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ATROCITY - Hallucinations (1990)
Par DARK BEAGLE le 1er Août 2021          Consultée 592 fois

Bien que nous ne soyons pas le premier avril, affirmer qu’un jour ATROCITY, c’était vraiment bien tend au canular tant les "Werk I" et "II" (entre autres) auront irrémédiablement écorné l’image du groupe dans l’inconscient collectif Metalleux. Et, il faut bien en convenir, avec le temps nous avons fini par oublier quelles sont les racines du groupe et à quel point il a pu innover – ou essayé de le faire – à une époque où le Death Metal commençait à se démocratiser. Car avant de se plomber de lui-même avec une formule Gothique pas toujours convaincante, ATROCITY proposait un Death pour le moins intéressant et ambitieux. Après un premier EP pourtant assez anecdotique, la formation menée par Alexander Krull va balancer un premier pavé dans la mare avec cet "Hallucinations" très intéressant.

Signé chez Roadrunner, des moyens ont été débloqués pour l’enregistrement de cet album puisque le groupe s’est retrouvé à Tampa, aux Morrisound Studios, sous la houlette de Scott Burns. Et si le producteur émérite et iconique du genre du début des années 90 fut déjà plus précis et inspiré dans son travail, il aura tout de même réussi à mettre en forme le projet ambitieux des Allemands. Avant de parler de la forme, évoquons donc le fond. Mieux, attardons-nous un instant sur la pochette, une illustration difforme de H.R. Giger, cauchemardesque à souhait. Le « papa » du xénomorphe Alien semble décidément très apprécié dans l’univers du Metal tant sa forme graphique est évocatrice des désirs et des cauchemars les plus noirs.

Mais revenons à notre sujet. À cette époque, le Death était très frontal dans ses thèmes : la mort, le gore, le satanisme et les borborygmes façon OBITUARY. Aussi, quand ATROCITY débarque avec son concept-album, c’est une surprise. Quand ce concept ne nous raconte pas les tribulations d’un mec revenu d’entre les morts pour faire un carnage avant de se faire exploser au fusil à pompe par des flics plus téméraires que les autres, mais l’histoire d’une jeune femme abusée sexuellement dans sa jeunesse et détruite qui s’enfonce de plus en plus dans l’enfer de la drogue et de la prostitution pour se payer ses doses, forcément, cela attire l’attention. Surtout qu’à ce moment, Krull ne va pas partir dans des idées « larger than life » avec chant féminin en veux tu en voilà et orchestrations à ne plus savoir quoi en faire.

Non. "Hallucinations", sans être vraiment direct, est un album de Death aux inspirations très américaines (DEATH et ATHEIST en tête), bien mené par un Krull qui adapte son growl aux ambiances et à ce qu’il cherche à décrire. Il livre une interprétation solide qui n’est pas sans rappeler feu Chuck Shuldiner, sans pourtant copier vu que le chant évolue, bouge, s’échine à ne pas être trop linéaire et y arrive plutôt bien d’ailleurs. Il va mener la danse de l’Enfer qu’il raconte avec conviction. Sur ce point précis, le disque est une belle réussite. Mais réussir ses vocaux dans le genre ne sert au final pas à grand-chose si la musique ne fait pas un bon support.

Là, l’évolution entre l’EP et ce premier essai est fulgurante. ATROCITY perd son côté chien fou et se veut bien plus technique, sans être trop alambiqué non plus. Si la guitare manque un peu de tranchant par moments ou que la batterie ne bénéficie pas du son qu’elle mériterait tout du long (la caisse claire manque un peu de force, elle claque de façon un peu creuse), les morceaux n’en souffrent heureusement pas trop (et ne va même pas s’avérer préjudiciable au niveau de la note finale), parce qu’ils sont très bons à la base. Les Allemands se veulent aventureux, ils prennent parfois leur temps pour développer leurs idées ("Deep In Your Subconscious" qui ne cesse de progresser, de break en break, pour finalement faire très mal).

Et surtout, ce qui fait la force d’ATROCITY, c’est de ne pas jouer sur l’aspect primaire du Death, le groupe va s’échiner à sortir des sentiers battus, à incorporer des influences plus Jazzy à travers des mélodies ("Life Is A Long And Silent River") ou des breaks ("Fatal Step"), tout en respectant le cahier des charges avec un certain brio quand les circonstances le demandent (le morceau-titre, véritable bourreau pour les cervicales avec ses accélérations et ses ralentissements incessants). Et il y a également ce "Last Temptation" qui va prendre des allures très Gothiques et qui va annoncer une direction pour le futur de la formation, quelques années plus tard.

Outre le concept détonnant à cette époque, nous pouvons donc déjà noter la volonté d’ATROCITY de pousser le Death dans d’autres directions en maîtrisant son sujet et en osant des choses. Sans pour autant parler de musique innovante, les Allemands se voulaient créatifs. Audacieux. Très certainement réfléchis, mais avec une idée très claire de ce qu’ils voulaient faire. S’ils ne retranscrivent pas forcément les émotions, nous vivons la descente aux Enfers de la protagoniste de façon graduelle, mais très vite il apparaît qu’il n’y a que très peu d’espoirs pour elle et l’horreur de la situation se dessine clairement. Sans oser le terme « brillant », ATROCITY est ici « pertinent », une qualité qu’il perdra avec le temps jusqu’à toucher le fond…

Bien que contenant des imperfections qui auraient pu être amoindries avec une production plus lucide, "Hallucinations" est un petit bijou de la première vague Death Metal en provenance d’Allemagne, aussi surprenant cela puisse paraître, ATROCITY ayant par la suite à peu près tout fait pour ruiner sa réputation et faire oublier ses débuts très talentueux. Comme quoi, pour qu’une plaisanterie soit vraiment drôle, il faut qu’elle se base sur un fond de réalité et cette dernière mérite bien un petit éclairage rétroactif. Si vous aimez le Death old school qui ne craint pas d’être autocentré sur un déroulement basique de la formule, n’hésitez pas à jeter une oreille sur ce disque plutôt bien foutu dans son ensemble. Le tout est de savoir quand s’arrêter avec ce groupe…

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   (2 chroniques)



- Alexander Krull (chant)
- Mathias Röderer (guitare)
- Richard Scharf (guitare)
- Oliver Klasen (basse)
- Michael Schwarz (batterie)


1. Deep In Your Subconscious
2. Life Is A Long And Silent River
3. Fatal Step
4. Hallucinations
5. Defeated Intellect
6. Abyss Of Addiction
7. Hold Out (to The End)
8. Last Temptation



             



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