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DEATH METAL  |  STUDIO

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BÆST [BAEST] - Danse Macabre (2018)
Par T-RAY le 4 Mars 2019          Consultée 1183 fois

Il y a de ces albums qui ne révolutionnent en rien le genre musical auquel ils appartiennent mais dont la conformité aux attentes du public quant au respect des fondamentaux dudit genre est parfaitement réconfortante. Mieux : la façon dont ce type d'albums s'appuie sur ces fondamentaux pour atteindre un haut niveau d'efficacité formelle est proprement jouissive. La langue anglaise dispose d'ailleurs d'un excellent verbe pour décrire le fait qu'un individu, un groupe, une œuvre, réponde exactement aux attentes : “to deliver”. “He delivers”, en version française, signifie “il répond aux attentes” mais de façon à la fois plus précise et plus élevée. Ce n'est pas “il magnifie” mais on n'en est pas loin. “Il” fait bien mieux que “s'exécuter”, en tout cas.

Avec son tout premier album, "Danse Macabre", BÆST “delivers”. En à peine 33 minutes de Death Metal à la nordique d'un classicisme absolu, la formation danoise ravit et emporte le morceau. C'est beau comme une victoire militaire remportée selon le plan de bataille établi au quartier général. La langue de Shakespeare nous gratifie aussi d'un adjectif propre à qualifier les musiciens du groupe sur cet opus : ils sont “focused”. C'est-à-dire totalement “concentrés” sur leur objectif et sur la façon de l'atteindre sans coup férir. Nous avons affaire, avec "Danse Macabre", à un effort de groupe plein et entier. Le quintette joue comme un seul homme, ce qui contribue à offrir au Death Metal du combo un aspect massif et monumental – au sens architectural du terme – qui force le respect.

L'intensité de l'interprétation de ce commando infernal est réellement remarquable. Je parlais de fondamentaux quelques lignes plus haut et c’est vrai : chacun des cinq musiciens dévoile une maîtrise parfaite de la façon de jouer de son instrument pour le conformer à une forme d'archétype Death Metal. Écoutez donc les guitares de Lasse Revsbech et Svend Karlsson, qui cisaillent méchamment (quel usage de la pédale Boss HM-2 !) lorsqu'elles accélèrent au travers des lignes ennemies – ici, la chrétienté – puis imposent leur pesanteur avec muscle lorsque le tempo ralentit, car celui-ci est plus souvent moyen que soutenu. Aucun ange ne semble pouvoir leur échapper. Et lorsqu'un solo surgit pour attraper au vol celui qui pensait pouvoir s'enfuir, l'éclair guitaristique qui lacère l'espace sonore n'est ni original, ni particulièrement technique, mais il est d'un à-propos diabolique. Et putain d'efficace !

Entendez aussi cette section rythmique entièrement solidaire des élans des deux six-cordistes et en osmose avec les attaques vocales. La basse de Mattias Melchiorsen, qui gronde et vrombit en soutien. Et la batterie de Sebastian Abildsten, qu'on pourrait qualifier avec paresse de batterie de missiles mais qui est bien plus que cela, dans le sens où elle ne compte ni sur la vitesse à tout crin, ni sur l'explosivité de ses blasts pour imposer son autorité sur l'adversaire, mais sur sa justesse. Même l'aspect caricatural des paroles des morceaux, basiquement blasphématoires, est transcendé par l'emphase dont bénéficient les textes au travers des vocaux impériaux de Simon Olsen. Son growl profond et articulé, son impeccable tenue de la note, le cœur et l'âme qu'il met dans chaque ligne éructée résonnent comme un accomplissement pour l'ensemble du travail fourni par ses acolytes. La production, ardente et organique, ajoute à la profondeur de l'opus.

Je vous vois venir d'accuser BÆST de débouler avec ses gros brodequins usés sur les sentiers pourtant plus qu'arpentés du bon vieux Death Metal scandinave du début des années 90… Mais je ne vous donnerais raison que si c’était mal fait ou approximatif. Or, "Danse Macabre" n'est ni l’un, ni l'autre. Il se charge en outre d'une tension dramatique et d'une atmosphère occulte que les passages de guitare classique disséminés çà et là contribuent à tisser. À vrai dire, ceux-ci me rappellent quelque peu l'usage que faisait DISSECTION de l'instrument sur les interludes mediévisants qui illuminaient "The Somberlain" d'un clair de lune nostalgique. Un fort joli compliment, même si BÆST n'atteint tout de même pas ici le niveau de grâce maléfique du chef d'œuvre des Suédois.

Je sais, je ne vous ai cité aucun morceau en particulier pour soutenir mon propos sur ce premier album de BÆST. Mais c'est logique car, si vous avez bien lu cette chronique, c’est à un effort total que nous avons affaire ici : la victoire d'un contingent de soldats du Death Metal à l'ancienne tout ce qu'il y a de plus ingénieux pour mettre en œuvre leur science du combat. Mettre en exergue un titre au détriment d'un autre revient à nuire à l'effort collectif superbe réalisé ici. Extraire de l'ensemble la performance d'un seul musicien revient également à diminuer l'importance que chacun a eu dans la réussite de ce premier album. Ce serait comme attribuer le succès d'une mission de L'Agence Tous Risques au seul Fûté ou à l'unique Barracuda, à l'insaisissable Looping ou au tenace Hannibal… Cela n'a aucun sens tant que L'Agence s'en sort et que la mission a été accomplie.

Et accomplie, la mission de BÆST l'est sans conteste. “J'adore quand un plan se déroule sans accroc !”

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   T-RAY

 
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- Simon Olsen (vocaux)
- Lasse Revsbech (guitares)
- Svend Karlsson (guitares)
- Matthias Melchiorsen (basse)
- Sebastien Abildsten (batterie)


1. Crosswhore
2. Hecatomb
3. Danse Macabre
4. Atra Mors
5. Messe Macabre
6. Ritual
7. Vortex
8. Ego Te Absolvo



             



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