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SACRED SON - Sacred Son (2017)
Par T-RAY le 7 Février 2018          Consultée 1797 fois

“Me, Myself And I.” Le Black Metal a toujours été une forme de glorification de l’individualisme, de l’égotisme, même. Normal, ce sont là des “vertus” célébrées par le satanisme LaVeyien, et par d’autres “chapelles” de ce culte aux multiples facettes. Sans réduire le Black Metal au(x) seul(s) satanisme(s) – là encore, les divergences d’approches spirituelles étant grandes entre les artistes de Black, de l'athéisme forcené d’un OTARGOS à la dévotion chrétienne de l’Unblack Metal d’ANTESTOR, entre autres – reste que ce mouvement musical érige en absolu le “moi”.

Sur son premier album, le Britannique Dane Cross, alias SACRED SON (il aurait mieux fait de s’appeler HOLY CROSS…), place cette idée d’individualisme au cœur de tout. Et la replace dans l'air du temps, aussi. “Me, My Selfie and I”. La pochette ne trompe pas, bien qu’elle fasse sourire. Eh ouais, les blackeux aussi aiment passer leurs vacances au soleil du bord de mer ! “So pure! So hot!” Mais l’artiste ne s’y serait pas mieux pris que de cette façon pour affirmer que SACRED SON, c’est lui et lui seul. Personne d’autre à la manœuvre.

Effectivement, sur ce premier album, éponyme, Dane Cross joue l’ensemble des instruments, violoncelle excepté, qui n’est de toute façon présent que sur un titre. Et malgré sa tronche de gendre idéal, le garçon interprète ce Black Metal en respectant à la lettre les codes du genre, ceux établis bien au nord de l’Europe. Heh, “Dane” était bien le nom donné aux Danois – des Vikings venus en réalité du Danemark ET de Norvège – lorsqu'ils occupaient l’Angleterre, durant le haut Moyen-Âge. La coïncidence est presque trop belle entre le blaze (in the northern sky, hahaha !) du bonhomme et l’origine stylistique de sa musique !

Oh, oui, SACRED SON connaît son “True” Black Metal sur le bout des doigts. Il en maîtrise le chant, écorché comme il se doit de l'être, et pas besoin d’attendre longtemps pour s’en rendre compte puisqu’il nous le crache à la gueule dès la première minute de "Cleave The Alicorn". Cross ne perd pas de temps à poser quelque ambiance que ce soit à l’aide d’une intro quelconque, il la joue à l’ancienne, à la mode des 90s norvégiennes : disto prononcée, trémolo picking soutenu, progression d’accords sans surprise, médiums en avant, batterie basique, “straight to the point”.

C'est comme ça qu’il la crée, l’ambiance, froide, venteuse, ainsi que l’ont toujours fait les grands anciens venus de Norvège. L’on retrouve sur ce disque les sonorités typiques de l'époque, en un poil mieux produit, toutefois, ce qui n’est pas forcément gage de réussite dans ce genre de musique. Ici, ça l’est, au niveau du son, du moins. Au niveau de l’effet, ça tombe un peu à plat, en revanche. SACRED SON est pétri de bonnes intentions, l’atmosphère qu’il crée à coups d’accords mineurs tout ce qu’il y a de plus Black est réussie, mais tout cela ne convainc pas.

Le problème de ce que propose SACRED SON sur ce premier L.P., c’est qu’on voit trop souvent venir de loin ce que Dane Cross va proposer dans les secondes qui suivent, aussi vrai qu’il peut voir venir de loin la prochaine averse qui va s’abattre sur l’Angleterre, du haut de sa falaise où il prend le soleil. Et quand l’homme-orchestre veut surprendre, eh bien, son choix n’est pas forcément pertinent. Que vient faire ce Thrash mid-tempo plus passe-partout tu meurs sur le premier tiers de "Apocalyptic Winter" ? Totalement hors-sujet, d’autant que rien ne l’annonce, lui : l'élan Black s’interrompt pour lui laisser la place, qu’il occupe sans rien apporter ni au fond, ni à la forme du morceau.

Même si l’album est court – une trentaine de minutes et basta – Dane Cross a tout le temps nécessaire pour offrir de meilleures variations que cela. Et encore, le terme de variation est un bien trop grand mot, ici, car les thrashouillis qu’on entend sur "Apocalyptic Winter" ne reprennent même pas le thème principal du morceau. La variété, SACRED SON aurait pu l’apporter au sein des titres grâce aux sonorités éthérées qu’il développe dans le bien nommé interlude "Ethereal Light", à coups d’accords de guitare clean tous pleins de reverb que n’auraient pas renié des artistes de Dream Pop.

Rêveur, cet instrumental qui n’a rien de Metal est riche d'éléments qui auraient fait merveille au cœur même d’un brûlot de Black, comme Dane Cross sait en composer. Et puis, ç'aurait offert un contrepied musical au moins aussi inattendu que la pochette n’offre un contrepied pictural aux canons du Black Metal. L’on aurait pu prendre un peu plus le Briton au sérieux, penser l’ensemble de son œuvre comme une approche distanciée du genre, comme une démarche d’apporter quelque chose en plus au Black Metal traditionnel, ce que d’autres de ses compatriotes ont su faire parfaitement ces dernières années (WINTERFYLLETH, par exemple).

Las, ça n’est pas le cas. Et ça n’est pas le long et pas assez bon "Sepulchral Ritual" qui changera quoi que ce soit à ce constat. Un morceau qui n’apporte rien de plus qu’une succession de plans Black bien classiques sinon de vagues cris de mouettes qui ne font que renforcer l’impression de vacances à la mer déjà colportée par la pochette. Tout y est très bien interprété et tout-à-fait Black, mais tout y est aussi parfaitement dispensable. C'est con la chronique musicale, parfois : on aimerait tellement pouvoir être de mauvaise foi, de temps en temps. J’aurais bien aimé noter positivement cet album à l’artwork totalement décalé, s’il avait valu mieux que ça. Ce sera pour une prochaine fois.

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   T-RAY

 
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- Dane Cross (vocaux, guitares, basse, batterie, piano)


1. Cleave The Alicorn
2. Apocalyptic Winter
3. Eternal Light (interlude)
4. Sepulchral Ritual



             



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