Recherche avancée       Liste groupes



      
METAL INDUS PLANANT   |  STUDIO

Commentaires (1)
L' auteur
Acheter Cet Album
 

 

- Membre : Blut Aus Nord

YERÛŠELEM [YERUSELEM] - The Sublime (2019)
Par POSITRON le 22 Avril 2019          Consultée 1918 fois

On savait tous, lui-même y compris, que Vindsval commençait à s'enfoncer sous la double pression, par la gauche de l'illustrissime nom de BLUT AUS NORD, et par la droite des impératives obligations du Metal Noir. Ce n'est plus à ce stade une information mais un constat, le principal intéressé l'avoue lui-même à demi-mot dans ses entrevues sur divers webzines à travers l'internet des Metaux. Et le voilà d'avancer dans un grand mélange flou de projets annoncés sous ou hors le nom BLUT AUS NORD, projets dont la majorité ne se concrétisent pas, affirmant vouloir naviguer en dehors du Black Metal, d'abord plus subtilement (la progression des "777") puis ouvertement et en bon Français mais comme dépendant de ce genre musical dont il a hideusement déformé les contours pour lui faire accoucher de certains des plus grands disques français.

Alors, replongeant comme un drogué d'abord pour des brefs shots expéditifs (la série des "Liber"), se mentant à lui-même en s'écartant de la dissonance pour sortir un troisième "Memoria Vetusta" – solide mais bien loin du second – et puis envoyant valser son sevrage pour sortir "Deus Salutis Meæ". C'est-à-dire un disque convenable mais un disque timide, assujetti à la formule disso-BLUT discrètement saupoudrée ici d'un peu d'Indus, là d'un peu de Death Metal, sans qu'on ne distingue réellement l'origine du mal et pour tout dire, craignant d'apercevoir dans ce disque la peur, la flemme ou – bien pire – l'incapacité de s'en sortir.

Si vous rattrapez les dix dernières années de Vindsval en ces pénibles (*) paragraphes il est fort probable que vous prédiriez le pire si vous n'aviez discrètement miré le nombre d'étoiles avant de cliquer – et l'on pouvait effectivement en hommes de peu de foi craindre le pire ! Mais dans un moment de lucidité et au prix d'un sacrifice que j'estime bien dérisoire – la perte de son image d'entité surhumaine, transcendante, et comme il la désirait "sans ego" – Vindsval a gagné et je suis une bien heureuse sorte de perdant. En d'autres termes : Alleluia cet album tue.

Cela fait une bien longue introduction et vous êtes sans doute à la recherche d'un peu de substance après cet interminable récit : ne cherchez plus car la voici. Si les processus internes de composition à l'origine de l'album me sont à mon immense regret inconnus on reconnaît instantanément la patte BLUT AUS NORD dans la mélodie, l'harmonie, l'ambiance et le son. Quiconque est familier avec le groupe reconnaîtra sans peine le layering, le chant enfoui au milieu des instruments ainsi que le contraste entre les dissonances et l'élégance des leads tour à tour vaporeux, orientaux ou gémissants.

C'est en revanche une chair revêtue sur une ossature que je pourrais par jeu relier à l'EP "Thematic Emanation..." mais qui révèle – s'il le fallait encore – un amour profond pour l'Industriel et en particulier pour l’œuvre de Justin Broadrick et de son GODFLESH. C'est également une chair purgée de ce que l'on aurait pu croire être indissociable de Vindsval : le Black Metal. Pas de blast, pas de second wave, pas de tremolo picking, pas de hurlements et autre raclements de gorge, "The Sublime" est l'achèvement d'une démarche commencée avec "Desanctification" et surtout "Cosmosophy" qui témoignaient déjà d'une substitution progressive du Black Metal et des ténèbres par le Dub, l'Indus et la lumière.

