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WITHERFALL - Nocturnes And Requiems (2017)
Par HAPLO le 9 Février 2021          Consultée 412 fois

Il y a certains groupes pour lesquels la première écoute peut se comparer à une vitre que l’on casse. Je m’explique : dans l’enfer doré que constitue la vie d’un kroniqueur sur NIME, l’on est légitiment amené à écouter de nombreux albums à la suite les uns des autres, chacun impliquant une attention et une adaptation certaine au style, son et autres arrangements. Mine de rien, on a parfois tendance à glisser tendancieusement vers une écoute de plus en plus "médicale" avec comme objectif la récolte un tantinet en mode semi-automatique d’éléments qui fourniront le corps de la chronique (que l’on souhaite exhaustive et captivante of course!) mais qui éloignent d’une approche plus naturelle de l’œuvre. Il y a cependant des occasions, assez rares pour que l’on s’en souvienne, ou le plaisir/la surprise de l’écoute prend immédiatement et sans discuter le pas sur tout autre type de considération. On se laisse alors entraîner, glisser, séduire par une musique inattendue… à laquelle on porte une attention dénuée de tout intérêt, et en laissant de côté la moindre arrière-pensée spéculative.

En ce qui me concerne, WITHERFALL fait indiscutablement partie de ce club très très restreint de groupes ayant immédiatement capté mon intérêt et ceci sans prévenir. Combo US formé par deux anciens (talentueux) réformés de WHITE WIZZARD en les personnes du chanteur sans limites Joseph Michael et du guitariste virtuose Jake Dreyer (également connu pour sa participation guitaristique active chez ICED EARTH), ce joli bébé m’a été confié entre deux portes par les vénérables Hautes Autorités NIMIiEnnes quelques temps après mon arrivée dans l’équipe avec ces mots sibyllins mais aux résonances atemporelles : "Hey, Haplo ! ben… On a un truc qu’on a pas pris le temps de chroniquer mais ça a l’air chouettos. Tu peux t’en occuper ?". C’est donc par cette petite porte que WITHERFALL m’est tombé sur le coin de la tête… et m’a tout de suite séduit tant par son histoire que par sa musique.

Une histoire pas commune pour deux sous : après avoir rallié à leur cause le discret mais efficace Anthony Crawford à la basse et surtout l’ultra véloce Adam Paul Sagan derrière les fûts, notre quartette va prendre ses marques sur les compositions biscornues et les textes doux-amers du duo Dreyer-Michael… Et la magie opère ! L’enregistrement de "Nocturnes And Requiems" s’achève fin 2016, à l’issue duquel un cancer du sang emporte sans préavis le batteur seulement âgé de trente-six ans. C’est légitimement une méchante chape de plomb qui s’abat sur la tête des musiciens alors que ce premier opus n’est pas encore officiellement sorti. Ils le dédieront à leur ami. Hasard ou clin d’œil du destin ; la mort de Sagan vient s’inscrire dans la teinte claire-obscure de l’album dont les textes chargés de tristesse, de nostalgie voire de colère, prennent du coup une saveur toute particulière : celle de la grâce d’un moment unique vécu ensemble mais aussi celle, plus tenace, de l’absence.

Une musique qui s’abat comme une gifle sur la joue rose bonbon de l’auditeur : Car WITHERFALL c’est avant tout une déferlante de notes, d’accélérations puis de breaks, de tonalités… de pics et de creux, qui viennent se télescoper sans prévenir et sans demander la permission. De la voix mutante de Joseph Michael qui passe de la caresse au hurlement infernal suraiguë en deux millièmes de seconde, des soli virevoltants speedo-déjantés en saturé ou en acoustique de Jake Dreyer en passant par de belles lignes de basse en embuscade et enfin une batterie que l’on croirait presque vivante tant elle accroche aux lignes rythmiques pour mieux s’entrelacer avec les envolées lead… WITHERFALL sidère et assomme par sa richesse, sa variété de styles, d’ambiances, et plus que tout autre chose par son art consommé de la rupture.

Des ruptures omniprésentes et de toutes sorte sur les six (longs) morceaux composant "Nocturnes And Requiems" (je n’y inclus pas les courts instrumentaux forts agréables par ailleurs…) qu’elles façonnent par leurs enchaînements et cette délicieuse soudaineté qui nous conduit en aveugle on ne sait où : des rythmiques ultra musclées aux résonances vocales veloutées puis hystériques de Michael qui déboulent sur de gentils riffs softly-balayés et très groovy ("What We Are Dying For") jusqu’aux tempi en montagnes russes de "Sacrifice" nous débarquant finalement sur une ligne de basse/batterie calme et chaloupée au crescendo feutré mais foutrement prenante… WHITERFALL nous balade, nous perd, nous raccroche pour mieux nous catapulter dans sa galaxie d’éclairs et d’obscurités. Bluffant !
Cependant que l’on ne s’y trompe pas ! WITHERFALL reste, droit dans ses bottes en cuir-cloutées, un vrai groupe de Metal, dont l’adjectif d’accompagnement reste néanmoins assez dur à identifier (Power ? Prog ? Mélodique ? Speed voire Trash ?) : le combo mélangeant de manière intelligente ces différents courants et y intégrant des sonorités elles-mêmes d’influence plus Pop, Atmo ou encore Hispano (passages et soli en acoustiques, olé !) pour au final faire surgir de ce chaudron bouillonnant une patte artistique indiscutable et une signature unique.

