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- Membre : Serj Tankian, Scars On Broadway
 

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SYSTEM OF A DOWN - Hypnotize (2005)
Par BAAZBAAZ le 3 Janvier 2006          Consultée 13079 fois

Ce disque aurait pu être une énorme déception. Ce n'est pas le cas. Non pas parce qu'il est bon, non. Ce disque est médiocre, terriblement terne et sans saveur. Et si ce n'est pas une déception, c'est évidemment parce que ce fiasco était prévisible : son extrême fadeur n'est pas une surprise. Et il n'y aucune forme de jubilation dans ce triste constat. Le groupe vient de sortir précisément ce que l'on redoutait par-dessus tout, à savoir un vague clône de Mezmerize, une poignée de faces B, quelques brouillons de chansons. On guettait sans y croire quelque chose d'énorme, un disque aventureux, un pas en avant dans la carrière du groupe. On attendait l'explosion d'un talent, mais l'on récolte à la place quelques millionnaires assis sur leur tas d'or qui nous refourguent les répliques poussives et parodiques de leur compositions passées. Bien sûr, on espérait quand même un peu. On imaginait qu'ils avaient gardé sous le pied des chansons incroyables, de quoi renouveler un fois encore leur style unique, de quoi les porter sur des terres encore inexplorées. Des sons nouveaux, des idées nouvelles : la confirmation de cette capacité à progresser à chaque album. A la place, ce sont les limites de System of a Down qui viennent d'être révélées au grand jour : à un Mezmerize fougueux ne succède qu'un sous-disque, quelques miettes données en pâture à ceux qui ont les moyens de se payer à quelques mois d'intervalle la même chose, en moins bien.

On ne va donc pas se le cacher plus longtemps. Ce groupe n'a pas la classe qu'on a pu lui prêter. Peut-être nous étonnera-t-il à nouveau dans plusieurs années. Mais force est d'admettre aujourd'hui qu'il n'avait pas les moyens artistique de son ambition : sortir deux albums, ou un double – au choix – de qualité égale. Plus de vingt chansons d'un coup, c'était trop. Il aurait fallu choisir, sélectionner. Ajouter à Mezmerize un ou deux morceaux de celui-ci, pas plus. Alors on aurait eu un superbe disque, un peu répétitif, axé sur des mélodies et des astuces légèrement redondantes, mais superbe quand même. Au lieu de ça, on a un album court, rageur et immédiat, à la durée de vie très limitée, et un second disque superflu, inégal, à la limite de l'arnaque commerciale. On pensait que le groupe avait le talent nécessaire pour aller bien plus loin, pour pousser encore ses expérimentations et s'imposer comme un groupe phare, non pas seulement du métal mais du rock en général. Du point de vue des ventes d'album et du renflouement des caisses, c'est réussi. Maintenant, Hypnotize nous apprend juste qu'il faudra encore attendre pour savoir ce que le groupe a vraiment dans le ventre. Parce que là, on vient seulement de comprendre à quel point ils peuvent aussi foirer leur musique.

Si encore ils avaient pu nous refaire Mezmerize. Un groupe ne peut pas toujours évoluer, et le gouffre franchi depuis Toxicity était déjà suffisamment impressionnant. On se serait contenté de morceaux aussi entraînants, brutaux et élastiques, pleins à craquer de petites trouvailles mélodiques : si l'efficacité avait été la même, on aurait pu accepter l'idée d'un double album axé sur une recette unique. Mais quelques écoutes suffisent pour comprendre qu'avec Hypnotize, on frôle l'auto-parodie. Et à chaque fois que l'on donne une nouvelle chance au disque, que l'on s'envoie « Attack » ou « Kill Rock'n Roll », potables, et que l'on parvient à se concentrer péniblement jusqu'aux insupportables « Tentative » ou « U-Fig », l'évidence devient plus difficile à nier : rien ici n'est vraiment accrocheur, solide ou convaincant. C'est même un certain écoeurement qui se dessine. Toujours les mêmes mélodies, les mêmes ruptures larmoyantes, les accélérations enflées. Chaque chanson est prévisible à la seconde près. Et encore ces étirements rythmiques, ce pseudo-groove saoulant, répété jusqu'à la nausée. Le tout sans heurt, sans envolée, sans force. Entre les deux disques s'est perdue l'écriture, son ingéniosité, sa finesse et son culot. C'est-à-dire tout ce qui aurait pu faire accepter une redite, et sans lequel Hypnotize n'est qu'une suite de collages et de samples affadis, tirés de la discographie du groupe.

