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2012 Koi No Yokan
 

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DEFTONES - Ohms (2020)
Par ISAACRUDER le 23 Novembre 2020          Consultée 457 fois

Confinés comme des rats au cœur de nos demeures, confinés comme des mourants au cœur d’une année 2020 en forme de supplice chinois de la goutte d’eau, ne perdez-vous pas vous aussi une grande partie de la saveur de la vie ? Il me semble voir s’éteindre mois après mois ce qui faisait autrefois – une éternité ? – le sel de la terre. Les sourires dans la rue, les gens attroupés en terrasse, les femmes éméchées au sortir des clubs qui déversent un déluge de basses sur le trottoir, la simple présence d’un touriste heureux l’appareil à la main, contre lequel je pestais par son manque de retenue. C’était en 2019, une autre époque, celle d’avant cette mini-apocalypse. Désormais il reste le travail, avec sa distanciation, les supermarchés, avec leur consommation, et les commandes de repas en ligne, qui donnent le sentiment d’être devenu un personnage houellebecquien emmuré dans sa tanière d’asocial, mangeant son teriyaki froid en écoutant les informations. La fin de 2020 approche, et l’espoir d’un vaccin aussi. Les historiens verront cette année comme un long calendrier merdeux, une cascade ininterrompue d’étrons tombant sur nos gueules, laissant entrevoir la possibilité définitive de la Fin. Ils y verront aussi ce que les Décadents de la fin du XIXème avaient déjà compris au lendemain de la défaite de Sedan et du désastre de la Commune : lorsque le réel s’effondre, il n’y a que l’Art qui nous sauve.

La culture aura pourtant été sacrifiée par nos élites capitalistes, et j’envoie toutes mes prières à ceux et celles qui tentent encore de la porter sur leurs épaules, phare dans nos ténèbres. À défaut de festivals, de concerts, de présence sociale, 2020 n’aura pas été avare en création musicale, et DEFTONES est l’un de ces sauveurs qui viennent réinjecter certaines beautés du monde d’avant, en premier lieu la romance, le désir et la passion. DEFTONES a toujours été un de mes groupes de chevet, mais j’avais été fortement déçu par un "Gore" qui virait trop vers les penchants de Moreno, jusqu’à ressembler à un side-project. Le dernier grand album du groupe, "Koi No Yokan", était une merveille de rêverie surréaliste et de luxure, et "Ohms" suit cette trace, incarnant dans son nom et son âme une tension plus forte, une obscurité qui semblait avoir été perdue depuis "White Pony" et "Saturday Night Wrist". Oui, DEFTONES fait la synthèse de son passé fougueux, sexuel, et de son présent plus atmosphérique et mystérieux. "Ohms" joue sur deux époques, comme si DEFTONES souhaitait nous faire comprendre qu’il fallait ressusciter un monde d’avant et conjuguer avec le futur. Une démonstration spirituelle importante pour le moment que nous traversons. "Ohms" est un album de synthèse donc, mais aussi de transition, comme le sera certainement 2021.

Amorcer son album par "Genesis" est un clin d’œil aux fans de "Diamond Eyes". Efficace, le titre repose sur la puissance chère à Carpenter, mais entérine déjà une vision du refrain centrale dans le parcours deftonien. Catchy à souhait, "Ohms" rappelle "Saturday Night Wrist" lorsqu’il jongle entre les riffs intenses et les envolées lyriques d’un Moreno toujours impeccable ("Ceremony", "This Link Is Dead"). Cet aspect traditionnel vole vite en éclat avec des morceaux comme "Error", "The Spells Of Mathematics" ou "Pompeji", dans lesquels DEFTONES expérimente et se surpasse dans ses approches atmosphériques. "Error" repose ainsi sur un Noise angoissant et un chant tordu première époque, mais évolue vers un final absolument superbe et céleste. "The Spells Of Mathematics" est lui un titre cosmique et sensuel qui semble nous faire traverser un ciel éthéré, sur des riffs aériens splendides et surtout des claviers bien plus présents que par le passé, dont le seul point de comparaison pourrait être "White Pony". Le final est un drame en toile de fond, avec sa basse splendide et ses accords de guitare dignes des compositions mystérieuses d’Angelo Badalamenti, tandis que le refrain, avec ses claviers inquiétants, son chœur de voix venues des tréfonds, dévoile ce qui se cache au cœur de "Ohms" : une tentative toujours contenue de ne pas sombrer. Fondamentale pour comprendre l’œuvre, cette tension implique un jeu constant entre des ambiances tragiques et des envolées laissant entrevoir le salut. "Pompeji" est à ce titre une des merveilles de cet album. Ses couplets se révèlent nostalgiques et faussement calmes, avec leurs oiseaux et leurs vagues en toile de fond, et rendent les refrains plus menaçants, lorsque le riff principal écrase toute possibilité de rêve. Cette ode à la ville pétrifiée rappelle le danger au cœur de toute paix que l’on pense définitive. Son final, magnifique pièce de claviers funestes et graves, rappelle une fois de plus les ambiances fantastiques du génial compositeur de "Twin Peaks".

DEFTONES vient sauver 2020 en représentant ce qu’un chacun ressent durant ces temps obscurs. Tel un navire pris dans la tempête, dont le capitaine observe les abysses avec fascination, "Ohms" dégage un tumulte permanent, une beauté indicible, une violence dissimulée, une véritable atmosphère, unique, travaillée et passionnée. Il faut saluer le travail fantastique de Delgado et celui de Vega (le début de "Radiant City" fait honneur à Chi), tant les claviers et la basse dominent cet album incroyable. Saluons enfin la collaboration retrouvée avec le génial Terry Date, ingénieur son de "White Pony" et de l’éponyme. Clairement parfait pour travailler avec les Californiens, il apporte une âme à ce "Ohms", à la production impeccable. A mi-chemin entre la sensualité d’un "Saturday Night Wrist", le cosmos mystérieux d’un "Koi No Yokan" et les expérimentations superbes de "White Pony", "Ohms" est définitivement l’un des meilleurs albums du groupe, loin, très loin de la tiédeur de "Gore". Lorsque "Headless" transperce l’espace de sa beauté tragique, on ne peut que verser une larme pour ce retour en forme et honorer DEFTONES comme l’un de ces artistes qui, comme l’écrivait Saint Jean, refuse la tiédeur pour se faire glacial ou incandescent.

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   (2 chroniques)



- Chino Moreno (chant, guitare)
- Stephen Carpenter (guitare)
- Abe Cunningham (batterie)
- Frank Delgado (samples, claviers)
- Sergio Vega (basse)


1. Genesis
2. Ceremony
3. Urantia
4. Error
5. The Spell Of Mathematics
6. Pompeji
7. This Link Is Dead
8. Radiant City
9. Headless
10. Ohms



             



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