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BLACK METAL  |  STUDIO

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CHRONIQUES

ALBUMS STUDIO

2023 ★★★★  Souveraineté Radiale
2025 ★★★★  Hesperia

E.P

2022 ★★★★  Sola Fide

MORTE FRANCE - Hesperia (2025) ★★★★ 
Par T-RAY le 18 Janvier 2026          Consultée 745 fois

MORTE FRANCE est de retour. Deux ans après un "Souveraineté Radiale" dont le premier contact visuel était frappant, le groupe affirme une nouvelle fois son évolution. Car depuis son E.P. inaugural, le trio franco-québécois n'a eu de cesse de faire muter son Black Metal. Toutefois, comme pour ses deux premiers disques, ce n'est pas d'emblée par la musique mais par l'image que le projet se démarque. Après la photographie pure et simple de la pochette de "Sola Fide", puis le montage photo du premier album, c'est une illustration qui orne le deuxième opus studio du combo. Et pas n'importe laquelle puisque Veneden, auteur par ailleurs de l'artwork du second longue-durée de PASSEISME, "Alternance", nous offre ici une réinterprétation de la gravure d'Albrecht Dürer, Le Chevalier, la Mort, le Diable. Rien de plus classique que de s'inspirer du plus célèbre artiste de la Renaissance allemande sur un album de Black, direz-vous. Sauf que l'inspiration est ici transfigurée, au sens propre, par la croix incandescente qui irradie l'image, dont les branches émanent du Graal brandi par le chevalier. Ce qui traduit la double aspiration de MORTE FRANCE  ;: convoquer la grandeur passée du Vieux Continent et témoigner de la profonde foi chrétienne qui l'anime.

Cette œuvre picturale n'est que le reflet d'une évolution musicale plus profonde. MORTE FRANCE fait un pas de côté. Il a troqué la folle croisade antimoderne du précédent ouvrage contre une procession méditative à travers les décombres glorieux de l'Europe. A la radicalité féroce et sombre de son grand frère, "Hesperia" oppose une démarche profondément contemplative… et étonnamment lumineuse  ;! Kval le reconnaissait lors de nos échanges préalables  ;: cet album a été composé pendant son congé paternité, dans la joie, la passion et une forme de sérénité inattendue. Cela se sent. "Hesperia" respire différemment. Une respiration abdominale caractéristique de la méditation et qui tranche avec la respiration thoracique du guerrier en pleine action. L'album délaisse le radicalisme de Julius Evola pour convoquer des figures moins clivantes mais tout aussi antimodernes  ;: Ernst Jünger, Hermann Hesse, Jean Cau, David Engels. Des penseurs qui, pour la plupart, partagent un même amour pour la tradition, l'authenticité supposée des siècles passés… Et pour cette terre aux confins occidentaux que les Anciens nommaient Hesperia. Une Europe occidentale fantasmée, sans doute, mais dont la splendeur influence profondément Kval et ses camarades de route. Ce n'est donc plus l'épée au poing que MORTE FRANCE part à l'assaut de l'auditeur mais avec la canne de l'ermite qu'il l'invite à cheminer avec lui.

Deux morceaux incarnent particulièrement cette idée de retrait du monde moderne pour mieux contempler celui, éternel, qui se cache derrière. "Waldgänger" ouvre les hostilités et incarne le besoin de s'isoler dans la forêt. De prendre le maquis comme le voulait Ernst Jünger. Musicalement, Kval surprend déjà en dégainant un riffing Death Metal inattendu qui rappelle notamment le GOJIRA des années 2000, growl et guitares massives à l'avenant. Sur la deuxième moitié, quand le tempo ralentit, les guitares naviguent à mi-chemin entre Heavy et Punk, accentuant l'atmosphère contemplative que le texte suggère. "Fernweh", qui clôture le disque, prolonge cette sensation mais avec une approche différente, davantage dans l'appel au monde extérieur que dans le repli forestier. Ce terme allemand désigne une nostalgie d'un monde que l'on n'a pas connu et l'appel que ressent chaque être humain face à un territoire à explorer. Plus long morceau de l'album, il nous plonge en plein Black Metal épique, nourri aux récits d'exploration et de voyage. Les neuf minutes du morceau auraient mérité un riff plus marquant et la fin est un brin abrupte, mais l'élan vital qui le traverse est palpable. Ces deux compositions forment comme deux portes  ;: l'une, d'entrée, vers l'intériorité sauvage, l'autre, de sortie, vers l'ailleurs inconnu.