On relève ça et là quelques idées. Un passage énervé sur « Stealing Society », ou encore une première moitié de « Soldier Side » entêtante et millimétrée. C'est à peu près tout. Quand déboule « Vicinity of Obscenity », on n'a franchement plus envie d'entendre ça. Ces délires déstructurés, ces vocaux aigus : stop. On beau essayer de se persuader pendant un moment qu'il y a quelque chose à sauver dans ce disque, rien n'y fait. Et c'est d'ailleurs presque étonnant de constater que tout ce qui faisait il y quelques mois encore le charme du groupe est devenu soudain grinçant et fatiguant. On voulait un essor artistique, on ne l'a pas eu. D'accord, passons. On aurait voulu au moins un autre Mezmerize, c'est raté. A la place, System of a Down vient de réussir un tour de force : rendre chiante et répétitive une musique – un style – autrefois surprenant et novateur ; rendre pénibles à entendre des mélodies jadis inégalables. Simplement en clonant ses propres chansons sans parvenir à reproduire ce qui faisait leur efficacité. Le disque s'écoute comme une longue litanie putassière, insistante, qui finit par se transformer en une sorte de musique de fond incolore et inodore, d'une banalité sourde. Quand elle s'arrête, on le remarque à peine : System of a Down vient de rentrer dans le rang.

Voici ce qu'aurait du être Hypnotize : dans deux ou trois ans, un disque pour combler un vide, une compilation de raretés destinée à montrer les tâtonnements du groupe, quelques idées qu'il n'a pas pu exploiter pleinement et qui n'ont pas été jugées dignes de figurer sur Mezmerize. Mais comment ont-ils pu avoir la prétention de sortir deux albums ? Comme s'il suffisait d'avoir des compositions plein son sac pour sortir un double… Hélas, c'est un exercice bien plus périlleux, réussi sans doute moins d'une dizaine de fois dans l'histoire du rock : un équilibre instable entre éclectisme et unité, entre diversité et cohérence. Un mauvais double, c'est souvent un collage brouillon de morceaux hétérogènes, de bouts de chansons sans intérêt qui auraient mérité d'être mieux triés – que l'on se souvienne des navrants Use Your Illusion de Guns'n Roses. Mais c'est aussi parfois le désert de l'uniformité, l'incapacité à saisir la différence entre les morceaux achevés et les faces B ; l'absence totale de variation si ce n'est l'affaissement progressif de la qualité des chansons. Dans son arrogance, ou son avidité, System of a Down n'a pas compris que le risque d'une telle démarche était tout simplement de lasser, d'épuiser, et surtout de mettre en lumière les limites d'un style ; d'en dévoiler les faiblesses, les astuces : de révéler la recette. Comment supporter encore ces machins semi-orientaux, ces vocalises speedées ou hystériques, ces complaintes doucereuses, ces refrains trop immédiats pour être honnêtes ? C'est toute sa discographie que System of a Down vient de piétiner. Moi, en tout cas, je ne peux plus en écouter une seule note.
Hypnotize m'a tuer.

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   (6 chroniques)



- Daron Malakian (vocals, guitars)
- Serj Tankian (vocals, keyboards)
- Shavo Odadjian (bass)
- John Dolmayan (drums)


1. Attack
2. Dreaming
3. Kill Rock'n'roll
4. Hypnotize
5. Stealing Society
6. Tentative
7. U-fig
8. Holy Mountains
9. Vicinity Of Obscenity
10. She's Like Heroin
11. Lonely Day
12. Soldier Side



             



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