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BLUT AUS NORD - The Work Which Transforms God (2004)
Par JULIEN le 26 Juillet 2004          Consultée 9476 fois

Dans le petit univers du Black, il est effarant de constater la corpulence des promotions d’élèves tous frais émoulus de l’école S.A.B.B.A.T.H. : A chaque mois son petit cortège de bambins arrachés au ventre d’une mère DARKTHRONE qui en a la bedaine toute déformée par l’épuisant ouvrage de l’enfantement, particulièrement quand celui-ci ne s’origine pas d’une volonté de cette mère, nourricière de tant de fantasmes...

C’est que le DARKTHRONE se féconde de la simple ambition, même velléitaire, d’apporter sa pièce à l’édifice de ce que d’aucuns se sont pressés de nommer le « True Black Metal »... D’où, cette profusion d’individus drapés du seul damier noir et blanc, rassemblés derrière pléthore de bannières indéchiffrables, vomissant dans les airs des hordes sonores brouillonnes et cradingues bien dans le tradition norvégienne... dix ans après les sévères enfantements du genre. Lassitude...

Mais d’autres rejetons déambulent de par le vaste monde... Des rebelles. Des esprits forts qui, non contents d’entretenir à leur façon la flamme charbonneuse du Metal noir, s’attachent à évoluer dans les ténèbres avec cette inexpugnable ténacité sevrée à l’âpreté froide du lait luciférien. Des individus sans véritables maîtres à penser, sans école singulière à honorer... seul s’impose comme oxygène ce bouillonnement intérieur entretenu par les geysers d’une misanthropie dansant sur le fil d’un précipice béant, où s’agglomère la folie. BLUT AUS NORD est de ceux-ci.

Il est vrai, ces français n’ont pas toujours guidé leurs pas sur les terres inhospitalières de l’insanité faite notes. Il fut un temps où le chemin sillonnait à travers les landes perdues des terres glaciales d’autres contrées (« Ultima Thulée »), avant de s’enfoncer sans peur dans les abîmes de la Terre, trouvant au centre du monde l’éclairage particulier jouant sur une armure façonnée dans le métal d’un Black aux teintes épiques inhabituelles (« Memoria Vetusta I (Father Of The Icy Ages) »). Mais la marginalité fit toujours partie du vocabulaire de base d’un maître-individu, le dénommé Vindsval, énigmatique démiurge dépositaire d'une créativité balayant des sphères encore reconnaissables, séduisantes même. Et le fracas finit par sauter à la gorge de Vindsval, creusant la saignée d’où pouvaient enfin s’éviscérer la rage glaciale d’un homme déversant sur l’univers alentours tout le fruit des macérations d’une implacable déréliction : « The Mystical Beast Of Rebellion ».

Et aujourd’hui, quand de piteuses hordes rampent sur le sol poussiéreux d’un Black cornaqué par un esprit passéiste mais savamment entretenu par quelques-uns, BLUT AUS NORD sort du sentier et nous amène « son » Black Metal, celui qui pourrait bien, effectivement, contribuer à transformer Dieu... Oubliez vos repères, BLUT AUS NORD fait voler en éclat les standards arrêtés du Black Metal ! Comment s’enticher de stéréotypes lorsque l’on s’arroge la prétention d’affronter Dieu avec la note comme glaive ? Vindsval semble s’être posé la question : « The Work Which Transforms God » pourrait en être une réponse possible. Une réponse glaçante.

Longue litanie de souffrance éructante de haine, froide apologie d’un nihilisme orchestré par un chaos de notes désossées, dépossédées de leur moelle la plus cadenassée, « The Work Which Transforms God » réécrit l’art du Black Metal, en plongeant son Livre de chevet dans la mer cosmique où s’ébattent les divinités du malaise : Apôtre de la dissonance, archange irradiant d’une lumière pâle dévorant les cornées, la musique de BLUT AUS NORD est une incarnation de la désolation... De la furie de tempos cavalant tels des anges chûtant depuis la stratosphère ("The Choir Of The Dead", "The Supreme Abstract"...) à la lourdeur pachydermique d’un culte pesant ("Metamorphosis", "Inner Mental Cage"...), « The Work Which Transforms God » matérialise une angoisse indicible à travers les reptations de riffs qui n’en sont pas vraiment, expérimentations permanentes d’un son hurlant, aqueux, ectoplasme ondulant avec cette tranquillité menaçante d’une algue carnivore se laissant bercer par la force indomptable de la mer, cette entité maîtresse qui domine toutes choses... comme la froide réalité d’un univers vide de sens donne l’impression de posséder chaque note de cette oeuvre musicale macabre, la déformant instantanément pour la jeter au sein d’une mare de musique et de silences malaxés sur le champ.

C'est qu'il faut bien grossir cette masse grouillante de malaise, conglomérat uniforme d’où s’échappent les hurlements des damnés et les gémissements des hommes, réduits à la contemplation d’un ciel vidé de divinité, où ne s’affrontent plus qu’une batterie pertinemment programmée, un chant meurtri, épongé de son humanité, et des samples et guitares résonnant telles des sirènes d’alarmes improbables et délayées... moments de douleur tenus à distance les uns des autres par de courts interludes, les abysses du silence n'étant perturbées que de discrètes manifestations de murmures cosmiques ou d'une vie sur le fil de l'agonie ("The Fall", "Density", "Devilish Essence").

Sans repères, sans prise autre - sur cette terre d’horreur – que de rares brèches mélodiques, burinées dans un sol de calcaire froid tapissé du miroitement moucheté de cristaux noirs et verts émeraudes, le pauvre auditeur égaré en devient un aliéné qui n’a plus désormais que deux choix : Oublier les jalons d’une existence jusque là préservée de ces rares expériences d’abandon, et sombrer dans le monde de BLUT AUS NORD... ou entrouvrir sa gorge pour en laisser s’échapper le hurlement prompt à revitaliser des membres engourdis sous l’action du poison distillé par cette hydre maléfique, activant ainsi le levier arrêtant là cette procession funèbre... où les âmes décharnées se contorsionnent dans l’effroi d’un Black qui, pour insondable qu’il puisse paraître, n’en réserve pas moins quelques instants d’une grâce vénéneuse et transcendante ("Our Blessed Frozen cells", l'hypnotique et interminable "Procession Of The Dead Clowns")... même si la morsure de la glace en est le seul langage. Une expérience dont on ne ressort pas indemne, et qui ne peut, à mon sens, ne se célébrer que de deux appréciations : le quasi néant du 1/5, ou la reconnaissance du 5/5. Mon choix est fait. Faites le vôtre.

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   (2 chroniques)



- W.d.feld (percussions électr., programma)
- GhÖst (basse fretless et six cordes)
- Vindsval (chant, guitare)
- Taysiah (de vjeshtza)
- Nahaim (de ends)


1. End
2. The Choir Of The Dead
3. Axis
4. The Fall
5. Metamorphosis
6. The Supreme Abstract
7. Our Blessed Frozen Cells
8. Devilish Essence
9. The Howling Of God
10. Inner Mental Cage
11. Density
12. Procession Of The Dead Clowns



             



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