau.

Dans le même ordre d’idée, "Hymn For A Memory Lost" se veut également ravageur, avec ce refrain surpuissant qui vient filer la chair de poule tant tout cela est habité. On comprend très vite que sous le couvert du genre, "The Shape Of Fluidity" est un disque très personnel pour Raven, un exutoire plus qu’un lieu de lamentations. La sensibilité de l’artiste transpire de partout, elle est palpable, elle est éclatante sur "House Of A Thousand Dreams" aux contours bien sombres, elle est resplendissante sur le title track, tout en nuance et elle est tranchante sur le brûlot qu’est "Evil In You", lapidaire à souhait tout en restant étrangement abordable. Et le résultat final est beau. Très beau. Pour peu que l’on soit sensible, on ne ressort pas tout à fait indemne de cette écoute ; pour ma part, je suis encore scotché, au moment d’écrire ces lignes, les larmes au bord des yeux. Il s’agit d’une musique vivante et souvent, ce qui est vivant provoque des émotions.

Inutile de vous faire le laïus de l’album de l’année. Vous avez normalement compris qu’il va beaucoup compter pour moi et qu’il ne me quittera pas facilement. Ce qu’a fait DOOL ici est beau. Certains pourront crier à l’exhibition ou au voyeurisme concernant ceux qui portent ce disque aux nues, mais le sujet est important pour Raven et il est sociétal. Il/elle ne se dresse pas en donneur de leçon, mais ses textes sont magnifiques et restent dignes. L’enveloppe musicale est parfaite, entre rudesse et douceur, obscurité et lumière. Elle se vit, intensément, et elle devrait prendre encore plus d’ampleur sur scène. DOOL parvient à faire au moins aussi bien que sur "Summerland", ce qui était déjà un pari audacieux. Le groupe continue d’aller de l’avant, de se réinventer à chaque nouvelle offrande et d’élargir sa signature sonore sans pour autant se trahir. "The Shape Of Fluidity" est tout simplement magnifique.

Le titre qui remue : "Hermagorgon".
Le titre qui motive à écouter la suite : "Venus In Flames".
Le refrain qui met en PLS : "Hymn For A Memory Lost".

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- Raven Van Dorst (chant, guitare)
- Nick Polak (guitare)
- Omar Iskandr (guitare)
- Jb Van Der Wal (basse)
- Vincent Kreyder (batterie)


1. Venus In Flames
2. Self-dissect
3. The Shape Of Fluidity
4. Currents
5. Evil In You
6. The House Of A Thousand Dreams
7. Hermagorgon
8. Hymn For A Memory Lost
9. The Hand Of Creation



             



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