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RHAPSODY - From Chaos To Eternity (2011)
Par BAST le 20 Juin 2011          Consultée 22933 fois

Après que le procès opposant RHAPSODY et le label Magic Circle (on le rappelle, dirigé d’une poigne de fer par Joe DeMaio) nous eut privé quatre longues années de RHAPSODY, la formation italienne, depuis "The Frozen Tears Of Angels" qui marqua son retour sur le devant de la scène, s’emploie de toutes ses mighty forces à rattraper le temps perdu.
D’abord un EP, "The Cold Embrace Of Fear", peu goûteux, je vous l’accorde, mais garantie rassurante offerte au servum pecus que nous sommes sur la volonté de RHAPSODY de ne pas figurer comme une énième arlésienne mais bien de rester durablement aux affaires. Puis il y eut cette longue tournée, dont on a lu çà et là le plus grand bien, ponctuée par un retour en France mettant fin à dix ans d’absence (1). Et à présent, voila que "From Chaos To Eternity" et ses cinquante-sept minutes bourrées jusqu’à la gueule, de chœurs et d’autres choses, atterrit dans les bacs sans crier gare, devançant le moindre embryon d’impatience.

Avec ce huitième album, il faut commencer par la fin. Car de fin, justement, il plane ici une saveur insistante. Pas de sapin mais bien de fin. Ou de rupture si vous préférez.
D’abord, "From Chaos To Eternity" clôt la seconde saga initiée par "Symphony Of Enchanted Lands II" (amis statisticiens, sachez donc qu’une saga chez RHAPSODY s’étale sur quatre albums).
Un autre terme, est celui-ci mis à la collaboration avec Christopher Lee. Le vieil acteur, toujours en vie et pimpant à en juger son activité (2), devra chercher ailleurs ses extras. RHAPSODY profitera peut-être du budget dégagé pour refaire appel à un orchestre et négliger ces samples en demi-teinte auxquels on a droit depuis trois albums.
Troisième acte de ce grand ménage de printemps, il me semble du reste avoir surpris, il y a plusieurs années, Luca Turilli évoquer cette possibilité, 2011 marque l’année de dernière contribution musicale des Italiens à la fantasy. C’est Fabio Lione qui a livré cette révélation, lors d’une interview (plate comme l’exige la promotion moderne) dont le lien est reporté sur le site officiel du groupe.
Les spéculations vont bon train à ce sujet. Aura-t-on toujours droit à des concepts albums ? Le thème en sera-t-il l’héritage d’un autre genre romanesque (de la science-fiction par exemple) ? Peut-être les Italiens voudront-ils emprunter à l’Histoire ces épopées grandioses dont elle regorge, auquel cas Luca Turilli serait bien inspiré de mettre son aversion pour la lecture de côté (3) ? Ou alors RHAPSODY, soucieux de se départir du qualificatif « childish » qui lui colle à la peau depuis 1997, projette-il de se consacrer aux errances de notre temps, avec en point de mire une somme de sourires qui s’annoncerait dantesque (4) ?
Wait and see. Le principal étant que nous serons, une fois de plus, au rendez-vous.

Comment pourrait-il en être autrement ? "From Chaos To Eternity" abandonne tant et tant de bonnes choses sur la grève tympanique (eh ouais…) que la probabilité de passer outre son successeur n’existe pas.
Après un "The Frozen Tears Of Angels" volontairement épuré, peu symphonique, avare de chœurs et d’orchestrations, poussant de la lancinance dans les refrains pour mieux servir la mélancolie pesante qui en constituait le canevas, RHAPSODY rallume la lumière (comme du reste le laisse entendre le titre de l’album), verse de nouveau dans le grandiloquent, alterne tragédie et optimisme, ces deux partenaires souvent de mise dès lors qu’une histoire inspirée des canons hollywoodiens touche à son achèvement : les monstres sont âpres dans le combat ; mais à la fin, ils meurent.

