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SYLAK OPEN AIR 2019 Day III (par Steve)
Par WËN le 4 Août 2019
Publié le 17 Septembre 2019 Consulté 742 fois

Une bonne nuit à la fraîche était nécessaire pour se reposer d’hier et se préparer à ce dernier jour.
Et disons qu’un démarrage en douceur ne serait pas de trop.


PRISON LIFE :

Avec PRISON LIFE, ça semble être le cas. Du moins pendant l'intro, assez mélodieuse pour du Hardcore. Mais à l'arrivée du chanteur, les choses s'énervent de suite, aussi bien dans la musique, même si ce n'est pas la plus violente du monde, que dans l’attitude des musiciens. Une attitude qui révèle des prises de position assez négatives durant les transitions, parfois jusqu'à la caricature (du type « La seule justice, c’est celle qu’on fait soi-même »). Leur hardcore est classique, avec un chant à mi-chemin entre l’éraillé et le caverneux, mais assez efficace pour commencer à réveiller les gens et surtout les fans, qui sont déjà en trance. Pour ma part, c’est un début sympa. Pas plus, pas moins.


LODZ :

Il est donc temps de commencer les choses sérieuses avec AES... LODZ. Dès leur premier album, les Lyonnais m'ont intrigué. Faut dire qu'une pochette magnifique et une distribution par Klonosphere, ça donne envie. Du coup, les voir en live me bottait pas mal. Mon attente est néanmoins mise à l’épreuve, puisqu’un problème de pédale contraint le groupe à prolonger les balances, ce qui semble un peu les stresser.



Heureusement, une fois la machine lancée, tout est oublié et on peut profiter de leur Post-Hardcore de la veine la plus émotionnelle du style. Celle où les screams déchirants semblent vouloir rompre les cordes vocales du chanteur, quand ils ne se disputent pas au chant clair. Mais, si je préfère tout de même lorsque ce dernier est soutenu par les chœurs, on ne tombe pas pour autant dans les trucs pour ados qui énervent tant les métalleux. Pour vous donner une idée, on serait plus proches d’un GHOST BRIGADE que d’un MY CHEMICAL ROMANCE. Le groupe nous envoie une tonne d'émotions à fleur de peau ; leur prestation est habitée, tout en restant plus communicative que celles d'autres formations du style. Le ciel bleu ne convient certainement pas à l’ambiance dégagée, mais qu’importe, LODZ a réussi sa prestation.


INSANITY ALERT :

Voilà un changement radical, aussi abrupt que cette transition. Le public commence à se rameuter et on comprend assez vite pourquoi. Si vous voulez du bordel, c'est maintenant. En fait, INSANITY ALERT, c'est exactement ce que le Thrash devrait être. Foutraque, furieux et fun. Le groupe multiplie les accessoires – masques, pancartes – pour la vanne ou faire participer le public. Et ça marche !



La vache, je sais pas si c'est parce que le public s'est bien reposé, mais il n'a pas été aussi en forme depuis vendredi ! Ça slamme sur des crocodiles gonflables, ça joue avec les ballons, ça remue… C'est fendard, notamment grâce au chanteur, peu avare en vanne et communications avec l’assistance, dans un mélange d'allemand, d'anglais et de français. C’est énergique, et c’est tout ce que je demandais.


SEVERE TORTURE :

La journée se poursuit avec un nom qui, en plus de faire rire mon cousin, promet du poutrage en règle. Ce que SEVERE TORTURE ne dément à aucun moment. C’est du Death dans la plus pure tradition du genre. Brutal et sans concession. Ne demandez pas de nouveauté, que ce soit dans les morceaux ou la prestation scénique – headbang pour les chevelus, dont le guitariste de DEW-SCENTED, qui a déjà foulé ces planches en 2014 ; pauses pour les chauves – on fait dans le classique. Mais on le fait bien. Ce show, c’est quarante minutes de brutalité sans presque aucune interruption, même si une petite aération ou deux se fait entendre, juste histoire de, quoi. Côté public, par contre, je ne sais pas si c'est le soleil qui commence sérieusement à plomber, ou la musique, trop vindicative à leurs oreilles, mais ça bouge moins que précédemment. Dommage, car SEVERE TORTURE le méritait.


SLAPSHOT :

On compte donc sur SLAPSHOT pour réussir à motiver les troupes à combattre le soleil. Tout est fait pour dérouiller les jambes des pogotteurs, car avec ce groupe, c’est le retour du Hardcore comme on l'aime, ne comptant que sur trois mots : simplicité, efficacité et énergie. Alors pourquoi le public ne se réveille pas plus que ça ?

