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DEATH METAL  |  STUDIO

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OBITUARY - Frozen In Time (2005)
Par BAAZBAAZ le 6 Octobre 2005          Consultée 7387 fois

Obituary, ça ne plaisante plus. A une époque, encore, on pouvait se marrer. C'était avant le black, le grind, avant le néo-metal et Slipknot : avant que les vocaux hurlés, raclés, grognés ou mugis ne deviennent avec le temps une sorte de norme routinière – au moins à certaines heures – sur le câble ou le satellite. Maintenant, le chant de John Tardy ne fait plus peur à personne. A la limite, les cris étranglés du screamo sont plus effrayants. Mais il fut un temps, avec Slowly we Rot et son infâme intro, où Obituary était ce qu'on faisait de mieux pour impressionner les filles. Non pas qu'ils aient inventé quoi que ce soit, ou qu'ils aient été uniques. Mais il faut reconnaître qu'ils ont formé l'avant-garde – ou disons plutôt l'archétype – d'une démence sonore que seule une certaine élite appréciait à sa juste mesure. Aimer ce groupe, c'était un signe de ralliement : un moyen de se mettre à l'abri de toute forme de bon goût et d'acceptation des règles musicales en vigueur sur les grandes ondes.
Même lorsque le death a commencé à se vendre, devenant un produit comme un autre, Obituary est demeuré un peu à part. Le son s'est fait plus lisse, mais le groupe a maintenu obstinément le cap, sortant de façon régulière le même album basé sur les mêmes riffs et les mêmes lignes vocales. Clone après clone s'est ainsi constituée une discographie soigneusement tenue à l'écart de toute évolution et de tout changement.

Mais cette époque héroïque est à présent lointaine. Depuis plusieurs années déjà, le genre a été digéré et assimilé par des groupes qui en ont fait une influence parmi d'autres, un moyen commode de donner un arôme sulfureux à leur musique. Le riff death ponctuel, le passage par les gros vocaux caverneux, ça va avec les masques et les costumes. Ou alors avec un chant féminin et un break mélodique. C'est un ingrédient, pas un genre en soi.
Alors oui, ça ne plaisante plus : une reformation, un nouveau disque, c'est très sérieux. Surtout à une époque où la musique du groupe n'est plus vraiment ce qui ce se fait de plus violent, ni de plus provoquant, ni même de plus drôle. Et forcément, on se pose la question : que reste-t-il au death après sa banalisation ?
La réponse, avec Obituary, est assez lapidaire. Le death, c'est comme avant, mais en moins bien. Et c'est aussi un paquet de mensonge que l'on peut d'ailleurs énumérer.

Le premier d'entre eux, c'est bien sûr le titre de l'album. Tout le monde s'est fait un peu avoir avec l'interprétation old school, le coup de la musique intemporelle. Evidemment, Frozen in Time, c'était le refus de la modernité, le retour au bon vieux death d'autrefois. Le maintien d'une certaine intégrité et d'une fidélité aux origines refusant toute concession à la mode musicale. Pas de couplets rap, pas de samples. Pas d'orchestre non plus, merci. Et l'on évitera le mauvais chant clair sur les refrains. Une forme de résistance au mouvement, la reproduction à l'identique d'un genre dont on peut ainsi admettre l'intérêt une fois ôté le voile léger l'air du temps et de ses engouements sporadiques. On allait se faire plaisir, être un peu nostalgiques – et réactionnaires – en renouant avec la pureté des débuts, d'une époque héroïque disparue à jamais.
Raté. Le titre du disque est une duperie. L'impression de familiarité ne doit pas tromper. Certes, on retrouve un son sale et granuleux, des remparts de riffs qu'il faut franchir les uns après les autres, les solos tordus et minimalistes, et surtout la tronçonneuse vocale de Tardy. Mais tout cela est au service de chansons aux structures simples, linéaires – pour ne pas dire poussives – où les premières impressions groovy se muent rapidement en épuisement rythmique.
Les plus malins diront que c'est précisément le style d'Obituary depuis une quinzaine d'années. Faut pas pousser. On ne devient pas une légende du death en étant médiocre, quoi qu'en pense les détracteurs du style. Autrefois la marque de fabrique du groupe, c'était un roulement rythmique sauvage, la souffrance d'une voix écorchée, des cassures, des ralentissements soudains capables de vous écraser au sol, des solos tordus et aléatoires et l'immense hauteur hypnotique d'une forteresse sonore dense et répétitive. A perte de vue.
Tout ce qu'ils n'ont pas su reproduire ici, et qu'ils ont remplacé par une production tape à l'œil.

