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ALICE COOPER - The Last Temptation (1994)
Par BAAZBAAZ le 6 Juin 2006          Consultée 7363 fois

Alice n'est pas en forme. Alice est fatigué. En 1994, la fête est terminée. Reste la gueule de bois – les oreilles qui bourdonnent, la bouche pâteuse et la migraine – les mégots qui flottent au fond des verres et les cadavres de bouteille brisés qui jonchent le sol. Une odeur de renfermé, et à peine quelques flashs épars et confus en guise de souvenirs. Le temps des réjouissances est passé, fini de rire. Maintenant, il faut compter les contusions, ramasser ses dents, recoudre les plaies : le train pris en marche cinq ans à peine auparavant s'est fracassé contre un mur. Et de la joyeuse troupe grimaçante qui festoyait à son bord, il ne reste que des débris. En les rejoignant, Alice s'en est mis plein la panse ; il s'est gavé jusqu'au bout. Et peut-être aurait-il volontiers continué si seulement ses nouveaux amis n'avaient pas raté le virage un peu sec de l'histoire : en profitant de leur succès, il s'est lié à eux. Et quand ils ont déraillé, il les a suivi les yeux fermés. Terminé, le glam, le hard FM, le hair métal… les Poison, les White Lion, les Mötley Crüe, les Ratt, les Slaughter, les Cinderella… bye, bye… et avec eux, le vieil Alice, qui avait si bien réussi à les faire bosser pour lui et à les coiffer au poteau dans les charts.

En se refaisant une santé grâce au hard rock des années 80, Alice Cooper en a aussi partagé l'effondrement soudain et imprévisible au début de la décennie suivante. C'est le temps du grunge, du métal alternatif, de l'indus, de la fusion… et le reste n'intéresse plus personne. L'époque est plus sérieuse, la musique plus sombre. A présent c'est à celui qui sera le plus torturé, le plus tragique, et qui fera le mieux partager ses souffrances à son public. Alice Cooper, toujours opportuniste et cynique, jamais en retard d'une mode, est presque prêt à se relever pour prendre un nouveau virage musical. Ce sera, quelques années plus tard, Brutal Planet, puis Dragontown, sans grand succès mais avec un certain aplomb. C'est parce qu'Alice est un survivant : il lui en faut plus. Là où la quasi-totalité des groupes phares des années précédentes vont disparaître ou se fourvoyer, lui va continuer sans sourciller. Ou presque. Car en 1994, il est encore sonné. Sous le choc. Le train du pognon qu'il a presque conduit lui-même au temps de Trash – et dans une moindre mesure avec Hey Stoopid –, n'est plus qu'un amas informe. Et Alice a quand même morflé. Son inspiration est un peu chancelante. Et plus personne à l'horizon pour lui écrire de jolis tubes rutilants. Alors il commet une erreur : The Last Temptation.

Une sorte de disque de transition, un entre-deux un peu boitillant, sans envergure, sans vrai style. Avec peut-être une vague prétention à renouer avec le bon vieux rock d'autrefois, mais traversée encore de quelques influences typiquement hey stoopidiennes. Donc un disque indécis, qui tâtonne, sans direction, sans idées. Une poignée de vieux partisans vont y percevoir un retour aux sources, mais sans vraiment s'en convaincre. Et aucun fan d'Alice, de quelque période que ce soit, ne va vraiment accrocher. Il faut dire qu'il manque des compositions crédibles. Là où Trash proposait un virage commercial totalement hallucinant, appuyé sur des chansons en or massif, il n'y a sur ce disque que des clichés, des mélodies sans âme. Deux morceaux seulement sont juste passables : « Nothing's Free », chaloupé et pépère, bien balancé, et « Cleansed by Fire », la dernière chanson : la seule à proposer enfin une ambiance malgré un côté assez convenu et linéaire. Peut-être pourrait-on ajouter « Bad Place Alone », mais sans enthousiasme. Le reste, malgré la présence de Chris Cornell, va du désastre à l'ennuyeux. Et ces quelques passages qui surnagent n'ont l'étoffe d'aucun des bons albums d'Alice Cooper, toutes périodes confondues.

Faut-il en citer d'autres ? L'insipide « Lost in America », le mollasson « It's me »... difficile de voir là une forme quelconque de retour au rock pur et dur. Chaque intro, couplet, refrain, couplet, refrain, solo, refrain, ne fait que confirmer l'incapacité du disque à oser une sonorité originale, ou ne serait-ce qu'efficace. Les albums précédents d'Alice Cooper étaient d'une banalité terrible, mais les compositions étaient taillées pour plaire. Ici, rien. Sauf une vaste sensation d'attente et d'inutilité. Un disque entre deux périodes, sans intérêt réel. Sans innovation non plus – mais personne ne demande plus ça à Alice au début des années 90 –, et sans talent. Maintenant, on peut préférer ça aux énormes tubes de Trash. A la limite, Alice Cooper réapprend la modestie, la sobriété, et propose des chansons sans entrain mais qui n'ont pas l'impact douteux et aguicheur de « Poison » ou « House of Fire ». Sur The Last Temptation, on retrouve alors effectivement un soupçon d'authenticité. Et peut-être après tout le véritable Alice – pas la girouette polymorphe des albums précédents – transparaît-il un peu ici. Mais alors le prix à payer est trop élevé. Parce que la bouche pâteuse et les mégots, merci, sans façon.

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- Alice Cooper (chant)
- Dan Wexler (guitare)
- Greg Smith (basse)
- John Purdell (claviers)
- David Vosikkinen (batterie)
- Derick Sherinian (claviers)


- The Last Temptation
1. Sideshow
2. Nothing's Free
3. Lost In America
4. Bad Place Alone
5. You're My Temptation
6. Prayer
7. Unholy War
8. Lullaby
9. It's Me
10. Cleansed By Fire



             



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