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CHRCH - Light Will Consume Us All (2018)
Par NEURO6 le 21 Mars 2020          Consultée 333 fois

Sacramento, moins de sept mille habitants en 1850, plus de cinq cent mille aujourd’hui. Ville de la côte Ouest des États-Unis située en Californie, elle est née de la Ruée vers l’Or. Sacramento est située dans une dépression bordée par les chaînes côtières du Pacifique qui captent l’essentiel des précipitations. Ainsi, la vallée de Sacramento jouit d’un climat sec et chaud. En bref, l’été, le soleil écrase la terre de ses rayons.
Dépression et chaleur, une double approche qui correspond bien à CHRCH, le local de l’étape : cela méritait bien une digression géographique !
Car c’est bien cette touffeur, ce soleil écrasant et ce vent sec qui animent les paysages sonores du Doom torturé de CHRCH. Ayant fait irruption en 2015 avec leur premier album "Unanswered Hymns" sorti chez un label aujourd’hui disparu (Battleground Records), les Californiens s’étaient fait remarquer par la qualité de cette première messe noire. Ils ont donc logiquement récidivé en 2018, cette fois-ci chez Neurot Recordings, excusez du peu. Gage de qualité, mais aussi annonciateur de sonorités hybrides et expérimentales, le label a-t-il flairé le bon coup en ouvrant la porte au quintette californien ?

"Light Will Consume Us", un titre qui annonce le programme : avec ses riffs brûlants, sa basse enflammée et sa batterie qui vous cogne comme le soleil au zénith, CHRCH propose ici quarante-cinq minutes de « Desert Sludge ». Car il n’est pas question ici que de Doom, ce serait bien trop simple : CHRCH officie en effet dans un mélange de Sludge atmosphérique et de Post Rock (comme sur "Infinite Returns"), et puise dans le Doom Death ("Portails") voire le Post Black ("Aether") pour parfaire son identité.
Avec trois quarts d’heure de musique mais une tracklist limitée à seulement trois morceaux, il serait vain de vouloir les passer individuellement en revue, d’autant que le premier titre pèse plus de vingt minutes. Élaboré en entonnoir, l’album débute donc par le titre le plus prolixe, "Infinite Returns", et ses vingt minutes. Contrairement aux autres morceaux, il commence par une looongue introduction qui occupe un quart du morceau. Le temps de s’imprégner de l’ambiance par une montée lugubre à la guitare. L’occasion aussi pour Eva Rose, la grande prédicatrice du groupe, de commencer à poser ses complaintes. Progressivement, elle nous montre l’étendue de sa palette vocale, transitant d’un chant funeste à des cris de plus en plus éraillés, jusqu’au death growl. Le son se fait de plus en plus lourd et saturé, Ben Cathcart et Adam Jennings, à la basse et à la batterie s’en donnant à cœur joie, tandis que le duo de guitares de Chris Lemos et Karl Condtz finissent de bétonner nos conduits auditifs.

L’écoute de l’album s’apparente donc à une éprouvante traversée dans un univers sombre et désertique. Mais malgré des moments d’intense obscurité, que l’on trouve notamment dans le morceau "Infinite Returns", ascension qui atteint son point d’orgue autour de huit minutes, la lumière est toujours au bout du tunnel. Cette approche rappelle un autre groupe de Sludge de la Côte ouest, YOB, avec qui le groupe de Sacramento partage quelques sonorités, comme sur les débuts tonitruants de "Portals", où les riffs sont plus gras que les menus des restos mexicains de la West Capitole Avenue.

Le groupe joue donc avec les contrastes, puisque les moments de calme (intro du premier morceau, l’interlude à onze minutes où Eva Rose s’illustre par son chant divin) côtoient les passages déchaînés. Les ambiances plombées et macabres (début de "Portals" qui oscille entre Doom-Death et Dark), laissent place à des atmosphères plus lumineuses. Ce schéma – accumulation jusqu’au cœur des morceaux, atteinte d’un point de bascule et libération brutale – est repris dans les trois morceaux pour nous faire constamment passer de l’obscurité à la lumière.
Cela permet à CHRCH de varier les styles, empruntant au Drone et au Heavy, comme à la fin du premier morceau, avec ses solos de guitare, lointains et spectraux, mais résolument positifs, ou sur "Portals", précédent l’épilogue du morceau. Le dernier morceau est plus singulier, ouvrant dans un registre Gothic Doom, avec son atmosphère aérienne, comme le titre l’indique, longue descente aux enfers brutalement stoppée par un vacarme Post Black en clôture du morceau. Le soin apporté à la recherche constante de la mélodie est partout perceptible.

L’apport principal de CHRCH est le chant schizophrénique d’Eva Rose, qui excelle dans chacun des registres qu’elle aborde. Les deux guitaristes Chris Lemos et Karl Condtz viennent parfois l’accompagner, en growl ou en chœur (comme sur "Aether"), apportant de la variété à trois voix. Mais si le groupe maîtrise les ambiances lugubres et surtout les passages Sludge, toujours accrocheurs, il se laisse parfois dépasser par la sinuosité des morceaux qui n’ont rien à envier au réseau de vallées de la Sierra Nevada. Certaines phases tirent peut-être un peu trop en longueur, même si elles sont de qualité (interlude de "Infinite Return"). De même, la grande hétérogénéité stylistique peut donner le sentiment que CHRCH s’éparpille : le grand écart entre le tumulte Sludge de "Portals" et le final effusif de "Aether" peut décontenancer l’auditeur. À cet égard, leur premier album paraît plus direct, malgré la longueur des morceaux (jetez une oreille à "Dawning", peut-être plus simple dans l’approche, mais résolument plus rentre-dedans).
Sans être passé à côté, car "Light Will Consume Us All" demeure un bon album, CHRCH a peut-être perdu l’instantanéité qui accompagnait la fougue de sa jeunesse. Pas de quoi enterrer les Californiens toutefois : adossé à cet excellent label et lancé par deux premiers albums encourageants, il est certain que l’on peut compter sur eux pour la suite.

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- Eva Rose (chant)
- Chris Lemos (guitare, chant)
- Ben Cathcart (basse)
- Adam Jennings (batterie)
- Karl Cordtz (guitare, chant)


1. Infinite Return
2. Portals
3. Aether



             



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