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2021 Allégeance
 

- Style : Cradle Of Filth, Dark Fortress, Dimmu Borgir, Mystic Circle
- Style + Membre : Ad Inferna, Seth

DIABLATION - Allégeance (2021)
Par DARK BEAGLE le 9 Juin 2022          Consultée 618 fois

L’approche de la langue dans le Black Metal est souvent délicate. Si souvent nous sommes confrontés à un anglais inintelligible, vomit entre deux hurlements ou deux égorgements pas très propres, certains choisissent d’avancer en allemand, en norvégien ou encore en portugais en fonction des localisations. En France, nous avons la chance d’avoir des musiciens qui se complaisent dans la langue de Molière et qui délivrent leurs messages avec une passion pour le verbe qui transpire souvent. On pourrait même dire parfois de façon un peu précieuse (MISANTHROPE), mais cela contribue également au charme des compositions, qui pour nous prennent une dimension supplémentaire, surtout quand nous pouvons suivre sans avoir à nous user les yeux sur des livrets pas toujours très bien agencés (ni même très fournis).

DIABLATION évolue dans ce registre. Le nom du groupe, un peu bas du front, peut prêter à confusion, voire faire peur. Allons-nous avoir des « Gloire à Satan, Jésus suce tes clous, je bois le sang des vierges et les inonde de ma fertilité » tout du long, version bien primaire et aujourd’hui un peu dépassée quand on voit l’approche textuelle dont est capable une bonne partie de la scène ? Heureusement non ! Le propos n’est pas non plus cul-béni, DIABLATION œuvre dans un satanisme plutôt réfléchi et joliment tourné au niveau des phrases. Nous avons le plaisir de retrouver ici Vicomte Vampyr Arkames, leader de AD INFERNA et surtout, ancien membre de SETH, une de nos fiertés locales avec le Camembert et le Pistou, qui a apporté avec lui son sens de la rhétorique.

En compagnie de son compère d’AD INFERNA V. Orias A à la guitare et aux claviers ainsi que de Hyde à la basse et au chant clair et de VNA à la batterie, il a monté ce groupe qui se veut un brin théâtral dans son approche du Black Metal sans pour autant virer à la démonstration pseudo-symphonique qui est souvent le piège pour ceux qui jouent là-dessus. Derrière cette très jolie pochette (il est fini ce bon vieux temps ou les jaquettes résidaient en ce qui ressemblait à une mauvaise photocopie pliée en deux, cf DARKTHRONE), bien qu’un brin lugubre se dissimule un disque ma foi plutôt sympathique, qui ne révolutionnera certainement pas le genre, mais qui ne manque pas de savoir-faire.

La production est plutôt bonne, ce qui pour moi est toujours un petit défaut car elle a tendance à arrondir certains angles quand il est toujours mieux que la musique laisse quelques échardes (je le confesse, j’ai une absence totale de passion pour "At The Heart Of Winter" à cause de sa production trop clean). Fort heureusement, l’ensemble reste bien rugueux comme il faut et les musiciens se font plaisir à créer des canevas difformes, menés par les blast beats de VNA qui amène une jolie densité à l’ensemble. L’univers très noir du combo se dessine au travers une guitare rageuse, ponctuée de claviers par moments pour renforcer l’aspect quasi épique des compositions qui nous font faire le tour d’un Enfer outrageant et meurtrier.

Si on sourit quand retentit le chant sur "Invictus", entre la déclamation et la trachéite en bonne et due forme, c’est quasiment un réflexe. Sur ce genre de petite introduction, l’effet est souvent un brin rigolo en définitive, parce qu’il n’y a pas toute la densité qui vient en général nourrir la voix. Mais quand le groupe s’installe autour, DIABLATION est loin de faire semblant et Vicomte Vampyr Arkames est loin, très loin de faire semblant. Il en impose, tout en rage et passion et le contrepoids qu’apportent les vocaux cleans de Hyde est très appréciable. Ils n’apportent pas la paix, bien au contraire, ils nous annoncent un Enfer à venir, avec une désolation qui ne laisse que peu de place à l’espoir.

Aussi, "Ego Daemonium" et "L’Ordre Hermétique des Âmes Noires" sont deux pièces majeures de cet "Allégeance" qui ne manque pas de mordant. Au travers neuf morceaux, la formation dessine et établie son univers en noir avec beaucoup de justesse dans le propos, même si ce dernier n’est pas des plus originaux. Le tout n’est pas sans rappeler ce que SETH était et est toujours capable de produire dans le genre, mais difficile de passer outre le passé de Arkames, qui avait largement contribué à forger le style de SETH à ses débuts. Après, les thématiques ne sont pas abordées de la même façon, il y a une maturité différente et finalement des ambiances bien distinctes.

Il est difficile de faire la fine bouche quand on se prend quasiment d’entrée de jeu un "Aigle du Mal, Aigle de Sang" dans la tronche, ce déluge d’agressivité en noire qui fonctionne plutôt bien, les titres ont un petit côté Lovecraftien dans le sens où ils sont souvent à rallonge ("Des Ruines de la Solitude Eternelle", "L’Ordre Hermétique des Âmes Noires"…) sans pour autant céder à la tentation de parler des Grands Anciens. Non, ici, on vénère l’Enfer plus que Satan, on évoque quelque peu le vampirisme, mais pas façon Edward et Bella, et on offre un jeu, une théâtralité à l’ensemble qui se veut maîtrisée même si certains trouveront toujours ce procédé un peu ridicule.

Mais cela fonctionne plutôt bien dans le cadre de DIABLATION, qui ne semble pas se poser plus de questions que cela concernant la marche à suivre. Il y a un aspect très direct, malgré un bon nombre de fioritures qui viennent enrichir l’ensemble plutôt que de l’alourdir. Il manque peut-être un brin de surprise à l’ensemble pour voir réellement plus loin que le bout de son nez, mais on ne peut pas nier que l’essai est transformé. J’aurai peut-être apprécié quelque chose d’un peu plus sale et d’un peu plus aventureux, mais globalement, je suis plutôt satisfait d’un album et d’un groupe dont j’avoue ne pas avoir espéré grand-chose à la base. J’espère juste que le prochain verra plus loin, cherchera une complexité autre. Une jolie découverte néanmoins.

Note réelle : 3,5/5.

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- Vicomte Vampyr Arkames (chant)
- V. Orias A. (guitare, claviers)
- Hyde (basse, chant)
- Vna (batterie)


1. Invictus
2. Aigle Du Mal, Aigle De Sang
3. Des Ruines De La Solitude Eternelle
4. Ego Daemonium
5. La Noirceur Des Limbes
6. L'ordre Hermétique Des Ames Noires
7. Eloge Du Mysticisme Impérieux
8. La Nuit Obscure De L'ame Partie 1
9. La Nuit Obscure De L'ame Partie 2



             



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