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NEUROSIS + BELL WITCH @Théâtre Corona (Montréal)
Par ISAACRUDER le 14 Août 2019
Publié le 23 Août 2019 Consulté 599 fois

Après 30 ans de carrière, difficile de comprendre comment NEUROSIS font pour maintenir le niveau. Le show du 14 août à Montréal était une apocalypse de plus, un rituel obscur, un moment de grâce durant lequel on a pu percevoir la mystique qui les traverse, la souffrance que certains ont connu dans leurs vies et la fraternité qu'ils ont bâtie entre eux durant des décennies.

Mais avant de parler des légendes, parlons de BELL WITCH. Arrivé trop tard pour apprécier DEAF KIDS, j'ai pu assister au show de Funeral Doom des Américains, dont le dernier album, "Mirror Reaper", sorti en 2017, a été critiqué avec talent par notre Wën national.
Disons-le de suite, l'enthousiasme total de Wën m'était difficilement compréhensible sur disque, et il me l'était toujours après le show du 14 août. BELL WITCH c'est en effet un Funeral Doom ritualisé par deux entités, dont le dialogue repose sur de longues périodes de contemplation, de riffs massifs et de chants échangés, growl versus clair, mettant en lumière certaines parties réussies, où l'on a le sentiment d'entrer dans le Royaume des Morts. Néanmoins, et c'est certainement une question de goût personnel, on s'ennuie ferme, la faute à une redondance dans les rythmes, certes typique du style. BELL WITCH joue toutes ses cartes sur une lenteur pachydermique, des silences entrecoupés de larsens épars, et une atmosphère brumeuse difficilement pénétrable. Certes certains passages témoignaient d'un onirisme et d'un mystère introspectif, et pour quelques instants l'état de transe semblait être frôlé, et ce grâce à un son impeccable. Mais tout cela était bien trop pesant, trop suppliant, et définitivement trop lent pour votre serviteur. Cela dit, vu la réaction du public, déjà très présent dans le Théâtre Corona, il y avait des amateurs, et je suis donc probablement le vilain petit canard dans cette mare de Doomeux aficionados d'ambiance apathique.



NEUROSIS entre sur scène, avec Noah Landis en premier, qui se balance déjà sur ses claviers. Steve Von Till, toujours aussi charismatique avec sa gueule de Gimli, puis Jason Roeder, l’excellent batteur également membre de SLEEP, suivi de Dave Edwardson, bassiste à la voix godzillesque, et enfin Scott Kelly, avec un t-shirt de football américain et une gueule patibulaire légendaire. Pas de sourire à la foule, pas de communication directe, la règle n’a pas changé. "A Sun That Never Sets" lance le set, avec les samples étranges de Landis, tandis que la guitare lancinante s’élève. Un choix de morceau introducteur intéressant, car pesant mais aussi très progressif. Une façon de démarrer un show en annonçant la couleur : le NEUROSIS violent et chaotique ne sera pas tellement présent ce soir, tandis que le NEUROSIS atmosphérique et lourd s’imposera à la foule. Le son y aide, et c’est peu dire, car quand le riff principal de "A Sun That Never Sets" arrive, c’est la Terre qui tremble. Le chant de Von Till, magnifique, conte, et celui de Kelly hurle déjà. La basse d’Edwardson assure 50% du son du groupe, vrombissante, implacable, et le jeu de Roeder est mis en valeur, avec ses roulements caractéristiques d’une musique souvent rituelle. Bref, un régal total, dans un Théâtre Corona superbe qui se prête bien à la venue de ce groupe, qui s’apprécie selon moi davantage dans un cadre plus intimiste.



La fin de chaque titre est celle d’une histoire. La scène s’éteint, tout finit pour renaitre de nouveau. Ceux qui ont connu NEUROSIS première époque, avec ses vidéos psychédéliques en arrière-plan, sont surpris. J’entendrai d’ailleurs des types commenter cette absence. Le fait est que depuis plusieurs années NEUROSIS a décidé d’épurer sa présence scénique. Les lights sont simples, la vidéo a été retirée, et il ne reste plus que la présence de ces géants, dont le charisme se suffit à lui-même. Je ne le redirai jamais assez : après 30 ans de carrière et à cet âge, il faut des couilles pour oser un tel changement, soit faire reposer toute une expérience scénique sur une démarche intime et sobre. "My Heart For Deliverance", tiré de leur dernier album "Fire Within Fire", fait suite à "A Sun That Never Sets", amenant plus d’intensité dans le show. Titre plus rapide, certes, mais néanmoins sublimé par une deuxième partie très Post, et un riff final superbe, emmené par les claviers d’un Landis toujours possédé.
Les derniers albums de NEUROSIS seront très représentés ce soir, délaissant alors les classiques venus de "Through Silver In Blood", "Enemy Of The Sun" ou "Times Of Grace", dont ils joueront quand même un morceau. Je ne suis pas aussi fan de leurs derniers essais, mais il faut reconnaitre qu’en live, ils prennent une autre dimension, magnifiée certes par l’autorité naturelle et le charme de chaque musicien, investi dans leur musique comme des prêtres dans leur foi. Se succèdent ainsi "A Shadow Memory", moins mémorable, et "Bending Light", qui bien que classique, impose sa puissance et sa beauté à un public conquis. L’excellent "Given To The Rising" vient écraser l’assistance de son riff principal, avant d’hypnotiser la masse dans ses parties contemplatives incroyables, où le talent de Landis explose encore. La fin du morceau reste toujours une des meilleures, longue et belle progression exaltée au lead céleste.



La présence de "Reach" sur la setlist m’a surpris, mais montre une fois de plus la volonté de NEUROSIS de rendre les shows plus personnels. Dernier morceau de "Fire Within Fire", "Reach" est un poème majestueux, dans lequel les voix de Von Till et Kelly se mêlent comme jamais, avant un final désespéré. Une réussite en live, et une prise de risque à saluer. Cette setlist inventive continue avec "To The Wind", de "Given To The Rising", rarement jouée, et pourtant excellente, avec ses riffs telluriques et ses accalmies aériennes magnifiques.
Néanmoins, c’est la fin du show qui sera la plus incroyable. Opinion peut être subjective puisque je suis un fan de "Times of Grace", et que "End Of The Harvest" est un titre rare en live. Décider de le jouer après tant de morceaux atmosphériques intensifie de manière extrême le chaos d’une musique terrifiante, au riff pas-de-kaiju, avec le chant de Dave, incroyable de puissance, qui exalte la foule du Théâtre Corona. Un déluge absolu de violence comme seul le NEUROSIS originel sait le faire, déluge total sur un final en apothéose, écrasant et éreintant, encore une fois mis en valeur par un son en tout point parfait. "End Of The Harvest", napalm déversé sur le monde, ne peut donner de suite, et pourtant les cloches de "Stones From The Sky" résonnent dans la salle, acclamées par le public. Un dernier choix admirable, dans une setlist décidément audacieuse. Après le chaos terminal d’ "End of the Harvest", il ne peut y avoir que la renaissance, et "Stones From The Sky", incroyable moment de "A Sun That Never Sets", accomplit la tâche difficile de faire entrevoir un Ciel après un feu aussi destructeur. NEUROSIS termine son show dans une atmosphère de liesse fantastique, ni bonjour ni au revoir : le noir tombe une dernière fois sur la scène, et ces mastodontes quittent le lieu le rituel terminé, la foule convertie.



Setlist de NEUROSIS:

A Sun That Never Sets
My Heart for Deliverance
A Shadow Memory
At the Well
Bending Light
Given to the Rising
Reach
To the Wind
End of the Harvest
Stones from the Sky



             



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