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IRON WALRUS - A Beast Within (2017)
Par T-RAY le 3 Février 2018          Consultée 695 fois

De la musique en morse ! Il ne manquait plus que ça ! “Mais ça s'écoute, ce genre de trucs ?” Mais oui ! Maintenant allez-y, tapez IRON WALRUS sur YouTube/Spotify/Deezer/autres - choisissez votre camp de streamer - et écoutez, vous verrez... Hah ! J’ai failli vous faire douter, avouez… Non, IRON WALRUS n’est que le “Morse de Fer”. Allons bon, après le “Papillon de Fer”, la “Vierge de Fer”, le “Sauveur de Fer”, le “Feu de Fer” (grotesque !), le “Reagan de Fer” (arf…), voici un groupe qui n’a pas peur du ridicule. Quoique, si l’on se retrouvait face à face avec un morse, même pas de fer mais de chair et d’os, on n’en mènerait pas large. Alors devant celui de la pochette de cet "A Beast Within", avec son regard possédé, on n’a plus tant envie de faire le mariole.

Le morse, c'est toute une façon d'être pour les cinq Allemands. Le mammifère, qu’ils ne croisent pourtant pas tous les jours, Osnabrück étant relativement loin des côtes de la Mer du Nord, s’affiche dans le nom de leur groupe, sur l’artwork de leur nouvel album, mais aussi… Sur leurs visages ! Ils n’ont point de longues canines, mais les cagoules qu'ils arborent sur scène, oui ! Et pourquoi pas, finalement ? Se grimer n’a jamais causé tort à aucune formation de Metal. Et puis, quitte à pousser loin le concept, autant le faire à fond… Parce que la musique du quintette, elle, n’est pas jouée à fond, loin de là. Ce Morse de Fer nage en plein Sludge, avec toute la lenteur et la pesanteur que cela suppose. Mais un Sludge débarrassé de pas mal d’artifices et finalement bien rentre-dedans, digne de séduire les amateurs de Heavy ou de Groove.

Il y a quelque chose d'extrêmement réconfortant dans les musiques simples et directes. Quelque chose de viscéral, d'immédiat. Quand des musiciens empoignent leurs instruments pour balancer, sans plus de calcul, des riffs efficaces sur des rythmiques claires et point trop complexes, et parviennent à toucher quand même, c'est qu’ils ont du talent dans leurs paluches. Et que leur musique a une âme. Et les zicos d’IRON WALRUS en ont à revendre, du talent et de l'âme. Ça ne saute pas aux yeux, ou plutôt aux oreilles à première vue - pardon, à première ouïe - mais au fil des morceaux de ce troisième album studio, le charme de cette musique se fait sentir, quand bien même les parties de guitare et les patterns de batterie apparaissent “basiques” (ce sont les guillemets qu'il faut lire, hein ?).

Certains douteront peut-être de l’appellation Sludge pour un tel disque, et pourtant, les fondamentaux sont là : riffing de mammouth, grattes bien grasses, grosse disto qui tache, fuzz présent sans être envahissant non plus, tempo majoritairement lent (ou moyen quand le morse s’excite…), atmosphère sinistre… Ouais, ouais, ouais, le Morse de Fer ne nous trompe pas (il laisse ça à l'éléphant de mer) et montre les défenses tout au long des 35 minutes de l’ouvrage. Malgré l’apparence pataude de son style, IRON WALRUS frappe fort et vite. Pas besoin de 50 écoutes pour apprécier ses élans Heavyssimes et boueux, ornés des raclements de gorge bien graves de son chanteur et leader, j’ai nommé Sven “Aufi” Aufermann. C'est peu dire que par son timbre abrasif comme du papier de verre P12, le gaillard contribue à l'atmosphère de souffrance de l'album.

Oh, l’on n’est pas, ici, dans une souffrance suicidaire, plutôt dans un gros spleen teinté de misanthropie. Les paroles n'étant pas disponibles et ne me fiant qu'à ma compréhension des grognements d’Aufi, je ne détaillerai pas davantage le contenu précis des textes, mais ceux-ci sont assurément graves et désillusionnés. L’expressivité du chant offre une couleur plus sombre à "A Beast Within" que ne le feraient les riffs seuls. Car l’on n’est pas loin, parfois, d’un Stoner plombé, musicalement parlant, comme le montrent "Take Care" et "Control", par exemple, qui ne sonnent pas si sombres que cela. Enjoués, ces riffs de guitare ? Un peu. Mais attention, quand la voix s’abat dessus, c’est une toute autre histoire !

Sur un morceau lent comme "No More Reason", sans doute l’un des plus Doom de l’album, quasi Drum'N Bass sur une bonne partie de sa durée, les vocaux éraillés d’Aufi transmettent encore plus de sentiments négatifs que sur les titres plus rapides. Mais ne se concentrer que sur le chant n’aide pas à prendre toute la mesure du travail d’IRON WALRUS sur "A Beast Within". Car, oui, c’est du travail d'avoir tissé des riffs aussi simples sans être simplistes, et de les avoir rendu eux aussi très expressifs. Celui de "Abyssal" traduit tout à fait la profondeur de la détresse exprimé par le texte. Celui de "Ghost" a quelque chose d’énigmatique, qui ferait presque frissonner lorsqu’on l'écoute un soir d’hiver pluvieux, et le solo plaintif et distordu qui secoue sa dernière minute ne fait qu’ajouter au léger sentiment d’inquiétude certainement voulu par IRON WALRUS.

En parlant de soli, d’ailleurs, ceux de cet album sont également pleins de feeling et prompts à déclencher l'émotion. On n’est pas chamboulé non plus à leur écoute, faut pas pousser, mais ils apportent un supplément d’atmosphère - plus léger ou plus obscur encore - à chaque titre qu’ils habitent, de "Take Care" à "Fools". Je ne mentionne pas le puissant "Crawling" qui ouvre l’album, ni le terminal "Drowning", car ils ne brillent pas par leurs soli, eux. Le premier, fort d'une accélération constante, donne simplement le ton de l'album : franc, massif et direct, malgré son départ lent et lancinant. Le dernier, qui fait écho aux premières mesures rampantes de "Crawling", nous propose de couler inéluctablement au fond de l’insondable domaine du Morse de Fer.

Aufi ne s’y racle plus la gorge mais parle, déclame un texte solennellement sur un entrelacs de guitare claires, mais toujours très énigmatiques, que viennent tailler dans le vif de lourds riffs surmontés d’aucune voix, eux. La tension générée est palpable, l’effet réussi. Comme tout ce troisième album d’IRON WALRUS, en somme. Les Allemands n’y révolutionnent pas le Sludge, bien entendu, mais leurs intentions sournoises et leur application à les mettre en œuvre est remarquable d’efficacité et d’à-propos. On regrettera seulement la variété des précédents opus studio de la formation, qui offraient un visage un peu moins unidimensionnel d’IRON WALRUS. Le quintette y démontrait une maîtrise encore supérieure de l’art du Sludge. Sur "A Beast Within", il choisit de rendre plus directe sa musique pour en renforcer l’impact. Le résultat est moins surprenant, mais le pouvoir d'attraction du combo demeure.

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- Sven “aufi” Aufermann (vocaux)
- Ingo Milatz (guitares)
- Benedikt “bene” Flacke (guitares)
- Florian “der Schmidt” Schmidt (basse)
- Alexander “schnalli” Schröder (batterie)


1. Crawling
2. Take Care
3. Abyssal
4. Control
5. No More Reason
6. Ghost
7. Fools
8. Drowning



             



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