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PUNK/NEW-WAVE  |  STUDIO

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PARIS VIOLENCE - L'âge De Glace (2001)
Par CITIZEN le 13 Août 2017          Consultée 856 fois

S’envoyer "L’Âge de Glace" par une année 2016 encore plus chaude que la précédente ne manque pas d’une certaine ironie, semblant montrer d’une manière criante à quel point les groupes de Metal/Punk/machin sont complètement dans leur tête et s’accrochent à leurs thèmes sans considération pour la marche du monde. Tant mieux pour eux et pour nous en un sens, si avec cet album y a moyen de se rafraîchir un peu alors qu’il fait 20 degrés en novembre et qu’on est là à moisir dans la sueur de son slip(*) et que l’humanité s’apprête à être cuite à la vapeur dans son propre halo de gaz, avec un coup de main du méthane sibérien. L’utilité d’un peu d’air conditionné au format cd passe plutôt bien dans ce cas, issu d’un temps où la France savait encore ce que ça voulait dire que d’avoir froid.

PARIS VIOLENCE se distingue par son style que d’aucuns (le groupe lui-même ?) désignera sous le nom d’ "Oïwave", parce que tous les genres musicaux ne font que deux syllabes et s’associent donc avec une facilité désarmante et propre aux chimères les plus rigolotes, et plus contradictoire à première vue mieux c’est (pour le contre exemple : voir Blackgaze). Quand à dire si plus de trois ou quatre groupes ont suivi dans le sillon, mystère. Mais un c’est déjà pas mal, et imposer de la sorte son vocabulaire sans que d’autres n’arrivent à suivre est peut-être plus un indice qu’on a affaire à quelque chose d’intéressant que quand on est devant un groupe qui a généré une horde de suiveurs.

Pourquoi "wave" ? Ce troisième album de PARIS VIOLENCE, qui voit les illustrations glauques remplacer les photos de barres d’immeubles maussades ou les tracts soixante-huitards, est nimbé d’une ambiance glaciale faite de synthés aériens et humides qui prennent presque autant de place que les aboiements déchaînés de ce Flav. Il est bon de savoir que, quand il a le blues, Flav (qui, pour faire court, est celui qui fait plus ou moins tout dans le groupe, particulièrement à certaines périodes, même si à ses débuts on note quand même la présence de 2 gonzes à la QUE) se fend dans un autre projet d’une Coldwave délestée de toute trace d’influence, ouvrant la porte à la découverte d’un univers musical complètement différent à travers les splits commis par ce projet (en une heure j’étais à écouter LES JOYAUX DE LA PRINCESSE, DERNIÈRE VOLONTÉ, INTERNAZIONALE sur YouTube… J’ai nagé trop loin de ma zone de confort, ça déprime à bloc, retour dans des régions musicales plus favorables). En plus une fois où j’ai mis ça mes potes plébéiens se sont moqués de moi en disant que j’écoutais INDOCHINE. Tsss-tsss, plébéiens.

Et "Oï" ? Facile, ça donne envie de faire "Oï oï oï !". Plutôt que de vous ennuyer à mort avec des références dans ce style que je ne connais quasiment pas (et vous non plus a priori si j’en juge au fait qu’il y a toujours que "Metal" dans l’url), noyons le poisson en abordant cet album sous l’angle délicat mais négociable de ses tiraillements familiers vers un son poisseux qui rappellera suffisamment l’acier familier dont vos oreilles sont battues et rebattues, et qui justifie accessoirement la présence de PARIS VIOLENCE ici. C’est pas un shirt MOTÖRHEAD que le mec a sur telle photo ? J’ai pas entendu le mot MOTÖRHEAD éructé par la voix éraillée de Flav sur "Troisième Nuit Dans La Bagnole" (avec aussi LA SOURIS DÉGLINGUÉE) ? Si vous commencez à acoquiner ce nom aux autres influences bien établies décrites paragraphe 3, vous commencez à saisir l’originalité qui fait la force de ce projet. Et ceux qui ont l’esprit mal tourné retrouveront un peu hors contexte du "Hlidskjalf" (d’un autre one-man band, franco-norvégien à présent) dans ce clavier éthéré et froid comme du formol, qui apporte la petite touche de niaiserie misanthrope qui va bien. Ajoutez à ça des guitares tremblotantes et de purs solos parfois très heavy et qui font partie des plus puissantes fulgurances de PARIS VIOLENCE, et vous restez ancré dans des terres sonores familières.