Bon d'accord, il fait chaud. Mais où sont les coreux qui se rentrent dedans envers et contre tout ?
Non, parce que sur scène, le groupe y va. Peut-être pas autant qu’INSANITY ALERT, mais pas mal quand même. Et puis, quand-même, quoi ! Entre MADBALL, SICK OF IT ALL, BLACK FLAG, il faut savourer le fait de voir des pionniers et légendes du genre fouler les terres de Saint-Maurice-de-Gourdans. Tout se perd ma bonne dame !


MANOWAR :

Le groupe suivant se présente comme MANOWAR, mais les faits qu'ils parlent français, qu'ils fassent du Hardcore et non de la musette pour gars en slips de cuir, qu'il n'ont pas annulé au dernier moment et qu'en fond de scène ce soit marqué NOSTROMO indiquent à mon sens aiguisé de détective que ceci était une blagounette.

Satan soit loué ! Car c'est juste ce qu'il nous fallait pour réveiller la populace. Il y a dans la musique des Helvètes une violence noire qui les rapproche un peu du Death, apporté également par le côté Grindcore. Ça a beau être d’une brutalité rare, il y a ce groove qui sait faire bouger le monde. Ce monde, justement, il l’a bien compris, en profite et se réveille, et bien ! Voilà qui a mis tout le monde d'accord…



IHSAHN :

… Contrairement au prochain groupe, qui divise avant même sa montée sur les planches. Pour ceux qui ne connaissent pas IHSAHN, il s’agit du projet solo de l’ancien leader d’EMPEROR, fondateur du Black Symphonique. Et s’il divise, c’est parce que maintenant, le Novégien fait dans le Black Progressif/Expérimental, piochant aussi bien dans les choses les plus noires, que dans la Pop ou le Rock. Pour ma part, ce nom fait partie des plus attendus. Faut dire que son dernier album, "Àmr", qui m’a été donné par un collègue chroniqueur qui l’a détesté, a tourné en boucle chez moi. Et c'est une bonne chose, car en début de set, c’est lui qui est bien mis en avant avec pas moins de trois titres ("Lend Me The Eyes Of Millenia", "Arcana Imperii" et "One Less Enemy").

IHSAHN est impérial de présence tout en restant d'une humilité touchante lorsqu'il s'excuse pour un problème technique. Son chant est monumental, aussi bien en clair qu’en guttural (alors qu’il m’avait gêné lors de la retranscription d’un live d’EMPEROR sur Arte), le jeu est précis, malgré quelques petits couacs techniques au niveau de la guitare. La suite pioche dans des albums plus anciens, variant les ambiances, allant entre autres dans le Hard Rock, puis dans des choses plus directes, renouant avec un remuage de fosse que les expérimentations semblaient empêcher. Le groupe revient ensuite à "Àmr", concluant ainsi un set trop court. Un petit « Alone » pour prolonger le plaisir me serait bien allé, mais il s’agit là d’une demande purement égoïste, car ce titre de onze minutes, à la limite du Doom – issu de la version deluxe de l’album – aurait plombé l’ambiance, tant il nous assène de sentiments négatifs. On peut regretter une météo peu en accord avec la musique, mais même si ce set n'a plu qu'à une personne, il valait le coup, parce que cette personne, c'était moi.




SICK OF IT ALL :

Mine de rien, le Hardcore aura été à l’honneur cette année. Et le dernier représentant du genre, SICK OF IT ALL, nous fait attendre en partant avec un sacré retard. Mais on s'en fout, car on sait qu'on peut compter sur eux pour foutre un boxon de taré. Et sans plus de suspens, je peux vous affirmer que c’est le cas. Hier, à la même heure, MADBALL a mis du temps à faire démarrer le public. Là, ça y va direct et ça ne s'arrête pas, hormis pour une coupure due à un micro pété, désagrément que le groupe gère avec une bonne dose d'humour en nous incitant à huer les techniciens. Le souvenir d'il y a trois ans est toujours aussi fort. SICK OF IT ALL, c'est juste de la balle.

Trente-trois ans de carrière, un line-up inchangé depuis 1992, pourtant le groupe parvient à être toujours énervé, plein de rage (juvénile, lorsqu'ils jouent le tout premier morceau qu'ils ont composé), mais sait éviter le premier degré. Ce qui permet de transformer cette colère en énergie sur scène. Peter Koller, le guitariste, en est l’exemple parfait. Devant ses deux filles (sympa le papa qui emmène ses enfants en tournée), il multiplie les sauts, les allers-retours, les courses, les tourbillons… La fosse suit, bien sûr, confirmant l’adage « C'est dans les vieux pots qu’on fait le meilleur Hardcore. »



On s’approche maintenant de la fin du fest, il ne reste donc que les grosses pointures. Celles dont les noms sont écrits dans une police plus grande sur l’affiche.


