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PUNK / OI! / NEW WAVE  |  COMPILATION

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PARIS VIOLENCE - Temps De Crise (1998)
Par CITIZEN le 6 Janvier 2019          Consultée 205 fois

Avant de devenir une formation royalistico-dandy chelou, PARIS VIOLENCE était tout autant infréquentable et tout aussi chelou. Exploration du plus profond de l’âme humaine au travers des errances parisiennes que même à ton rock bottom à observer les poseurs au fond du Klub bien caché par tes lunettes noires dans lesquelles t’as claqué ton chomdu, en regardant des groupes de Black Metal pourris en plus, t’es même pas au level ? Suis-moi dans cette ruelle gamin, j’ai un album à t’kroniker.

À ce moment le groupe marque ses derniers instants en tant que “vrai“ groupe avant que Flav ne poursuive seul pour quelques albums, quoique appeler le PARIS VIOLENCE d’alors comme celui d’aujourd’hui “vrai groupe“ semble être un peu poussé, puisqu’à l’époque des rumeurs, démenties par l’intéressé, mais toujours parlantes en se basant sur le fait reconnu que les bruits qui courent peuvent en dire plus long sur l’état réel des choses qu’une version exacte des faits, racontent que les photos promos de cet album montreraient Flav appuyé de son oncle et de son cousin pour présenter une image de groupe au complet ! Faut dire que ces comparses ne font pas grand-chose sur cet album, Thierry n’est crédité que de la composition d’un seul morceau ("Anywhere") et que Jérôme est crédité de “tout le reste“, l’essentiel des rôles musicaux étant déjà répartis ! Quand bien même ses deux potes sont censés l’avoir aidé pour les chœurs, là aussi seul Flav semble être audible, d’un autre côté il expérimente tellement de trucs dans son chant sur cet album qu’il est parfois difficile de savoir où s’arrête son registre, faut dire d’ailleurs qu’il n’hésite pas à adopter un chant très foireux par moments…

Manière de coller au monologue interne d’un Parigot working class ?
Working class, déglingué et autodestructeur, ce n’est qu’un des aspects que présente PARIS VIOLENCE, celui qui interpelle le plus évidemment- ces pochettes qui sont l’essence même du metro-chômage-dodo-core, à défaut de pouvoir inscrire PARIS VIOLENCE dans un style musical plus établi on a heureusement pas de mal à saisir son propos. Avant d’adopter une esthétique plus décadente aux visuels assez spectaculairement moches, PARIS VIOLENCE sur ses démos et ses deux premiers albums – la moitié des morceaux de ce premier album étant d’ailleurs de simples démos refourguées telles quelles - c’était avant tout une image Street Punk assez peu représentative des conditions de création réelles puisque apparemment Flav faisait gentiment son hypokhâgne durant cette période. Ce qui et heureusement ne retire rien au caractère viscéral et universel de ces albums bruts de décoffrage.

De fait point encore de Oi! Wave alors, même si les leads de guitare suraigus et gémissants et les déblatérations désabusées de Flav dessinent déjà largement l’ambiance qu’on retrouve sur "L'Âge De Glace". Pour le reste ce n’est que gros riffs, chœurs fraternels enregistrés en solitaire, solos quelquefois, et boîtes à rythme qu’on se contente de débrancher sans autre forme de préavis pour stopper une chanson qui n’a que trop duré.
Vestiges de ses origines Punk, une bonne partie des morceaux sont des cocktails molotov à 100 à l’heure où Flav ne cherche même pas à ajuster le chant au rythme et fait vraiment n’importe quoi, ce qui donne un côté bestial de schlag qui vide son sac inimitable, quitte sur la quasi-totalité des morceaux les plus ragesques (surtout "Aller Simple" avec ses leads déchirants et "National Déchéance", sans oublier "Des Nuits Entières" où Flav emploie une verve incontrôlable) à devoir se recaler sur l’instru emballée en meublant avec des cris éraillés avec un effet ultra chaotique totalement exaltant (“ils te donnent envie reeeeaaargh… d’en finir !!!“).

Créatif avec peu d’outils, PARIS VIOLENCE sait toutefois en rajouter une couche niveau saleté, surtout avec les multiples niveaux de chœurs et de chants doublés qui donnent l’impression que le mec à l’œuvre est en train de complètement craquer au fur et à mesure qu’il enregistre les chansons (le cri en arrière-plan sur “Aller Simple“, ahahahah… brrrrr !)

