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ALICE COOPER - Welcome 2 My Nightmare (2011)
Par ALANKAZAME le 19 Septembre 2011          Consultée 8498 fois

Et de 26 ! Alice COOPER a passé l’âge de la retraite, mais ça, il n’en a rien à foutre. En 2011, il est plus en forme que jamais, enchaînant comme il sait si bien le faire les tournées mondiales et les enregistrements de nouveaux albums. Loin de se contenter d’entretenir sa légende comme le font d’autres groupes de Hard Rock de sa génération, Vincent Furnier garde une activité à plein temps qui le sollicite quotidiennement, comme aux premières heures de sa carrière. Mais depuis quelques temps, notre bon vieux croquemitaine semblait manquer un peu d’imagination. Après un rapide passage par le Metal Indus avec deux très bons albums, "Brutal Planet" (2000) et "Dragontown" (2001), il s’était quelque peu égaré dans un délire garage-rock pas franchement folichon avec "The Eyes of Alice Cooper" (2003) et "Dirty Diamonds" (2005), albums minimalistes aux compos franchement simplistes totalement indignes d’un parrain du Shock Rock. En 2008, il avait tenté de revenir à quelque chose de plus ambitieux avec "Along Came A Spider", album conceptuel tournant autour d’une histoire de tueur en série psychopathe à dormir debout. Plutôt pas mal, avec en prime un beau sursaut des ventes, mais ça manquait encore de consistance et d’audace, de prise de risque… Bref, il était temps de se secouer un peu les puces et de frapper un grand coup.

Alors Alice a décidé de sortir de ses cartons une idée qu’il entretient depuis des décennies : une suite à son premier album en tant qu’artiste solo, le mythique "Welcome To My Nightmare" (1975). Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle a eu le temps de faire son chemin, cette idée… En 1983, il aurait déjà envisagé de faire plancher Dick WAGNER et Joe PERRY (alors démissionnaire d’AEROSMITH) sur le projet. Mais, totalement ravagé par l’alcool, il avait finalement dû abandonner cette idée pour entamer une longue cure de desintox’, qui l’a sauvé in extremis du malheureux destin qu’ont connu bon nombre de ses contemporains. Puis il n’en a plus jamais été question jusqu’en 2010 ; Alice croise alors à nouveau la route de Bob EZRIN, le seul, l’unique, celui qui a été en partie à l’origine du succès du ALICE COOPER GROUP originel. EZRIN convainc COOPER d’abandonner son projet un peu bancal de suite à "Along Came A Spider", et lui suggère de ressusciter cette vieille idée d’une suite à "Welcome To My Nightmare". Emballé par le projet, Alice accepte, et les deux hommes se remettent à travailler ensemble pour la première fois depuis 1983.

La conception de ce qui deviendra "Welcome 2 My Nightmare" prend alors la forme d’un véritable retour aux sources. A deux exceptions près, les quatorze nouveaux titres de cet album ont tous été co-écrits par COOPER et EZRIN. Parmi les cosignataires, un autre nom revient aussi régulièrement, celui du jeune mutli-instrumentiste Tommy HENRIKSEN, bien connu pour ses contributions aux travaux d’artistes issus de tous les horizons de la communauté musicale. Mais les processus d’écriture et d’enregistrement des nouveaux morceaux ont aussi consacré le grand retour des vieux de la vieille. Profitant de la dynamique de l’intronisation récente du ALICE COOPER GROUP au Rock’N’Roll Hall Of Fame, Alice convoque ses anciens comparses Dennis DUNAWAY, Michael BRUCE et Neal SMITH. Il fait aussi appel à Steve HUNTER et dans une moindre mesure à Dick WAGNER, ex-guitaristes de LOU REED qui avaient déjà collaboré avec lui sur "Welcome", premier du nom. D’autres invités de générations plus récentes sont aussi de la partie, comme Rob ZOMBIE, grand pote du Coop’, le guitar-heroe JOHN 5, et même la chanteuse pop commerciale Kesha (de quoi horrifier les fans hardcore). Bref, du beau monde sur un chantier qui n’avait plus été aussi vaste depuis bien des années…