Même si le découpage de l'album est cohérent et logique j'aurais aimé commencer par "Joyless" pour l'impact et pour le symbole : croyais-je en avoir fini avec Vindsval, que quelques glitchs plus tard la machine infernale se met en marche à grands coups de beats industriels et de riffs sous-accordés GODFLESH-iens et semble ne plus pouvoir s'arrêter, superposant sa volonté d'écraser l'auditeur avec sa volonté de le placer en orbite. Ce faisant et malgré le titre que je vous exhibe, l'album est remarquablement homogène, fluide même, chacune de ses parties ne se montrant jamais sous un meilleur jour qu'unies en une expérience d'hypnose totale – sans doute pourquoi les "singles" ne m'avaient pas tant passionné que le disque entier.

Il s'agit peut-être d'un nouveau projet avec un nouveau nom dans un nouveau genre mais nous avons là ce que Vindsval a fait de mieux depuis les "777", voire peut-être depuis MV2 (**), je vous enjoins donc très vivement à vous y intéresser. Et si vous avez trouvé ce texte consacré à l'un de mes artistes préférés étrangement court, sec et terre à terre c'est parce qu'il possède une seconde partie bien plus fantasque que je vous invite à lire si vous êtes déjà familier avec l’œuvre de BLUT AUS NORD et que vous tenez vraiment à me voir pisser de la phrase.

_ _ _ _


Soyez avertis, lecteurs inconscients : vous entrez ici dans le domaine de l'interprétation la plus spéculative. Sauf coup du sort ou maladresse de ma part rien de ce que vous allez lire ici ne devrait avoir d'autre source tangible que de très vagues indices semés au fil des interviews pour nourrir mon obsession de fanboy éperdu. Ne me croyez pas sur parole – ne le faites pas de façon générale mais encore moins ici – car j'ai toutes les chances de me tromper. Oubliez "Ghöst" et "W. D. Feld", pseudonymes que je soupçonne depuis longtemps de ne pas dissimuler d'individus (***) mais plutôt des ordinateurs, des musiciens de session voire probablement le vide, nous allons parler ici uniquement de Vindsval et de ses projets.

Vindsval crée VLAD en 1993 à Mondeville en Basse-Normandie, qui sortira deux démos avant de devenir BLUT AUS NORD pour sortir un premier album dans la continuité de celui-ci. Entre 1993 et 1996, la fraction des paroles publiées (notamment tout "Fathers Of The Icy Age") ainsi que les titres des chansons ne laissent pas de doutes quant aux thématiques du projet : on est dans le classique pagano-viking scandinave, Yggdrasil, le Bifrost, la guerre, les corbeaux etc.

C'est après 1996 que Vindsval va tourner le dos à Odin et commencer à développer une esthétique plus complexe que certains qualifieront même d'intello, ironiquement en sortant "The Mystical Beast Of Rebellion", ouvertement pensé comme un retour au caractère primitif du Black Metal, sans paroles publiées et sans vrais titres de chansons. C'est à peu près à cette période que Vindsval jusqu'ici ordinairement anonyme, va réellement concevoir son projet comme inhumain et désincarné, œuvre d'ouvriers sans visage ni identité et c'est paradoxalement à ce moment-là qu'il va commencer à insuffler dans le groupe quelque chose de plus personnel.

Ce qui a fasciné le public dans tout le mystère autour du Black Metal, les déclarations incompréhensibles, les pseudonymes, les one-man band, les interviews rares et fantasques, les photos au mieux incompréhensibles au pire inexistantes c'est un effet bien connu de tous les arts visuels : moins le spectateur en perçoit, plus il y a de choses à imaginer. Pour le Norsk Black Metal en son temps et pour BLUT AUS NORD encore aujourd'hui, le peu d'informations à disposition ne permet à l'auditeur de ne dessiner que la silhouette des musiciens qu'il écoute, silhouette dont l'intérieur reste à remplir par l'imagination et l'investigation.