La quasi-totalité de l’album est une déflagration sauvage contre tout ce que l’existence dans la méga-cité a d’inhumain, avec une bonne dose d’humour qui cache mal le côté viscéral et premier degré de ces titres (même "Tintin Chez Les RMIstes" n’est-il pas un morceau sérieux avant tout ?), où se distinguent les morceaux qui prennent un parti rageur emballé ("Aller Simple", "Pas Marrant", "Made In Paris", très speed et à l'arrache), avec un revers très intéressant lorsque l’euphorie de la rage est descendue pour ne laisser qu’un vague désespoir peu focalisé ("Vers Le Nord", "Spleen Et Banlieue" mais surtout aussi "Skapitale" et "Les Complexes d’Alphonse Larvis"). Noter une petite touche fantaisiste avec "Échec Total" et "Spleen Et Banlieue" qui piquent le personnage de Bardamu et lui font revisiter quelques passages de Céline. D’ailleurs, puisant dans un autre style littéraire, "Tintin Chez Les RMIstes" montre le talent de Flav à tirer le fil d’un concept un peu barré sur une chanson entière jusqu’à s’approprier le personnage au point qu’on en oublie entièrement qu’on est plus dans l’œuvre originale, soit une superbe capacité à plonger n’importe quoi dans des ambiances néfastes.

L’aspect moins réussi de cette conception bordélique c’est les passages chantés plus sérieux, comme sur "In Memoriam" où le chant clair n’est vraiment pas convaincant et fait surtout beaucoup trop naïf compte tenu du registre du reste de l’album, Flav reste cependant très convaincant, et paradoxalement très expressif, dans un registre de voix claire grise et neutre pleine de réverb ("Les complexes d’Alphonse Larvis" presque incantatoire, "Skapitale" d’un détachement réservé délectable).
À ce stade PARIS VIOLENCE est encore presque totalement désintéressé de la politique, hormis dans quelques chansons qui relèvent où l’énergie de la haine se cristallise dans un anarchisme ou un nihilisme plus primitif, où la dépression fait place à la colère ("Anywhere", "National-Déchéance") ou au dégoût ("In Memoriam"), qui sont essentiellement les deux principales émotions sous l’emprise desquelles cet album semble avoir été conçu.

La fantaisie et les réflexions prenant plus de hauteur qu’on verra à partir de "L'Âge De Glace“ n’ont pas cours ici, et les seuls morceaux calmes et mélancoliques cherchent seulement à mettre un peu de pittoresque dans ce tableau, ou à mettre l’accent sur des saynètes plus spécifiques, sont parmi les plus réussis : voir le classique "Les complexes d’Alphonse Larvis", nouvelle forme de dérive à la lumière des néons avec une rythmique atypique plus chaleureuse New Wave et un refrain spectral, comme si vous planiez sur la ville genre "Into The Void" (le film pas le morceau de BLACK SABBATH), et le très ambiancé "Skapitale" qui jure complètement avec le reste de l’album par son rythme guilleret et sa trompette en carton jouée au clavier.
Un autre titre qui fait figure d’OVNI sur l’album (alors qu’il n’en est bien sûr pas un, il faut juste se le présenter comme un énième morceau détaillant un aspect idiosyncratique de l’existence urbaine) est "Sex Shop", sans doute l’hymne le plus improbable sur lequel vous allez vous retrouver à chanter à tue-tête (“wohohohohooooo sex shop ! “), avec une vraie ligne de basse et un talent littéraire extraordinaire derrière ce nom rigolo, une vraie curiosité plus légère qui met des tons chaleureux dans tout ce brouillard pénétrant (comme en vrai je suppose). Et puis d’un seul coup une chanson rompt la trivialité du reste de l’album, "Rendez-Vous En Enfer", morceau très littéraire et d’une ambiance intimiste complètement déconnectée de l’obscurité monotone qui règne partout ailleurs, surtout avec un refrain excellent.

Malgré une certaine saturation thématique, PARIS VIOLENCE déballe son crachat noir sans jamais être redondant, juste un poil maladroit parfois, mais PARIS VIOLENCE ne fait pas que du Punk il invente un style en même temps mon petit Monsieur donc c’est tolérable, et puis il est tellement fort quand il est énervé (la moitié du temps) ou au désespoir (l’autre moitié) ! On ne peut que confirmer, bien longtemps après, la réussite totale d’un album qui balaye tous les pans du concept élaboré par Flav avec presque autant d’habileté, qui n’est pas l’enregistrement embarrassant des tourments intérieurs d’un jeune type perdu mais un vrai album original à classer tout seul sur les tours à cd entre les albums qui la jouent safe. Plutôt que d’écouter du Black Metal de mec qui habite dans une région où il ne neige jamais ou qui ne s’est jamais fait botter le cul par un curé, prenez une vraie tranche de négativité qui a rampé droit hors de l’égout ! Paris c’est plus dark que vos terroirs bande de malotrus. Voilà pour la ballade dans le Paris de Chirac et Tibéri avec pour couronner le tout mood qu'on dirait extrait d'une bd de Tardi- dont les pochettes dessinées par Flav semblent d'ailleurs s'inspirer.

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   (2 chroniques)



- Flav (chant, guitare, claviers, programmation)
- Jérôme (chœurs)
- Thierry (guitare, claviers)


1. Made In Paris
2. Echec Total
3. Des Nuits Entières
4. Aller Simple
5. Spleen Et Banlieue
6. Les Complexes D'alphonse Larvis
7. Tintin Chez Les R.m.istes
8. National-déchéance
9. Rendez-vous En Enfer
10. Vers Le Nord
11. Sex-shop
12. In Memoriam
13. Pas Marrant
14. Skapitale
15. Anywhere



             



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