D’aucuns vous affirmeront que RHAPSODY fait du RHAPSODY à chaque album et qu’il est pieux, voire stupide, de vouloir tirer des différenciations depuis l’œuvre. Pourtant, il n’est pas rare (pour ne pas dire courant) que les amateurs du groupe attribuent à chaque album une ambiance assez particulière pour en devenir distincte.
"From Chaos to Eternity" a bel et bien des allures de générique de fin, plus encore le titre qui en fournit la conclusion, "Heroes Of The Waterfalls' Kingdom". Celui-là, long de presque vingt minutes, débutant par un long passage folklorique (le seul passage folklorique de l’album, du reste) figure parmi les plus grandes réussites, à la fois de l’album et de la carrière des Italiens. Fait rare, le titre est ponctué par deux refrains différents (c’est en tout cas ainsi que je le vois) ; le premier, guerrier, hargneux et terriblement épique, porté par des chœurs grandioses est une merveille du genre, le second n’est qualitativement pas en reste, même s’il fait planer une impression plus optimiste, tourné vers l’avenir. Le titre est entrecoupé de deux longs dialogues qui se seraient montrés bien chiants si Luca Turilli ne les avaient soutenus d’un interminable solo qui devrait faire parler de lui : simple et répétitif, il parvient à souligner la manière dont l’intensité des péripéties vécues ou subies par les protagonistes de l’histoire va crescendo, jusqu’au dénouement fatal. Une fois de plus, Turilli s’est creusé la cervelle pour servir ses effets épiques coutumiers d’une manière inédite.
Avant l’intervention finale de Christopher Lee, un chant black, succédané du projet tué dans l’œuf RHAPSODY IN BLACK, fait une intervention remarquée mais bien plus discrète que sur "Aeons Of Raging Darkness", qu’il monopolise d’un bout à l’autre.

Depuis "Power Of The Dragonflame", il n’est pas un album exempt de son titre emprunté au Black Metal qu’Alex Staropoli et Turilli disent apprécier (CRADLE OF FILTH est souvent confié en exemple). "Aeons Of Raging Darkness", donc, propose un riff tranchant et de longues parties vocales hurlées jusqu'au refrain sur lequel Fabio semble mettre en péril son timbre tant il se livre. Pas de chœurs, cette fois-ci, ou très peu en comparaison de "Reign Of Terror" (qui était le titre heavy-black de l’album précédent). Les chœurs se rattrapent sur "I Belong To The Stars" tant le titre donne l’impression de contempler un champ de bataille sur lequel trois chorales s’affrontent avec Fabio comme arbitre.

Alors que "The Frozen Tears Of Angels" pariait sur des refrains simples et répétés, "From Chaos To Eternity" voit RHAPSODY quelques années en arrière, à l’époque de "Power Of The Dragonflame". Deux hymnes s’y distinguent : "Tornado", qui propose un autre solo réussi et sur lequel un refrain fédérateur fait contrepoids à l’ambiance assez rude qui prédomine et "From Chaos To Eternity", peut-être la pépite de l’album avec ses chœurs et ses mélodie imparables.

Plus à part, "Ghosts Of Forgotten Worlds" voit RHAPSODY rendre un hommage à sa façon à CRIMSON GLORY (5). Guitare acoustique et riffs tranchants mènent la dansent. Les riffs, d’ailleurs, dénotent particulièrement du travail habituel de RHAPSODY. Rien de plus logique, c’est Tom Hess qui s’est chargé de les tisser. Le nouveau-venu, Américain, guitariste virtuose (et que personne n’attendait) impose trois constats. D’abord, son arrivée assoie l’anti-communautarisme de RHAPSODY qui compte désormais trois Italiens, un Allemand, un Américain et un Français. Il devrait ensuite pousser le sympathique Dominique Leurquin vers la sortie (6). Enfin, il permet à la formation de se préparer un avenir encore plus heavy, tendance qui n’est pas pour déplaire à Turilli et qui fait souvent peur aux fans de la période symphonique du groupe.

Au sujet des orchestrations, même si elles sont toujours présentes, elles interviennent de manière quasi-systématique en soutien de la section metal et ne disposent plus d’espace privilégié. Mis à part à la fin de "Heroes Of The Waterfalls' Kingdom", les interludes qui leur sont dédiés n’existent plus. Même l’intro, "Ad Infinitum", en général prise en charge par les chœurs et l’orchestre (façon de parler puisqu’elles sont synthétiques), voit la guitare s’inviter. D’un côté, je trouve la situation frustrante ; les interludes de "Symphony Of Enchanted Lands", pris en charge par un orchestre de chambre, font partie des plus belles heures du groupe. De l’autre, les samples utilisés depuis trois albums ne sont pas assez crédibles pour mener à bien cet exercice, comme le démontre l’EP "The Cold Embrace Of Fear".