Il était bien plus difficile de comprendre BLUT AUS NORD dans son ensemble il y a dix ans où le peu de communication mettait surtout en avant l'aspect intellectuel et contextuel du groupe, qu'aujourd'hui ou on peut lire à propos de "MoRT" "composer ce genre d'album est une aventure douloureuse et éprouvante dans laquelle tu ne peux pas te plonger si tu vas bien". Confirmation noir sur blanc de ce qui sautait déjà à la figure à l'écoute de l'album : "MoRT" c'est le fond, l'abîme du monde et de l'état mental humain.

On peut alors deviner, dessiner autour de chaque œuvre de Vindsval son état et son cheminement spirituels et mystiques ainsi que bien sûr ce qu'il en souhaite exprimer. Sans rallonger ce texte de trois paragraphes par album depuis 93, il est aisé de voir la dimension supplémentaire que confère cette interprétation à la musique, à quel point on peut s'y identifier, à ce qu'elle véhicule si l'on se reconnaît dans un tel parcours.

Et pour en revenir à "The Sublime", ce qui pourra étonner l'auditeur attentif qui reconnaîtra nombre d'éléments en provenance des "777" c'est le traitement de la dissonance qui semble avoir perdu tout son venin. La dissonance n'est plus ici évocatrice de mal, de trouble, de mort mais plutôt d'un mystère, d'un inconnu, d'un extra-humain qui a cessé d'être hostile et se contente d'être dans un état de repos. Toute forme de ténèbres subsistant dans l'album n'est que passagère, éphémère et assurée d'être bientôt dissipée.

J'ignore la véracité ou la crédibilité de tout ce que je viens d'énoncer et je doute que Vindsval malgré son talent ait pu anticiper ce qu'est devenu BLUT AUS NORD aujourd'hui et en particulier qu'il ait pu prévoir que la part anonyme et désincarnée de son projet se métamorphose sous l'interprétation hasardeuse d'un jeune branleur de ligne sur internet en un moyen de refléter l'abstraction mystique et la polymorphie du doute.

C'est pourtant parce que telle est la façon dont je conçois cette musique que je pense que malgré ses qualités musicales indépendantes propres à convaincre l'amateur de mysticisme et d'industriel, "The Sublime" ne pourra réellement se révéler qu'à l'auditeur chevronné de BLUT AUS NORD, parce que je ne peux comprendre sa place que comme extension de la discographie de Vindsval, c'est-à-dire comme nouvelle étape – et non une fin – d'un cheminement spirituel.

Une étape dont les détails exacts ne nous seront bien sur pas communiqués. Possiblement le retour à un monothéisme abrahamique (Babel comme lieu de confusion, Jérusalem comme lieu de rédemption, de "sublime" rencontre avec le divin) mais c'est loin d'être la seule interprétation possible. Une étape dont les détails exacts ne nous sont pas connus mais dont la substance transparaît à travers cette musique, la possibilité de trouver quelque chose après avoir erré aux confins de la terre et d'avoir souffert au plus profond de ses abysses, la possibilité d'une forme de sérénité, d'une forme de plénitude, d'une forme de paix.

_ _ _ _

* Un petit peu exagérés, je brode pour les besoins de la chronique.
** Il me faudra bien plus de temps pour décider.
*** Toutes mes excuses à eux s'ils existent bel et bien.

A lire aussi en METAL INDUS :


MINISTRY
The Land Of Rape And Honey (1988)
La révolte des machines




Rob ZOMBIE
Hellbilly Deluxe (1998)
I'm your superbeast !


Marquez et partagez






 
   POSITRON

 
  N/A



- Vindsval (guitares, basses, chant, synthétiseurs)
- W.d.feld (percussions, synthétiseurs)


1. The Sublime
2. Autoimmunity
3. Eternal
4. Sound Over Matter
5. Joyless
6. Triiiunity
7. Babel
8. Reverso
9. Textures Of Silence



             



1999 - 2019 © Nightfall.fr - Comment Soutenir Nightfall ? - Nous contacter - Webdesign : Inox Prod