On ne sent pourtant pas que Flav tatillonne, tous les éléments tombent ensemble pour constituer un paysage glauque et hargneux sans dépareiller. Pourtant, malgré sa hargne Punk – les démos sont du Punk pur et dur et à ce stade le groupe est encore très proche de cette vision - et son côté très volatil et effréné, on comprend que le groupe soit une entité uniquement studio. PARIS VIOLENCE sonne à proprement parler comme une entité alternative, qui ne se fond dans aucune des scènes qui pourraient l’avoir vu émerger ou qui pourraient le réclamer. C’est pourquoi il est assez difficile d’en parler sans être biaisé envers celui des genres musicaux qui se retrouve dans leur musique avec lequel on a le plus de familiarité. Il est sans doute plus précis de le voir comme un projet spontané, expérimental (ah ! c’est contradictoire ?), ou le simple emballage de l’exutoire de son géniteur qui crache sa détresse.

Vous êtes happés par un fiel intarissable interrompu par des guitares rageuses et primitives qui accompagnent une descente dans l’abîme toute en éructations, avec une plume qui à vrai dire m’a surpris par sa qualité (et pourtant j’avais déjà entendu dire que c’était un des points forts du groupe). Effectivement, ce chant à l’amertume aussi expressive que celle des riffs de cochon enragé vous travaille et vous en sortez comme d’un roman de Céline, dont le style persiste jusque dans votre façon dont vous vous entendez penser. Après une écoute de PARIS VIOLENCE vous ne pourrez plus penser pour vous-même autrement que par de longues déclamations dégoûtées, en décalage singulier avec ces images de gros durs comme avec celles de poètes maudits urbains décadents, piégés autant par l’asphalte que dans leurs propres existences. Mais, quels qu’ils soient, c’est toujours poignant de les entendre pousser leurs chœurs fragiles derrière le mur de gratte distordue.

PARIS VIOLENCE officie avec une élégance et une précision surprenantes. Et le talent littéraire est complété par l’incarnation vocale possédée et par les instruments qui dictent l’humeur du moment bien plus encore que des textes qui tomberaient sinon complètement à plat - comment penser "Dans La Tourmente" sans son solo magique, lancinant et froid comme le vent dans la gueule quand on picole dehors, ou "Raison D’État", sans cette voix de clodo rageur qui récapitule les malheurs du peuple parisien sous la férule des répressions successives, sans cette boîte à rythmes inflexible qui dépasse même la cadence inhumaine à laquelle Flav récite ses textes, sans aucune émotion malvenue, sans les ruées des guitares décharnées ?
Je prends comme un gros bonus ces chœurs superbes dont le groupe abuse un peu surtout vu leur approche répétitive et lancinante, et qui rajoutent encore une couche de froideur sur ce méli-mélo pas jouasse ("Le Crépuscule Des Idoles" qui non n’a pas le même titre que l’album quoiqu’on puisse en penser avec les "et nous entrons dans l’âge de glace et nous entrons dans l’âge de glace" ad libitum), "Dur D’Être Un Ange", "Aurore Éternelle" (woohooooho (c’est kitsch mais allez me dire que ça vous remue pas !)).
De la musique peut-être imbitable pour un provincial qui voit de la verdure à longueur de journée mais qui fait parfaitement office de RERcore pour les petits matins. Je sais pas, je devrais essayer d’écouter cet album en vacances pour voir. Mais j’en ai pas avant un moment et c’est pas Nightfall qui va me payer un trip aux Seychelles juste pour faire l’effet du dépaysement pendant que tout le reste de l’équipe fait le groupe-témoin dans le bureau du site place Colonel Fabien.

(*)je précise que j’ai commencé l’écriture de cette chro en novembre, mais bon ça marche quand même. Oui oui on est en août maintenant, je suis assez lent !

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   (2 chroniques)



- Flav- Tout


1. Le Crépuscule Des Idoles
2. Douche Froide
3. Psychouchka
4. Troisième Nuit Dans La Bagnole
5. Raison D'etat
6. Dans La Tourmente
7. Non Conforme
8. Dur D'etre Un Ange
9. Demi-saison
10. Aurore Glaciale



             



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