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FANGE - Privation (2023)
Par ISAACRUDER le 10 Juin 2024          Consultée 253 fois

Nous sommes passés en à peine deux générations d'une société du désir à une société de la privation. Nul doute que le capitalisme fonctionne toujours selon la création perpétuelle de rêves à assouvir, mais nous connaissons actuellement un revirement quant à l'ère boomer, qui se caractérisait par la course interminable au plaisir individuel. L'idéologie woke a rebattu les cartes en faisant de certains désirs, certains rêves et autres acquis des choses négatives, voire criminelles. On discute par exemple d'arrêter les voyages en avion pour "sauver" la Terre. On vante toujours davantage les régimes alternatifs en montrant du doigt les "carnistes". Dans un sens bien plus extrême, on interdit à certaines catégories de personnes de s'exprimer, une tarée comme Robin Diangelo rappelant dans ses conférences de merde que l'homme blanc devrait apprendre à se taire, à être donc privé de parole. La privation devient ainsi un élément positif en réaction à une société consumériste. On pourrait même arguer qu'elle retrouve un caractère éminemment moral et religieux, le wokisme ayant les atours d'une religion post-protestante (mais sans le pardon comme l'écrit Braunstein). La privation permet donc davantage de mettre en avant sa bonté, soit ce que les anglo-saxons appellent virtue signaling, ou sous nos horizons, la vertu ostentatoire. On est loin du Christ qui s'isole et jeûne dans le désert : la privation est pour lui un moyen de se surpasser, d'entrer en communion avec un au-delà du terrestre et du matériel. Christ que nous rappelle le bel artwork de ce FANGE, intitulé sobrement "Privation". Ironique, car en s'aventurant toujours davantage vers les territoires de l'Indus et de la Wave, FANGE ne se prive certainement pas de talent, ni d'audace.

Dès "À la Racine" on sent bien que FANGE a décidé de se renouveler. Bien que l'on retrouve leur force de frappe Sludgy, les couplets naviguent dans les eaux Coldwave et la production très Indus inscrit "Privation" dans une catégorie à part de leur discographie. À la fois froid et étrangement charnel, "Privation" est un objet curieux, hypnotisant, un cas parfait d'inquiétante étrangeté. Le parti-pris de FANGE est par ailleurs entériné dans la construction de l'album. "Sang-Vinaigre", mélange de Death et de Wave, débarque ainsi en deuxième morceau et ralentit le mouvement, ce qui pourra surprendre les aficionados du rouleau-compresseur fangien. L'album s'inscrit de toute manière dans une optique moins frontale, et c'est tant mieux : un titre comme "Né Pour Trahir", magnifique, mélancolique, avec la voix délicate de Cindy Sanchez (LISIEUX) en exergue, montre que FANGE en a sous le capot quand il s'agit de sortir du sacro-saint Sludge.

On se délecte d'autant plus de "Privation" que Matthias Jungbluth livre là une des meilleures prestations de sa carrière. Son chant dans FANGE est déjà loin de son imitation (réussie) de Jacob Bannon dans CALVAIIRE, mais il se surpasse ici et trouve sa voix. Rappelant tour à tour le ton blasé de Cédric d’HANGMAN'S CHAIR (guest présent sur le lourd "Portes d'Ivoire" d'ailleurs) et des éructations plus Hardcore, son chant a en plus le mérite d'être compréhensible. Il met ainsi en avant des textes d'une rare qualité, il faut le souligner. La scène Metal a le don d'atteindre des pics de malaisance quand il s'agit des paroles, mais Jungbluth sait écrire, et il le montre. La plupart des textes de "Privation" sont de véritables poèmes, mieux encore, des sonnets (deux quatrains, deux tercets et en alexandrins). De quoi faire vibrer le professeur de littérature que je suis. Et l'ensemble n'est pas qu'une simple démonstration de style, il y a du vers mémorable dans "Privation", qui entre parfaitement en symbiose avec l'actualité, même si l'on sait qu'ils sont avant tout très personnels ("Né pour trahir, l’infamie m'ira à ravir / Vaut mieux quitter le navire, plutôt rat que martyr"). La palme revient certainement à "Enfers Inoculés" et sa sentence formidable : "Choisir la pire solution au moindre non-problème !" assénée sur des riffs très GODFLESH. On en redemande !

Certes, quelques tentatives pourront faire lever le sourcil (l'ambiance gothique un peu surfaite à la fin de "Enfers Inoculés") mais l'ensemble est sacrément qualitatif. FANGE réussit son pari haut la main, et j'ai toujours tendance à saluer les groupes qui osent sortir de leur zone de confort. En résulte un excellent album, un des meilleurs de leur discographie à n'en pas douter. On attend avec impatience la suite pour que FANGE confirme l'essai et parvienne à mieux agencer encore ce mélange Sludge/Indus/Wave dont il est le fer de lance en France.

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   ISAACRUDER

 
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- Benjamin Moreau (guitare, programmation, syntés, chant secondaire)
- Matthias Jungbluth (chant)
- Antoine Perron (basse, chant secondaire)
- Titouan Le Gal (guitare, chant secondaire)
- Guest Sur 'né Pour Trahir' Par Cindy San (lisieux, candÉlabre)
- Guest Sur 'portes D'ivoire' Par Cédric T (hangman's chair)


1. À La Racine
2. Sang-vinaigre
3. Les Crocs Limés
4. Né Pour Trahir
5. Enfers Inoculés
6. Portes D'ivoire
7. Extrême-onction



             



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