Et ce style décalé/déjanté donne des compositions aux rythmiques serpentines où fusionnent les guitares acérées et la batterie montée sur tourelle rotative de Sagan par lesquelles les accélérations succèdent aux freinages d’urgence quand il ne s’agit pas de pauses plus profondes et respirantes… et où l’ami Dreyer se lâche sur un, deux, puis trois voire quatre soli consécutifs sur un même morceau ("End Of Time") sans que cela ne prenne une tournure de leçon de guitare mais parce qu’il le sent… et que ça passe bien ! WITHERFALL réussit ici le pari d’aligner des titres uniques et captivants, chacun ayant sa propre ambiance… du très percutant "Portrait" à l’atmosphère sombre et hargneuse à souhait en passant par l’apaisant "The Great Awakening" pour finir sur le tonitruant "Nobody Sleeps Here" qui m’a personnellement initié aux montagnes russes métalliques. La musique se veut vivante, la maîtrise technique y est époustouflante de justesse tout en étant auréolée d’une mise en place irréprochable, bref WITHERFALL nous saute à la gorge pour nous traîner dans son monde à la fois violent et doux-amer, ceci avec un talent consommé… Ce qui est d’autant plus frappant avec un premier album : du grand art !

Alors certains mauvais coucheurs ne se priveront pas d’indiquer que toute cette turbulente matière n’est pas exempte de certaines longueurs, qu’à vouloir en faire trop ou à ambitionner d’unir les opposés, on finit par tomber dans une surenchère démonstrative permanente, qu’un brin de linéarité bourrine, ça défoule en reposant les oreilles… Et même si je n’adhère pas de facto à leurs avis, il n’empêche qu’on ne peut pas prétendre bêtement qu’ils aient complètement tort. Car à l’image d’un Jake Dreyer qui ne cesse d’enchaîner des soli véloces longs et techniques, quand il ne s’agit pas de rythmiques martelantes ou mitraillées, WITHERFALL pêche un tantinet par excès de zèle : ils sont à fond. Tout le temps ! Ce talentueux tourbillon métallique aux ambiances très marquées réclame clairement une certaine qualité d’écoute et ne s’adresse donc effectivement pas au premier gentil touriste venu pour admirer les boiseries. "Nocturnes And Requiems", comme souvent les œuvres où la richesse côtoie l’originalité, exige un minimum d’adaptation et surtout d’attention… ou alors on est chanceux comme je l’ai été : c’est l’attrait immédiat pour une musique décalée et qui devient rapidement addictive.

Mêlant la fiction de la composition à la triste réalité de l’adieu à un ami, WITHERFALL livre avec "Nocturnes And Requiems" un premier album troublant, original et très cohérent. Les musiciens y imposent un style fort de ses ruptures et de ses mélanges, une signature unique, et entraînent l’auditeur dans un voyage tant déconcertant qu’attrayant. Ce premier chapitre fondateur inaugure au plus juste une carrière qui se construira (en tous cas à ses débuts) sur la souffrance du deuil puis sur la nécessaire reconstruction qui s’en suit. Le talent mis à assembler ces éléments en fait un album à part. À écouter d’urgence pour les sympathisants du combo !

Seul sur la lande venteuse et froide du monde jaunâtre de WITHERFALL, je trouve finalement refuge sous un arbre mort près d’une tombe. J’y surprends une Dame voilée de son deuil qui s’enfuit à ma venue. Je pose en silence un respectueux 4/5 sur la stèle en espérant que la belle histoire n’est pas achevée et qu’elle poursuivra son voyage vers la clarté.

- pour le tour de grand huit et les loopings  : "What We Are Dying For".
- pour le crescendo basse/batterie : "Sacrifice".
- pour le mariage parfait des arpèges et des riffs : "End of Time".

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   HAPLO

 
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- Joseph Michael (voix, claviers,textes)
- Jake Dreyer (guitares, composition, textes)
- Anthony Crawford (basse)
- Adam Paul Sagan (batterie)


1. Portrait
2. What We Are Dying For
3. Act Ii
4. Sacrifice
5. The Great Awakening
6. End Of Time
7. Finale
8. Nobody Sleeps Here...



             



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