Autant vous dire que le fan que je suis attendait beaucoup de cet album. Au premier abord, la pochette kitschissime reprenant les éléments de base de celle de l’opus originel de 1975 m'a pourtant fait appréhender. Et la première écoute a été, pour ainsi dire, assez déroutante. Voire même frustrante. La faute à un titre d’ouverture électro-rock en mid-tempo totalement fade et impersonnel. "I Am Made Of You"… on se demande ce que ça fout là, surtout en introduction. On y entend un Alice méconnaissable, avec une voix déformée par des artifices électroniques dont raffolent toutes ces popstars artificielles lyophilisées qui inondent les radios pour ados. Le piano de "Steven" au début et les soli de Steve HUNTER à la fin n’y font rien : impossible d’apprécier cette chanson molle et superficielle. Je me demande vraiment ce que COOPER a essayé de se prouver avec cet exercice de style bancal. Le moins que l’on puisse dire c’est que ça commence mal ! Merde alors…

Et puis, miracle, la magie recommence à opérer aussi rapidement que surgit "Caffeine". Bordel, on avait eu peur ! Quel contraste avec la piste précédente ! Ça va à fond la caisse, avec un refrain aux petits oignons encadré par des couplets furieusement rock’n’roll sur lesquels Alice prend des intonations qu’on n’avait plus entendues depuis "The Last Temptation". Les paroles racontant l’histoire d’un gars se défonçant au café pour éviter de s’endormir et s’épargner ainsi un nouveau cauchemar sont hilarantes. Autre bonne surprise, le son est énorme, rien à voir avec la production au ras des pâquerettes des trois albums précédents. Saperlipopette, le Coop’ des grands jours serait-il de retour ?! On enchaîne rapidement avec "The Nightmare Returns", sorte d’intro d’un peu plus d’une minute sur laquelle Alice susurre comme lorsqu’il imite son personnage Steven. Cette fois-ci son personnage sombre dans les limbes… Puis "A Runaway Train" déboule ; le cauchemar commence ! Impossible de sortir de ce putain train qui part s’écraser contre un mur à pleine vitesse ! On sent la patte de Dennis DUNAWAY au niveau de la composition : la session rythmique est rigoureusement identique à celle du titre "Subway" sortit sur son album solo "Bones From The Yard" (les couplets sont également très similaires). C’est encore une fois un excellent morceau, avec de belles prouesses à la guitare et un timbre vocal à nouveau surprenant. Sur tout l’album, Alice varie les registres avec un talent qu’on ne lui connaissait plus depuis la fin des années 1990. Ça change de la gueulante poussive et permanente qui avait un peu plombé de rythme des skeuds précédents. L’inventivité du maître des ténèbres s’en trouve ressuscitée !

A partir de la piste cinq, on entre vraiment dans le vif du sujet. "Last Man On Earth" est très certainement le titre le plus WTF qu’Alice ait proposé en plusieurs décennies. Comme il l’a fait en 1975 avec "Some Folks", il nous propose une chanson complètement inattendue, avec banjo, harmonium, violon tzigane et percussions à l’arrache. Tel un forain sadique, Alice gueule avec une verve absolument formidable des lyrics dignes d’une comédie musicale façon Tim BURTON (qui n’a jamais craint de se retrouver seul au monde à son réveil ?). Probablement l’une de mes chansons fétiches sur cet album, "Last Man On Earth" prouve que le Coop’ a encore de la ressource pour sortir des sentiers battus. On revient à des choses plus traditionnelles avec l’excellent "The Congregation", qui évoquera aux connaisseurs les sonorités les plus baroques de "The Last Temptation", avec des refrains proto-psychédéliques grisants et une irruption bien poilante de Rob ZOMBIE en milieu de chanson, le temps de singer un annonceur public déglingo. "I'll Bite Your Face Off", l’un des trois titres sur lesquels jouent DUNAWAY, BRUCE et SMITH, est peut-être le titre le moins inattendu et le plus « classique » de l’album avec sa structure linéaire, son refrain simpliste et ses guitares bluesy. Un hommage aux STONES apparemment. Curieuse idée qu’a eu Alice d’en faire un single, mais c’était probablement le choix le plus facile.

