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- Style : Dream Theater, Dalis Dilemma

SHADOW GALLERY - Digital Ghost (2009)
Par BAST le 30 Décembre 2009          Consultée 5584 fois

Mike Baker est mort.
Un an déjà qu’une prise de conscience effrayante a secoué le petit monde du heavy/prog : Mike ne chanterait plus.
Sous le toit de ma chaumière, la nouvelle est longtemps restée en suspens, mêlant à l’atmosphère confinée un trouble tangible. Depuis "Tyranny", le chef-d’œuvre de SHADOW GALLERY, l’homme au bandana et aux épaules de catcheur s’était installé à demeure à la meilleure place de mon album Panini imaginaire consacré aux vocalistes. Et voila qu’une attaque cardiaque venait de mettre fin aux prouesses du bonhomme.

Les jours qui suivent un décès sont un terreau propice aux tirades, conseils et conclusions abjectes. Il y a les dépositaires du savoir-vivre, ces yeux qui s’attardent sur les visages pour éprouver alentours la conformité des chagrins et des pleurs, comme la vieille mère endeuillée guettant sur les traits de sa belle-fille une moue illégitime qui remettrait en cause la peine absolue due à son fils.
Arrêtez : sans Mike, SHADOW GALLERY perd sa raison d’exister. Ou alors, composez un dernier album dont le thème serait un hommage à Mike.
Le salut en général réside dans l’imperméabilité à tout ce que les langues sifflantes décochent. Tant que la barque conserve ses timoniers, elle vogue (en l’occurrence, Gary Wehrkamp, qui se charge en outre du clavier suite au départ de Chris Ingles et Brendt Allman). Ce que SHADOW GALLERY, je crois, s’est empressé de démontrer.

Les américains étirent leur biographie, donc. Mieux, ils trouvent un successeur à Mike en l’embauche de Brian Ashland, confortant la rigidité de SHADOW GALLERY dans son acception collective. Ashland, au registre évoquant Rob Sowden (ARENA), montre de belles aptitudes. Le style assez raffiné de SHADOW GALLERY est un écrin auquel une nouvelle gemme à sa mesure est offerte, quoique la nouvelle voix ne montre pas les mêmes dispositions que Mike à modeler les lignes de chant pour leur offrir la résonnance ultime, comme si l’esprit n’était plus qu’ouïe usant des notes qui lui sont offertes pour suppléer les autre sens. Probablement le temps sera-t-il, en la matière, un allié précieux.
Toujours mieux, SHADOW GALLERY confectionne un nouvel album, "Digital Ghost", inscrit dans la droite ligne des précédentes productions, tuant dans l’œuf un hommage quelconque exsudant d’insupportables pleurnicheries. L’hommage à Mike est réel, le groupe l’a confessé. Mais il semble dirigé vers l’avenir, avec dans les yeux une lueur résolue. "Digital Ghost" est bien du SHADOW GALLERY 100% pur jus, du heavy/prog doucereux teinté d’une couleur optimiste éclatante (musicale, en tout cas, puisque les textes jouent souvent de fatalité) et parcouru de lignes de chant subtiles et uniques.

Seulement, ce sixième album des américains a été long, très long à pénétrer. Depuis les premières écoutes et cette chronique, deux ou trois brouillons ont asséché ma plume. Les graphèmes jetés sur le blanc de la feuille étaient nerveux et sereins, selon le degré d’appréciation du moment. D’abord, j’ai buté sur ces titres longs et ensemencés de breaks et ponts instrumentaux, j’ai pesté contre le manque d’ambition des refrains réduits à leur plus simple appareil, j’ai douté quant à la nécessité de ces plans tissant des ambiances à la pelle.
Mes premiers mots, du reste, furent les suivants : « A durée à peu près équivalente, "Tyranny" proposait quatorze titres contre sept ici. Et à nombre de titres à peu près équivalent, "Legacy" fournissait une inspiration plus importante, expulsant la moindre longueur grâce à un travail approfondi. Sur "Digital Ghost", j'ai l'impression que certains passages sont positionnés pour allonger la sauce, au risque de noyer les saveurs originelles. »

Puis il y eut l’instant des révélations, comme si le bloc "Digital Ghost", vendu en kit, s’était assemblé par magie et divulguait alors tous ses secrets. "With Honor" fut la première confidence, glissée au creux de l’oreille par un riff appuyé, des couplets adroitement tissés par des harmonies vocales accrocheuses. Ce titre installe une atmosphère chaleureuse et intimiste et le refrain, malgré une simplicité évidente, a les atouts de la séduction. Enfin, les parties instrumentales entretiennent la force évocatrice d’une composition exécutée au millimètre.
Sur "Digital Ghost", SHADOW GALLERY joue une heure durant des mêmes armes. Tout est question de feeling, d’accélérations et de décélérations, d’alternance entre une rythmique soutenue (avec quelques riffs enfoncés au marteau) et complexe et de mélodies aériennes. "Haunted" est la seconde illustration de l’exercice mené à son terme avec une foi qui touche autant au sacré qu’au réel, même dans les influences PINK FLOYD (le solo) placées là pour gonfler un peu plus un titre épais et long à sillonner.

En dépit d’une multitude de saveurs, un reproche me vient à l’esprit. Il est le même que celui évoqué par la sortie de "Room V". Depuis "Tyranny", SHADOW GALLERY semble s’être totalement départi de ses refrains fédérateurs. On retrouve les chœurs identifiables entre mille et ponctuant la plupart des titres, que ce soit sur les refrains ou les quelques ponts du reste, mais le challenge qui leur est proposé n’est plus tout à fait conforme à leurs capacités. Si les refrains sont bons, il en manque quelques-uns plus techniques et alambiqués, des hymnes majestueux louvoyant entre le heavy et le rock progressif.
C’est tout. Cette lacune mise à part, dont la mise en lumière que j’effectue est somme toute assez personnelle, les amateurs vont être conquis. D’autant que SHADOW GALLERY a recours a quelques invités, comme Ralph Sheepers (PRIMAL FEAR) sur "Strong" ou Clay Barton (SUSPYRE) au cours d’un duo avec Carl Cadden-James sur "Venom", conférant à l’album un esprit fugace d’opéra-metal qui colle assez bien avec le propos général assez touffu.

Aussi cruel qu’il soit, la perte d’un proche cristallise au fil des années un constat finalement salvateur : à chaque saison le renouvellement de la vie. "Digital Ghost" est une nouvelle fleur offerte sur la tige de la carrière de SHADOW GALLERY. Epanouie, elle continue son ascension.
Mike peut être fier de ce socle qu’il a contribué à bâtir et qui voit naître une nouvelle éminence, d’excellente facture.

A noter que la version limitée digipack européenne comprend quatre titres supplémentaires, dont "Two Shadows", titre bonus réservé à la version japonaise de "Room V" et sur lequel on retrouve Mike baker.

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   BAST

 
   ANCESTOR

 
   (2 chroniques)



- Carl Cadden-james (basse, flute)
- Gary Wehrkamp (guitare, clavier)
- William Brendt Allman (guitare)
- Joe Nevolo (batterie)
- Brian Ashland (chant, guitare)


1. With Honor
2. Venom
3. Pain
4. Gold Dust
5. Strong
6. Digital Ghost
7. Haunted



             



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