ELUVEITIE :

La première d’entre elles, c’est ELUVEITIE. Ce nom, je le connais depuis un moment. Et je n'ai jamais jeté une oreille sur la musique qui l’accompagne. Pourquoi? J'en sais foutre rien, peut-être est-ce à cause du côté Folk de leur musique. Pourtant, quand c'est lié à un autre genre, Death ou Black et que ce n'est pas du Folk Metal pur pouet pouet, ça fonctionne. Et là, c'est typiquement le cas.

Visuellement, c’est très bon, avec une vraie recherche de mise en scène. Les instrumentistes Folk changent de place sur scène, se rapprochent ou se mettent en retrait en fonction du moment où ils jouent, les jeux de lumières sont magnifiques. Les musiciens s'en donnent à cœur joie, on voit quelques sourires se dessiner sur leurs visages. Ils prennent soin de leur public, la version française de "The Call Of The Mountains" est même jouée… Musicalement, le principe de duo de voix belle et la bête, à la mode il y a une dizaine d'années, fonctionne toujours, et l'aspect Folk se marie superbement avec le Death joué. Bref, même s’ils m’ont mis du MANAU dans la tête, bah j'ai trouvé ça franchement bien.



TESTAMENT :

Mine de rien, même si en CD (ou vinyle), le Thrash c'est pas ma came, ne l’a jamais été et ne le sera jamais – hormis quelques exceptions comme FORBIDDEN – en live, « C'est toujours un succès » (merci tonton Ben), surtout quand c'est bien fait. Et TESTAMENT le fait très bien.

Ca y est, la machine est belle et bien lancée ; la folie engendrée par SICK OF IT ALL ne retombe pas. On retrouve le public tel qu'on aurait aimé le voir toute la journée. C’est plus sérieux qu’IINSANITY ALERT, ce qui n’est pas franchement difficile. Par contre, niveau énergie et efficacité, ça se pose là ! Si j’ai trouvé que le set traînait un peu en longueur sur la fin et si je leur en veux de m'avoir compliqué la vie avec des lights un brin difficile, je ne peux que leur tirer mon chapeau.


MESHUGGAH :

En parlant de lumières difficiles, la transition avec l'ultime show de ce neuvième Sylak est toute trouvée. Ceux qui connaissent la musique de MESHUGGAH ont juste à imaginer la même chose avec des projecteurs pour se faire une idée. Les autres, imaginez qu'il n'y a pas un seul spot qui garde sa position plus d'une demi-seconde. A ce niveau, on est à la limite du stroboscope. Une seule solution pour espérer pouvoir prendre un cliché correct : combiner le mode rafale et la prière. Par contre, niveau prestation ça se pose là.

Rien que l'intro impose dans la foule un silence respectueux. On perd alors notre regard sur l'ameublement de la scène, inondée de ces sortes de sculptures rappelant "The Violent Sleep of Reason", leur dernier album. On se croirait en milieu aquatique, chose accentuée par la lumière verte. Et quand à prestation commence, c'est au-delà des mots. C’est plombant, sauvage, technique à mort. Imperial, écrasant, et tous les autres qualificatifs adéquats, MESHUGGAH est parfait pour conclure cette édition en apothéose. Les trois premiers morceaux étant terminés je peux ranger mon Reflex, abandonner l’idée de la photo parfaite, tout en espérant avoir au moins quelques clichés potables, prendre un peu de recul et pleinement profiter du spectacle. Et oh oui, que c'est impressionnant ! D’habitude, lorsque je m’éloigne de la scène, j’ai tendance à moins me sentir impliqué. Ce n’est pas le cas ici. Je me sens envahi par ce déferlement de riffs et de rythmique incompréhensibles. Le show prend de plus en plus d’ampleur à mesure qu’il avance jusqu’au final grandiose, d'autant plus que l’ultime morceau envoie la sauce jusqu'à plus soif.



C’est dans une sorte de transe mêlée à un sentiment d’épuisement que ce neuvième et potentiel avant-dernier Sylak se termine. L’envie de partir n’est pourtant pas là. Je laisse un peu de temps avant mon départ, de quoi laisser les embouteillages se tasser et les mecs bourrés/frotteurs s’éloigner de ma voiture. J’écoute donc le traditionnel discours de fin, et reçois une nouvelle rassurante : l’an prochain ne sera peut-être pas la fin de ce toujours aussi chouette événement.



             



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