Un titre tire l’album vers le bas. Il s’agit d’ "Anima Perduta", ballade originale dans sa conception et finalement peu touchante. Sans se montrer non plus mauvaise, elle me semble trop peu assurée pour séduire. L’autre défaut de "From Chaos To Eternity" a trait, encore une fois, à la batterie. Luca et Alex, compositeurs méfiants à déléguer (même s’ils laissent de plus en plus Fabio se charger de partitions), la privent une fois de plus de variété et abusent nettement de la double-pédale. Elle donne l’impression d’un guerrier qui se jette corps et âme dans la bataille, sans stratégie. C’est un reproche désormais coutumier ; soigner cet aspect se montrerait pourtant intéressant à plus d’un titre ; tenir à l’écart la lassitude, par exemple.

Outre le boitier cristal, "From Chaos To Eternity" existe en deux versions. Le vinyle qui permet de rendre encore plus hommage au travail de Felipe Machado et une version limitée (qui doit être épuisée à l’heure où vous lisez ces lignes) que je n'ai pas encore reçue.

Meilleur que "The Frozen Tears Of Angels", "From Chaos To Eternity" exhibe un RHAPSODY impressionnant, notamment dans cette capacité à sortir des titres qui savent renouveler un style pourtant richement fourni ou dans cette faconde jamais démentie quand il s’agit de monter des pièces entraînantes et épiques.
N’eût été la ballade peu attrayante et la batterie pas toujours inspirée (et pas forcément servie par une production adéquate), il aurait recueilli la note maximale. Ce qui est certain, c’est que les fans vont trouver ici de quoi étancher leur soif de Metal Symphonique, en attendant la suite dont on ignore encore tout (7).
Quatorze ans de carrière (et presque autant de péripéties judiciaires), huit albums nichés dans les sommets du Heavy Mélodique, RHAPSODY pourrait presque mourir tranquille.


Note : 4,5/5.




(1) Volthord a dressé du concert à Lyon un report touchant (se référer aux éditos pour le consulter).
(2) L’acteur occulte, poussé vers la lumière en fin de carrière par la grâce de « Star Wars » et du « Seigneur des Anneaux », est le personnage central d’un album symphonico-pompeux chiant comme peut l'être, je crois, une vocation découverte au cours du troisième âge et sur lequel Volthord, qui est décidément partout, s’est penché, scalpel en main, il y a un an : http://metal.nightfall.fr/index_8576_-sword-cross.html
(3) Le guitariste avait avoué sans vergogne ne pas lire, prétextant un manque de temps, dans une interview reproduite par Rock Hard. Révélation qui n’avait pas manqué de provoquer le scepticisme des fans de Tolkien, qui trouvaient honteux que le groupe affiche sa volonté (ancien projet, désormais abandonné face aux difficultés liées aux droits) de produire des albums consacrés au « Seigneur des Anneaux » en se basant uniquement sur les adaptations hollywoodiennes de Peter Jackson.
(4) Sur le premier album du vingt-huitième projet estampillé « Luca Turilli », DREAMQUEST, le guitariste avait consacré une chanson à un dauphin au destin funèbre. Musicalement, rien à redire ; en revanche, il demeurait sur les textes un dépôt de mièvrerie à peu près six fois plus incommodant qu’une histoire de fantasy mal racontée. Je sens qu’on va bien se marrer…
(5) Le groupe n’a jamais caché son admiration pour CRIMSON GLORY et s’était montré très affecté par la mort de son chanteur emblématique, Midnight.
(6) A moins de vouloir imiter IRON MAIDEN avec trois guitaristes sur scène, on voit mal le Français accompagner le groupe sur ses prochaines tournées.
(7) Avant cela, on aura certainement droit au quatrième album solo de Luca Turilli qui a annoncé, il y a plus d’un an, qu’il s’agirait d’un album hommage aux deux premiers "Keepers" d’HELLOWEEN !

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Par VOLTHORD




 
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- Fabio Lione (chant)
- Luca Turilli (guitare)
- Tom Hess (guitare)
- Alex Staropoli (clavier)
- Patrice Guers (basse)
- Alex Holzwarth (batterie)


1. Ad Infinitum
2. From Chaos To Eternity
3. Tempesta Di Fuoco
4. Ghosts Of Forgotten Worlds
5. Anima Perduta
6. Aeons Of Raging Darkness
7. I Belong To The Stars
8. Tornado
9. Heroes Of The Waterfalls' Kingdom



             



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