"Europa Aeterna" fait à nouveau la part belle à du growl Death et confirme que MORTE FRANCE a musclé sa production. Mais c'est le final en voix claire qui marque les esprits, avec des élans dignes de ce que l'on peut entendre dans le Pagan ou le Viking Metal dans leurs heures les plus nostalgiques. "Le Chevalier, la Mort, le Diable" – le morceau, cette fois – renoue avec les riffs Black Metal tranchants de "Souveraineté Radiale". Son côté épique se distingue nettement. On pense à VÉHÉMENCE, hébergé lui aussi chez Antiq Records, et au BLUT AUS NORD des "Memoria Vetusta" – inspiration majeure revendiquée par Kval – avec ces couches de riffs superposés qui créent une profondeur hypnotique. Kval contemple ici l'œuvre de Dürer, ce cavalier médiéval chevauchant face à l'adversité, imperturbable dans sa quête. La métaphore est limpide  ;: avancer malgré les tentations et les menaces de la décadence moderne. Ces deux morceaux forment le cœur héroïque de l'album, célébrant une Europe éternelle qui survit dans la mémoire et l'art.

La dimension spirituelle indissociable de MORTE France s'exprime, elle, dans un "Lux Meae" chanté en latin et décrit comme une véritable prière. Le titre frappe pourtant par son Black tranchant, hivernal, quand bien même les vocaux Death y réapparaissent. Malgré l'âpreté des guitares, quelque chose d'éthéré se dégage, une ferveur mystique qui transcende la brutalité apparente. C'est dans ces moments-là que MORTE FRANCE se révèle, capable qu'il est de faire cohabiter le marteau et l'encensoir. Plus supplique que prière, "Kyrie Eleison" voit Kval s'excuser de son exil loin de l'Europe qui lui est chère, en déployant une belle avalanche riffesque, avant de se perdre quelque peu en route. La faute à une durée un peu trop élevée pour son propre bien, donnant l'impression de s'étirer dans une forme de fuite éperdue.

Paradoxalement, c'est le plus loin possible du Black Metal qui a vu naître MORTE FRANCE que la nostalgie suprême d'une Europe éternelle et chrétienne s'exprime le plus fort sur "Hesperia". Le morceau-titre, véritable OVNI au milieu de la track list, déroule sereinement son beat synthétique et la voix troublante d'Audrey Sylvain (MALENUIT, ex-AMESŒURS et PESTE NOIRE) sur une complainte à l'atmosphère énigmatique radicalement différente du reste de l'album. De la Chillwave dans un disque de Black Metal  ;? Allons bon, c'est pour la blague  ;! Eh bien non, car comme "Paris Ville Ténèbres" sur "Sola Fide" (cette Trap inattendue), Kval persiste dans sa tradition de sortir un morceau qui arrache l'auditeur à sa zone de confort. Mais lorsque l'on réfléchit à l'esprit nostalgique de ce genre musical, l'on se rend vite à l'évidence de son association avec le texte du morceau. Cette litanie sur fond électronique colle parfaitement à la mélancolie du propos, cette Europe rêvée qui n'existe plus, si tant est qu'elle ait jamais existé. C'est le cœur battant de l'album, son moment le plus vulnérable, celui où toute la cuirasse de MORTE FRANCE tombe.

Au bout du compte, "Hesperia", le morceau comme l'album tout entier, confirment la maturité de MORTE FRANCE. La production est plus puissante, plus propre, plus diversifiée. Les influences sont mieux digérées. L'on peut bien entendu regretter, et c'est mon cas, l'absence d'une fulgurance Black Metal ultime comme pouvait l'être "Debout au Milieu des Ruines" sur "Souveraineté Radiale", compo qui reste encore pour moi LE morceau-phare de l'année 2023 dans le genre, avec son riff totalement souverain, voire suprême. Mais "Hesperia" est un album plus lumineux, marqué par l'espoir et l'élan vital, sans jamais renoncer au radicalisme originel du projet. Si, musicalement, il est moins accrocheur, il est plus complet, conceptuellement parlant. Un disque qui célèbre autant qu'il pleure, qui brandit la torche tout en reconnaissant l'obscurité environnante. MORTE FRANCE a ici trouvé un équilibre entre la colère et la sérénité. Et c'est précisément dans cette tension que réside sa force.

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LA CHRONIQUE

 > PRINCIPALE
  ★★★★ T-RAY


LINE-UP
- Kval (guitares, vocaux)
- Taur (basse)
- Ghmur (batterie)

TRACKLIST
1. Waldgänger
2. Europa Aeterna
3. Le Chevalier, la Mort, le Diable
4. Hesperia
5. Lux Meae
6. Kyrie Eleison
7. Fernweh


             



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