L’aventure continue dans un éclectisme furieusement Cooperien. Chose qu’il n’avait plus fait depuis des lustres, Alice recommence à s’approprier les modes musicales du moment. "Disco Bloodbath Boogie Fever" et ses sonorités électro découle de cette initiative. Encore un titre complètement WTF, avec des chœurs totalement inattendus et un ton bad boy sur les couplets rapés hilarant. On a souvent tendance à l’oublier, mais Alice COOPER a aussi su fonder son succès sur son sens de l’humour. Avec ses sonorités à la mord-moi-le-nœud et son déluge de gros foutoir rock’n’roll en fin de piste (belle intervention de JOHN 5), "Disco Bloodbath Boogie Fever" est sûrement l’un des titres les plus poilants du Coop’. Même topo pour "Ghouls Gone Wild", évacuée en moins de trois minutes à 400 à l’heure avec un refrain façon BEATLES dopés aux amphétamines qui laisse abasourdi les premières fois (le genre de truc qui vous fait dire « neeeennn mais sérieux, c’est quoi ce délire ? »). Pas étonnant que le duo comique Flo & Eddie, ex-chanteurs du groupe 60’s THE TURTLES, soit crédité sur ce titre. Décidemment le père Furnier sait s’entourer d’amis bien surprenants !

Plus touche-à-tout que jamais, COOPER semble avoir envisagé toutes les directions. Il s’associe avec ses anciens compagnons du ALICE GROUP sur une ultime piste, "When Hell Comes Home", co-écrite par Michael BRUCE. Plutôt pas mal avec son ambiance grinçante et sinistre sur fond de trémolos et de notes graves jouées simultanément au piano et à la guitare. Gros point noir de l’album, "Something To Remember Me By", joue le piteux rôle de la sempiternelle ballade à mi-chemin entre "I Never Cry" et "How You Gonna See Me Now" qu’on avait vu débouler à des km à la ronde. Apparemment il s’agirait d’une vieillerie co-écrite par Alice et Dick WAGNER en 1976, et qui n’avait pas été retenu pour l’enregistrement de l’album "Goes To Hell". On comprend pourquoi. Drôle d’idée qu’a eu Alice de ressortir ça des cartons… Cette ballade clichiesque et hors-sujet nous fait en outre un peu perdre le fil d’un album qui s’essouffle un peu vers la fin…

On oublie bien vite ce petit moment de faiblesse alors que l’ouverture vers l’électro se poursuit avec "What Baby Wants". C’est sur ce titre que chante Kesha, l’une de ces popstars interchangeables qui font toutes la même chose. Sa piètre et brève prestation vocale n’a en fin de compte aucun intérêt, mais la chanson, elle, est absolument géniale avec son refrain sautillant et ses couplets rageurs sur lesquels Alice fait décidément montre d’une étonnante vitalité vocale. Le choix de Kesha fait déjà grincer les puristes, mais c’est justement pour leur faire un pied de nez qu’Alice a choisi cette nana. Un duo avec Courtney LOVE ou Doro PESCH aurait été attendu au tournant, autant enfoncer une porte ouverte… Mais Kesha ? Haha, CA, c’est de la provocation ! Quel polisson cet Alice ! Le cauchemar prend fin avec "I Gotta Get Outta Here", un épilogue gentiment popisant à mi-chemin entre les chansons "Is Anyone Home" et "Escape", bien marrant avec son dialogue final opposant un Alice abusé par ceux qui lui ont vendu son cauchemar un à chœur à la QUEEN typiquement Ezrinien. L’album en lui-même se conclut par le morceau instrumental façon opéra-rock "The Underture", qui reprend les mélodies les plus marquantes des "Welcome" I et II et sur lequel s’éclate un Dick WAGNER encore au top. Fiou ! 52 minutes au terme desquelles on a en vue de toutes les couleurs. Vous en reprendrez bien un petit peu ? Alleeeeez !

Après une intense réflexion, j’en suis arrivé à la conclusion que "Welcome 2 My Nightmare" est l’album qu’Alice COOPER aurait dû sortir il y a dix ans de cela. Après de longues années de végétation tiedasse, il marque le retour en force de tout ce qui a toujours forgé l’intérêt de l’œuvre artistique du Maître des ténèbres : de l’éclectisme, de l’humour, de l’inattendu et du grandguignolesque. Ce 26e album studio du Coop’ est une myriade d’influences diverses et variées qui se fondent dans un moule bariolé plutôt original, tantôt bluesy, tantôt radicalement rock’n’roll, parfois-même electronisant. La voix d'Alice atteint des niveaux de variété et de précision exemplaires, Tommy HENRIKSEN et Steve HUNTER font des merveilles à la guitare et EZRIN a su saupoudrer tout ça de quantités de ces sonorités étranges dont il a le secret.

