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BLACK METAL  |  STUDIO

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The AXIS OF PERDITION - Deleted Scenes From The Transition Hospital (2005)
Par UDUFRU le 22 Juin 2005          Consultée 3770 fois

La sirène du cargo résonna dans le lointain, comme asphyxiée par le manteau de brume qui entourait l’île de sa moiteur livide. Je savais cependant, aux bruits sinistres de l’élévateur rouillé qui déchargeait notre cargaison, que le navire avait déjà accosté. Dans un silence anxieux, nous nous tenions prêts, munis de blouses imperméables et de civières crasseuses, à courir sous l’averse jusqu’au mouillage. Le soldat qui nous surveillait cracha l’ordre bien connu de sa voix gutturale, et alors nous sortîmes au pas de course afin de réceptionner la marchandise.

Une tempête se préparait cette nuit-là, les vagues se brisaient violemment contre les falaises de l’île, avec le rugissement malsain de guitares discordantes et la puissance d’une batterie menée à la baguette ainsi qu’à la pédale avec l’énergie dévastatrice du black metal le plus occulte. Je vis un corps nu allongé sur la jetée et le fit rouler comme un sac sur une civière, puis nous revînmes vers le bâtiment en soufflant bruyamment sous le poids des carcasses détrempées que nous transportions. Derrière nous, le soldat repoussa les grands vantaux de la porte, et se plaça devant elle, son fusil d’assaut prêt à cribler de balles le premier individu qui ferait mine de s’en approcher.

Dès mon retour dans l’hôpital, je fus réquisitionnée pour assister le chirurgien dans le bloc d’expérimentation numéro 3. Nonchalamment, je changeai de blouse et me rendis dans la salle d’opération. Sur la planche qui nous servait de table d’examen était étendu un homme d’âge mûr, aux chevilles et poignets rongés par des chaînes ensanglantées. Ses yeux, injectés de sang, trahissaient sa frayeur, telle qu’il perdit bientôt le contrôle de ses sphincters. Le chirurgien s’affairait autour de ses instruments sales, tétanogènes. La tempête faisait rage au dehors, et produisait une musique disharmonique si glauque qu’elle me subjuguait davantage que le spectacle de la trépanation de notre patient.
L’espace d’un instant, un souvenir très précis de ma liberté passée rejaillit dans ma mémoire : BLUT AUS NORD, ses guitares étouffées mixées en arrière, ses riffs irréels exhumés de l’aliénation la plus morbide, son atmosphère nauséabonde et fiévreuse, et ses accalmies plus sordides encore… Mais ici, les bruits des machines médicales et du cargo secoué par le ressac donnaient une dimension plus ambient et industrielle à la mélopée sinistre qui noyait l’instant d’horreur. Les hurlements de l’homme ne parvinrent pas à m’extraire de cette torpeur ; au contraire, ils s’y surimposèrent. Le chirurgien vociférait tout en élargissant le trou qu’il avait pratiqué dans le crâne du malade implorant pour sa vie entre deux hoquets. Les deux voix, l’une grave et péremptoire, l’autre désespérée, se mêlèrent au déchaînement des éléments dans une noire symphonie des plus terrifiantes. Soudain, les râles de l’homme s’interrompirent brusquement, et un filet de bave s’écoula de la commissure de ses lèvres tandis que le médecin extirpa de sa boîte crânienne, avec un sourire dément, un lobe entier de l’encéphale.
L’homme fut jeté sur une paillasse que deux soldats transportèrent dans la cellule adjacente. Lorsqu’ils en ouvrirent la porte, j’entendis comme une sombre incantation psalmodiée par de nombreuses voix masculines, mais alors que je risquais un œil curieux dans la pièce obscure, un militaire me poussa du canon de son arme, et je ne pus apprendre quel sort attendait notre patient.

Au lieu de cela, j’empruntai fébrilement le couloir menant à la salle d’attente. Là, entourée de cobayes mutilés, déformés, écorchés, brûlés, énucléés, démembrés, qui vagabondaient sans but en geignant de leur voix monocorde et inexpressive, j’allumai le petit poste de radio qui diffusa une mélodie jazzy saturée par l’intempérie. Une enfant se posta devant moi, et son regard aux paupières sclérosées sembla m’interroger. Je tentai de me remémorer comment tout ceci avait bien pu commencer. Un jour, moi aussi je voudrai comprendre pourquoi…

La sirène du bateau me rappela à l’ordre. Les portes de la salle d’attente se fermèrent violemment, sectionnant dans un cri rauque la jambe d’une vieille femme qui n’avait pas été assez prompte à entrer. Nous sortîmes de grandes cages métalliques dépliables cachées dans les placards, et comme à notre habitude, les patients ne firent aucune difficulté pour s’y laisser enfermer. La petite fille s’assit sagement dans l’une d’elles et attendit. Des infirmiers transportèrent la marchandise humaine jusqu’à l’ancrage du navire, et je les regardai faire avec indifférence.
Des corps passaient tous les jours par l’hôpital de transition. Leurs âmes y étaient détruites à jamais. La mienne n’avait pas échappé à cette fatalité.

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- Brooke Johnson (chant, guitare jazz, ambiance)
- Michael Blenkarn (guitare, claviers, piano, prog)
- Ian Fenwick (basse)
- Dan Mullins (batterie en live)


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