C'est le deuxième mensonge. Les ficelles sont là, pas de doute. Et le son est énorme, accablant. Quand arrive l'intro, on est forcément bluffé. C'est épais, ça bouge. C'est un peu long, aussi. Mais la puissance est telle, la masse est si incroyable que l'on imagine assister enfin au renouveau ultime du death.
Mais là encore, ça cache quelque chose, et les premières impressions sont illusoires. Les morceaux sont courts pour la plupart, directs et compacts. La fameuse crédibilité punk du groupe. Le problème, c'est que ce caractère relativement concis ne les empêche pas d'être ennuyeux. Cela ne vient pas de leur aspect prévisible. En effet ce serait demander beaucoup à un groupe qui a sorti trois ou quatre fois le même album. Peu importe que sur « On the Floor » et « Insane », les solos de guitare arrivent exactement – à la seconde près – au moment où on les attend. Au contraire, ils viennent égayer un peu l'aridité qui condamne d'autres chansons à la suffocation : avec « Blindsided » et « Mindset », on a deux longs cortèges funéraires interminables, dont le caractère d'abord implacable et puissant se transforme très vite en une pesanteur rythmique assez assommante. Et les riffs tournent en boucle, longtemps, sans coup de folie ni emballement. Tranquille, pépère. Gros son et grosse fatigue.

Là, on a un doute.
On se dit que l'on n'aime plus Obituary. On se demande si ce n'est pas la musique du groupe qui a fini, après tout ce temps, par lasser. Les goûts évoluent, c'est légitime.
Alors on réécoute avec appréhension un vieil album : Cause of Death, ou The End Complete. Et puis non, ça reste accrocheur, ça passe bien. D'ailleurs, on se prend au jeu, on réécoute plusieurs chansons, et on s'autorise cette fameuse nostalgie old school que l'on guettait sur Frozen in Time.

Quelque chose a changé. Presque tout ici est fade, monotone et terne. Même le chant se révèle un peu empâté, essoufflé. Très ponctuel, parsemant souvent de longs passages purement instrumentaux, il manque de rythme. Autrefois, il vous sautait à la gorge, vous environnait de toutes parts, sans issue possible. Là, il a perdu en relief et trébuche continuellement contre les riffs sans se nouer à eux.
Certains morceaux sauvent la mise. Parce qu'ils sont entraînants malgré leur structure élémentaire et laborieuse. Alors oui, avec « Back Inside » ou « Stand Alone », on en reprend volontiers : c'est rapide et percutant, les riffs sont bons – ce sont les mêmes qu'avant. On s'approche – un peu – de ce qu'on attendait : un death rock prompt et énervé, à l'ancienne. Capable d'aligner les morceaux de bravoure. Peut-être « Slow Death » est-il de cette trempe. On y devine, à travers la batterie déchaînée et les affres du chanteur, ce qu'aurait pu être cet album s'il avait tenu ses promesses. Mais les mêmes recettes reprises avec le plus de fidélité possible n'ont pas fonctionné.
L'argument de vente old school induit par son titre est un mensonge. Sa façade sonore, bien léchée et calibrée pour obtenir le label « Obituary », en est un autre. Le death n'est ici qu'un arôme, un artifice. On a le chant, on a les riffs. Quelques ruptures de rythme, mais sans plus. D'ailleurs Mudvayne fait ça aussi. C'est donc surtout la qualité des chansons qui est en cause : l'indifférence qu'elles dégagent. L'extraordinaire force du son ne dissimule que le vide, la vacuité d'une musique qui ne survit que dans la répétition d'un écho aujourd'hui bien trop lointain de son propre génie disparu. Et sans doute un peu aussi dans la naïveté de fans que les espoirs et les attentes rendent crédules – ou sourds.
Mais il faut peut-être finalement se demander si Obituary a visé ici ceux qui ont aimé ses premiers disques. Car ce sont ceux qui peuvent le mieux flairer la supercherie. En fin de compte, tout dans le son et dans la simplicité des morceaux, dans l'exploitation abusive de la légende et du culte que le groupe a lui-même généré avec le temps, tout cela sent le coup marketing parfait à destination des nouvelles générations qui goberont l'argument old school. Voilà, j'ai trouvé. C'est du néo-métal.

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   (2 chroniques)



- John Tardy (chant)
- Allen Vest (guitare)
- Trevor Peres (guitares)
- Frank Watkins (basse)
- Donal Tardy (batterie)


1. Redneck Stomp
2. On The Floor
3. Insane
4. Blindsided
5. Back Inside
6. Mindset
7. Stand Alone
8. Slow Death
9. Denied
10. Lockjaw



             



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