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BLACK METAL / MATH  |  STUDIO

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SERPENT COLUMN - Mirror In Darkness (2019)
Par ISAACRUDER le 10 Février 2020          Consultée 1334 fois

Au Bal des Lâches édition 2020 la jeune Mila est assise dans un coin et diffuse en direct live de la Chaise Diable à tous ses abonné.e.s. Elle plaisante avec ses amies, elles parlent maquillage, couleur de cheveux, les Anglais qui débarquent. Bref, c'est la grosse déglingue. Elles commentent les mecs qui passent, comme le François, avec son costard de macroniste, énième cadre dynamique avide de petits fours et de champagnes inaccessibles au prolo moyen. En parlant de prolo, le Raoul débarque, du fond du Limousin, il a l'espérance de briller dans le Bal des Lâches, son manager en relations parisiennes lui a dit que s'il pouvait gober trois avocado-toasts en moins de cinq minutes il marquerait des points dans le game de la modernité. Puis il y a Manu, un des organisateurs, qui a planifié une chasse au trésor spéciale retraite. Un panier planqué dans la salle des fêtes avec une rosette, un bloc de foie gras, deux paquets de Maltesers et un droit à la retraite. Mila et ses amies observent ces trois beaux gosses, elles s'amusent à les comparer. Enfin il y a Aziz qui débarque, il est pas mal BG lui aussi, mais Mila n'aime pas trop le type arabe, pas son délire. Certaines de ses amies protestent, il est quand même pas mal Aziz, et puis plusieurs gars maghrébins qu'elles connaissent sont franchement chauds. Honnêtement Mila, ce serait pas un peu raciste mdr jure ? Elle commence à se défendre, elle ne peut pas être raciste, de temps à autre, elle achète un kebab à cinq euros sans les frites. La conversation s'anime, on en vient à parler islam, et Mila s'exprime avec le niveau que lui a donné l'Éducation Nationale : elle fait mine de poser une grosse pêche sur un Coran fictif. Tout le monde est mort de rire, ça buzz à mort sur le stream. Mais Aziz a tout vu, et il s'approche pour déboîter des bouches. Il accuse Mila avec un talent oratoire héritier de Jean Jaurès : "critique pas la religion salope le sheitan sur ta vie la morte grosse pute". Dans la salle des fêtes on sent que l'attention est captée par ce petit bout de vie nationale atypique. Certains prennent des photos, beaucoup se rassemblent pour comprendre ce qu'il se passe. Tandis que Mila essaye de se défendre, il apparaît clair que cette radasse ne peut être que de droite. Cyril Hanouna, de son smoking casher vêtu, tente de lui mettre des crevettes dans le slip. La ministre de la Justice l'accuse de blasphème, Ségolène Royal parle très mal inuit, Martine Aubry vante son bilan piscine à Lille, et on voit Caroline de Haas qui essaye de s'éclipser en douce en jetant son pin's "Féministes jusqu'au bout" !

Au Bal des Lâches les masques tombent. Dans la salle des fêtes, les murs transpirent la lâcheté du troupeau qui bêle dans la salle. Tandis que l'ambiance s'échauffe, personne ne remarque que SERPENT COLUMN a remplacé le groupe d'Opéra Trap qui devait se produire avec le concours du Ministère de la Culture. Dans cette salle satanique, SERPENT COLUMN s'est téléporté, comme attiré par la crasse de l'endroit. Son Black Metal chaotique va pouvoir rythmer la danse des lâches, entraîner les corps suintants d'hypocrisie dans une valse au rythme décadent. La salle du Bal devient un transport gigantesque, Hanouna fout Mila sur une chaise en première loge du manège, il lui colle un appareil sur la tête pour lui ouvrir grand les yeux comme dans Orange Mécanique. Elle a gâché la Fête, il faut qu'elle voie le monde, qu'elle absorbe le réel tel qu'il est devenu, qu'elle l'accepte. En avant la musique.

