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GRINDCORE  |  STUDIO

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CIRCLE OF DEAD CHILDREN - Zero Comfort Margin (2005)
Par BAAZBAAZ le 28 Octobre 2005          Consultée 1777 fois

Le grindcore est un genre extrêmement codifié qui laisse très peu de marge de manœuvre à ceux qui choisissent d'adopter ce style douloureux. Une fois rempli le cahier des charges – les vocaux gras et indiscernables, les blast-beats hystériques camouflant toute trace de musique – il reste ne reste pas beaucoup de place pour la diversité et la créativité. Le plus infime détail, la nuance la plus subtile, sont alors nécessaires pour différencier les groupes, évaluer leurs qualités et leurs défauts, trier les bons et les médiocres. Une petite variation dans le timbre du chant qui passe de guttural à hurlé, de caverneux à égorgé, un riff plus mélodique qu'à l'accoutumée, ou bien une légère pause dans une musique qui ne se contente pas de foncer à l'aveugle droit devant elle : autant de surprises qui n'enlèvent pas au style son intégrité et qui peuvent soulager l'espace d'une seconde celui qui écoute cette masse sonore et tente d'en supporter vaillamment le poids.
C'est le cas pour cet album : une torture grind inqualifiable et inavouable qui ose un soupçon de sophistication, un zeste d'expérimentation.
C'est un bon moyen, finalement, pour que l'on s'intéresse à la musique en tant que telle. Pas seulement à ce qui a fait le succès – relatif – du genre, à savoir son contexte. Car si le grind séduit, la plupart du temps, c'est surtout pour son caractère délicieusement insupportable, pour les réactions outragées de ceux à qui l'on impose de l'écouter, et pour son imagerie caractéristique : éventrations, éviscérations, énucléations, arrachages, perçages et cassages en tous genres, merci. La musique, à la limite, passe au second plan. Du moins le plaisir – ou l'énergie – qu'elle est supposée véhiculer : après la provocation et la fierté d'empiler des disques qui ne sont que rarement entendus mais dont le caractère inécoutable fait justement tout l'intérêt. C'est donc une chance, un évènement tout particulier, quand un groupe de grind propose une musique qui possède une consistance propre, suffisante pour mériter une vraie attention. Bien sûr, ceux qui voudront juste impressionner la galerie ou faire fuir leur copine pourront utiliser cet album sans problème. Mais ils pourront aussi l'écouter.

Et qu'entendront-ils ?
Des vocaux gras et indiscernables, des blast-beats hystériques camouflant toute trace de musique… oui, mais pas seulement. Car ce qui est pour certains groupes de grind une composante unique et exclusive, une recette rigide et indépassable – signe d'une intégrité sans faille – n'est pour Circle of Dead Children qu'un élément parmi tant d'autres au sein d'une musique qui est un véritable tour de force : en une minute environ, puisque c'est à peu près le temps que durent les morceaux, le groupe parvient à donner une réelle impression de diversité, multipliant les changements de rythme, les timbres de voix, les ambiances, les sonorités toutes plus tordues et dissonantes les unes que les autres.
A ce niveau-là, c'est un festival, un feu d'artifice et un exercice de style.
Le chant est en évolution constante – sans doute un peu trafiqué, d'ailleurs –, les riffs sont rarement linéaires ou répétitifs tandis que le batteur joue son rôle en balayant vaillamment en une poignée de secondes tout le spectre des tempos possibles et imaginables.
A la limite, c'est lorsque le groupe renoue avec un grind plus traditionnel – merci à Cannibal Corpse – qu'il est le moins convaincant, un peu éreintant. Sur « Host(age) », assez classique, ou sur le très minimaliste « The System as the Master Deceiver » et ses trente secondes de joyeuse brutalité aveugle. Ces deux chansons tirent vers le bas un groupe qui sait aussi faire preuve de plus d'ambition. Mais il faut les replacer au cœur d'un disque qui sait jouer sur les ambiances et les ruptures de ton : le retour ponctuel à un grind un peu monotone est sans doute plus un choix de la part de Circle of Dead Children qu'une réelle faiblesse ou un manque d'inspiration. Au moins, ils nous prouvent qu'ils savent le faire. Malheureusement, d'autres ont déjà défriché ce terrain marécageux avant eux, et tout a été fait ou dit depuis longtemps.

Passons. Ce n'est pas là l'essentiel de la musique du groupe. Mieux vaut s'attarder sur « Chemical Goat » et son petit riff mélodique, polymorphe et entraînant, son alternance de voix death et d'éternuements black ainsi que l'accentuation finale d'un mid-tempo scandé avec toute la lourdeur exigée. Puis vient « Born on a Bomb Shell » et l'on s'enlise avec un plaisir coupable dans un bref intermède hargneux et menaçant, juste après un départ superbement déplaisant. Et quand la voix caverneuse s'aventure dans les aigus – on se comprend – on ne peut que saluer la recherche permanente dont fait preuve le groupe afin de ne pas lasser et de ne perdre personne en cours de route.
Tout ça est très rapide. Aussi riche que court et éphémère.
Une violence qui s'évanouit très vite et en devient presque insaisissable. Mais les diverses chansons sont alors suffisamment agrémentées de petites astuces sonores pour que plusieurs écoutes attentives soient indispensables. Un espace musical minuscule, mais hétéroclite et rempli à ras bord. Un maximum de bruit en un minimum de temps. Un raz de marée dans une pataugeoire.
Et l'on en vient presque à regretter que le groupe ne tente pas d'allonger un peu plus le temps qu'il accorde à ses compositions extrêmes. Bien sûr, il est plus radical et intègre de sacrifier à la loi grindcore qui veut que les morceaux les plus cours sont les plus aptes à impressionner ses parents. Mais quand on s'aperçoit ce dont il est capable en trois minutes – une éternité grind – sur « Playdumb », avec cette ouverture rusée d'une guitare qui s'en donne à cœur joie, cette jubilation d'un chant grave et fervent collé à la rythmique, on se dit que la taille et le niveau des compositions pourrait être haussés d'un cran sans perdre de leur intérêt. Hélas, la durée du disque dépasserait alors les vingt minutes, et toute crédibilité s'évanouirait pour le groupe, qui en perdrait à coup sûr ses fans dévoués.
Oui, le petit monde du grind est impitoyable.

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   BAAZBAAZ

 
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- Joe Horvath (chant)
- Jason Andrews (guitare)
- Drew Haritan (basse)
- Mike Bartek (batterie)


- Zero Comfort Margin
1. Forward Through The Copper Sun
2. Zero Comfort Margin
3. No Tears Fall Through Hollow Eye-sockets
4. Chemical Goat
5. Whimper
6. Android: 120 Ampre Opiate
7. Host(age)
8. Ohemian Grave
9. The System As The Master Deceiver
10. Born On A Bomb Shell
11. Strip Naked For The Killer
12. A Homage To Tombstone Granite
13. Footprints In Fire
14. Playdumb Hideous Mangleus
15. For Black Eyes Only



             



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