Alors bien sûr ce n’est pas non plus l’album parfait ; ce n’est à proprement parler pas vraiment un chef d’œuvre. La faute à quelques faiblesses par-ci par-là : des redondances lassantes sur "I'll Bite Your Face Off" et "When Hell Comes Home", la ballade presque auto-parodique "Something To Remember Me By", qui se retrouve là parce qu’il en fallait bien une, ou encore un "I Am Made of You" digne des pires singeries de LINKIN PARK, incompréhensible et maladroitement placé en ouverture… On est parfois assez éloigné du génie des galettes cultes des années 1970. M'enfin bon, après tout, Vincent Furnier a son heure de gloire derrière lui, et on ne peut raisonnablement plus exiger de lui monts et merveilles. Je n’ai malgré tout aucun doute sur le fait que "Welcome 2 My Nightmare" est un très bon album, parmi les meilleurs d’Alice, au moins en ce qui concerne la période récente. En tous cas, c'est sans conteste d'un tout autre niveau que les trois skeuds précédents.

Épaulé avec brio par un Bob EZRIN qui en profite pour prouver qu’il n’a pas encore dit son dernier mot, Alice réalise un album modérément conceptuel et très abouti, bourré de morceaux de bravoure, à mi-chemin entre "Welcome To My Nightmare", "From The Inside", "Flush The Fashion" et "The Last Temptation" (et plus si affinités). Tout fan du Coop’ qui se respecte ne peut qu’être comblé. Les autres auront peut-être plus de mal à accrocher. Plusieurs écoutes seront probablement nécessaires pour être à l’aise avec ce nouveau cauchemar… Certains auront l’impression d’écouter un album opportuniste qui part dans tous les sens, d’autres verront leur ouverture d’esprit rudement mise à l’épreuve face à certains grands écarts artistiques. De toutes manières Alice COOPER, on aime ou on n’aime pas, ça a toujours été comme ça et ça n’est pas prêt de changer. Tant mieux ! Ce qui est en revanche certain, c’est que cette nouvelle galette ne laissera personne indifférent. En ce qui me concerne, au bout d’une cinquantaine d’écoutes je ne m’en suis toujours pas lassé. "Along Came A Spider" n’était qu’un prélude, COOPER a encore la dalle et son imagination continue à bouillonner. Il provoque et sort de ses propres conventions avec toute la force de sa malice. De tous les artistes de sa génération, il est certainement celui qui a encore le plus d’atouts à faire valoir. Pourvu que ça dure !


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Comme c’est la mode en ce moment, "Welcome 2 My Nightmare" est disponible dans une pléthore d’éditions différentes contenant divers bonus tracks. Outre trois excellents extraits live du Download Festival de 2010 (surtout "The Black Widow" sur l’édition deluxe), on recense pas moins de quatre titres studio, chacun sur une édition différente (les collectionneurs vont pouvoir péter la tirelire). J’ai pu écouter "Under The Bed", une chute de studio de W2MN et "We Gotta Get Out Of This Place", une reprise du groupe THE ANIMALS. Ce dernier morceau est sans doute le plus intéressant, avec des sonorités 70’s bien dynamisantes et une excellente performance vocale. "Under The Bed" est moins intéressant avec son piano sur les couplets et son refrain un peu faiblard. De quoi amuser les fans, sans plus. Les heureux détenteurs de l’édition vinyle pourront pencher une oreille sur "Flatline", et ceux qui opteront pour la version Itunes auront droit à "A Bad Situation", deux chansons que n’ai pas eu l’opportunité d’écouter pour l’instant.

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- Alice Cooper (chant)
- Bob Ezrin (divers)
- Tommy Henriksen (guitare, divers)
- Steve Hunter (guitare)
- Jimmie Lee Sloas (basse)
- Scott Wiliamson (batterie)
- Michael Bruce (guitare 4,7,11)
- Dennis Dunaway (basse 4,7,11)
- Neal Smith (batterie 4,7,11)
- Kip Winger (chœurs)
- Autres (divers)


1. I Am Made Of You
2. Caffeine
3. The Nightmare Returns
4. A Runaway Train
5. Last Man On Earth
6. The Congregation
7. I'll Bite Your Face Off
8. Disco Bloodbath Boogie Fever
9. Ghouls Gone Wild
10. Something To Remember Me By
11. When Hell Comes Home
12. What Baby Wants
13. I Gotta Get Outta Here
14. The Underture



             



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