Il est certain que dès les premières notes de "Promise Of The Polis", Mila sait qu'elle va prendre un roundhouse kick plus rapide qu'une volute de shisha. Les blasts infernaux côtoient des riffs aux allures de couloirs serpentins que Mila et la bande traversent, des couloirs envahis par des cloportes gros comme mon pouce et avec la tête possédée de Castaner. Tandis que les riffs évoluent vers un délire Math époque BOTCH, on voit les cloportes-Castaner enfourcher des vélibs et partir à la conquête du Grand Paris. ce dernier est devenu un gigantesque terrain de jeu pour Ratatouille et ses potes. Le riff punitif final, totalement débile, dévoile la nouvelle architecture de la ville : à la place des buildings haussmanniens incroyables se dressent des sapins de Jeff Koons sur lesquels les citoyens peuvent écrire des messages d'amour et d'universalité, accrocher des cadenas d'amour, coller des photos de couple. L'Enfer est total, dans la salle du Bal et en dehors, il n'y a plus que les Lâches et les Fous. SERPENT COLUMN est décidément le groupe parfait de la Fin du Monde, avec ses incursions superbes sur le terrain de jeu de DEATHSPELL OMEGA et ses savantes mélodies constamment étouffées par la brutalité d'une production sauvage et infernale comme un débat de l'Assemblée Nationale. "Apophenia" est certainement la bande-son ultime de l'Apocalypse, celle du spectacle magnifique présenté par Hanouna à Mila la dissidente d'Instagram. Les riffs assassins s'y déploient comme des armées de chinois en Afrique, la batterie est un torrent de matraques dans la gueule d'un gilet jaune, les cris du chanteur donnent le sentiment d'avoir réussi à cloner Manuel Valls en quarante exemplaires et de leur avoir fait enregistrer un best-of de ses meilleurs tubes. La putaing violence mon fada ! Chaque riff te cloue au pilori avant que le suivant ne vienne te rappeler une douleur plus féroce encore. SERPENT COLUMN est la bande-son quotidienne du Français moyen, un mélange terrifiant entre ULCERATE et The DILLINGER ESCAPE PLAN. La progression de ses compositions suit une logique parfaite : achat d'une voiture ? Non finalement c'est pas bien la voiture, taxation de l'essence. Achète électrique ! T'as pas les moyens, tu manifestes ? Matraque sur ta gueule mdr ! Tu passes trop de temps à l'hôpital car le budget fond au profit de Macron et ses potes ? Ferme-la !

Aucun répit dans le monde moderne, tout va vite désormais, les raclures de fond de chiotte, si vous ne vous adaptez pas au libéralisme, il ne s'adaptera pas à vous. Allez me remplir les quotas de violences policières et choisissez entre le pistolet ou la mise au pas. Crevez en silence. Le monde est une gigantesque toile de Jackson Pollock que l'on doit créer avec votre sang. Les puissants prennent le pinceau, giclent toute leur créativité sur la toile vierge, et tant pis si on en fout à côté, c'est de l'art bordel ! La vraie violence en 2020, SERPENT COLUMN l'a comprise, loin de tous ces plumeaux qui blastent sans fin ! Comment peut-on ne pas s'extasier devant "Detainment" ou "Ausweg", des déluges implacables de Black Metal et de plans mathématiques impressionnants de maîtrise ? Pourtant, SERPENT COLUMN transperce ce chaos terrifiant de mélodies somptueuses, à l'instar de certains groupes islandais impériaux, tels MISTHYRMING ou SINMARA. Il n'y a qu'en France, terre hanounesque, avec PLEBEIAN GRANDSTAND, ou aux États-Unis, terre trumpienne, avec SERPENT COLUMN, qu'un tel Black Metal peut naître, dans la violence du quotidien, les abandons successifs à la raison, la trahison des élites, la botte qui écrase constamment la gueule du prolo moyen, les riches qui suppurent le mépris de classe dans les grands médias vendus au Capital et bien évidemment partenaires du Bal des Lâches ! SERPENT COLUMN est à la fois le symptôme d'une société malade et le vaccin. Car quand "Warlords Of The World To Come" vient abrutir une nouvelle fois l'espace, on se plaît à voir une révolution, les couilles de tous ces collabos en brochette, Léa Salamé en PLS dans une rue crasseuse, Christophe Barbier pendu avec son écharpe sur un réverbère quelconque, toute la rédaction de BFM en gangbang avec le réel qui les rattrape, et qui leur envoie des mollards de Black Metal irrespectueux à la gueule.

Comme toujours, je m'égare. Face à ce type d’œuvres hallucinées, impossible de ne pas retomber dans mes visions torturées de la France. Cette fois c'est Mila qui jouait la petite Alice aux pays des merveilles, avec Cédric Villani en Cheshire Cat et Nicolas Hulot en Chapelier fou, persuadé d'avoir réussi la transition énergétique. Cette époque de mongols aura ma peau, assurément. Mais il restera toujours la contemplation esthétique, comme le disait ce bon vieux Schopenhauer. SERPENT COLUMN permet ainsi le double exploit de me rappeler violemment à un réel protubérant, comme s'il était l'incarnation parfaite de la stupidité et de la brutalité de l'époque, mais aussi à m'en éloigner, happé par les fulgurances de sa musique, technique, mélodique, et impressionnante de créativité. Cet album dément est assurément une des meilleures offrandes de l'année 2019, l'un des meilleurs remèdes à la dépression tant la violence dégagée par cette oeuvre noire pénètre chaque recoin de l'esprit et l'empêche de divaguer. Vous aurez certainement une transe, avec l'impression forte de descendre dans le terrier de l'Enfer, comme si Epstein vous obligeait à faire du toboggan sur son île et que vous entendiez Bill Clinton au loin danser en talons hauts mais disons-le sans détour : tandis que 2020 commence de façon merdique, il est bon de revenir vers ce "Mirror In Darkness" sorti à la transition vers la nouvelle décennie, rappel éternel d'un impossible changement d'époque.

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- Theophonos (tout)
- D. Lyons (invité)


1. Promise Of The Polis
2. Ausweg
3. Seinsvergessenheit
4. Apophenia
5. Amphiclasm
6. Detainment
7. Mirror In Darkness
8. Lotophagia
9. Warlords Of The World To Come
10. Mεταγενέσ&



             



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